Adieu à René Desmaison

Publié le 3 Octobre 2007

René Desmaison nous a quitté en fin de semaine dernière. Les grands médias se sont fait l'écho de la disparition de cet alpiniste aux « 114 premières », de ce « pionnier de l'alpinisme moderne ».  La nouvelle de son décès a pu surprendre, tant René Desmaison semblait solide comme un roc. Il avait
échappé à tant de dangers et de situation à la limite de la mort qu'on le pensait invincible. Celui que tout le monde disait « dur au mal » est parti d'un cancer. Contrairement à d'autres très grands de la montagne, dont l'image a été rendue mythique par leur départ prématuré, René Desmaison est mort dans un lit d'hôpital. Pas de chute, ni d'avalanche pour fixer à jamais une gloire en pleine ascension. A chaque fois, René Desmaison est rentré vivant, il est redescendu et le temps est passé, le
rendant à un certain anonymat. Ces dernières années, il s'était retiré dans le massif du Dévoluy, profitant encore de son « île » et des joies de la montagne : VTT, escalade, randonnée.
René Desmaison a été un très grand alpiniste dans les années 60-70, peut-être le plus grand, en tout cas un précurseur. Il a suscité autant de passions pour ses grandes hivernales, que de polémiques pour son sauvetage dans les Drus, ou la mort de son compagnon dans les Grandes Jorasses. Il a osé ouvrir la voie au grand alpinisme hivernal, n'hésitant pas à rester des jours et des jours dans l'enfer de faces Nord  pour gagner d'improbables sommets. On se souviendra aussi de
lui pour avoir ouvert l'alpinisme à la médiatisation moderne : ascension en direct à la radio, vente des photos de son sauvetage des Drus à Paris-Match, ce qui lui vaudra d'être exclu de la compagnie des guides de Chamonix, ascension publicitaire du Mont-Blanc avec installation d’une tente au sommet pour faire la pub d’une grande marque.
Récemment, René Desmaison avait fait à nouveau parler de lui, lors de sa réintégration dans la compagnie des Guides de Chamonix, en 2002, et il y a 2 ans, lors de la parution de son autobiographie « Mémoire d'Altitude », où il revenait sur une vie consacrée à la montagne et reprenait de larges passages de certains de ses livres de montagne. Intéressant, mais pas aussi fort que ses premiers libres.

 

En souvenir de ce grand alpinisme, on préfèrera relire «  342 heures dans les Grandes Jorasses », un des grands classiques de la littérature de montagne. Un livre fort, aussi fort que le caractère de Desmaison qui ne laisse pas insensible. D'une plume précise, sans fioriture, mais pleine de réalisme, Desmaison tient le journal d'une ascension exceptionnelle, qui en 5 jours tourne au
drame. Et René Desmaison poursuit le journal de la lente agonie de son compagnon de cordée, comme il entame le journal de la sienne. Il y a un peu d'impudeur à  suivre la mort lente de ce jeune homme et l'impuissance de Desmaison. A la fin, René Desmaison en profite aussi pour régler quelques comptes, notamment avec Herzog, alors président des secours en montagne et maire de Chamonix. Desmaison se justifie, également sur le choix de son compagnon de cordée, évoque ses faiblesses, sa maladie et ses capacités de grimpeur aussi, comme pour se dédouaner.

 

En refermant se livre, on a l’impression d’avoir grimpé avec Desmaison, attaché à sa corde. D’être resté bloqué avec lui et Serge Gousseault sur cette vire gelée. Attaché à un piton. «  342 heures dans les Grandes Jorasses » reste un grand livre de montagne. Certainement le plus grand, le plus fort en tout cas avec la « Mort suspendue » de Joe Simpson. 

"342 heures dans les Grandes Jorasses"

Collection "L'aventure vécue" chez Flammarion

1973

On trouve facillement ce livre chez les bouquinistes. Environ 15 à 18 euros.

Rédigé par Frédéric Delmonte

Publié dans #Livres de montagne

Repost 0
Commenter cet article