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Montagne pour un homme nu

par Frédéric Delmonte 9 Décembre 2007, 15:46 Livres de montagne

 

Montagne pour un homme nu

Pierre Mazeaud

Arthaud, 1971, réédité en 1998

 

En lisant « Montagne pour un homme nu », paru aux éditions Arthaud en 1971, on se demande comment Pierre Mazeaud, l’auteur, a réussi à concilier une carrière d’alpinisme de haut en niveau, en même temps que sa profession de chargé de travaux en droit, une vie de famille et un engagement politique qui, après des postes de député, maire, secrétaire d’Etat à la jeunesse et au sport, l’a mené à présider le conseil d’Etat et dernièrement la fondation de Gaulle.

Mais « Carrière » n’est peut-être pas le mot pour d’écrire le parcours d’alpiniste de cet homme au caractère bien trempé. Mazeaud  n’a jamais été un alpiniste professionnel, ni un sportif de haut niveau comme on peut comprendre ce terme aujourd’hui. Né à Lyon en 1929, il habite Grenoble et découvre la montagne avec son père, puis plus tard, habitant en région parisienne, il fréquente les blocs de Fontainebleau, ou les falaises du Saussois. Plus tard, il commence une belle carrière d’alpinisme, en répétant itinéraires d’envergure, avant d’en ouvrir, lui-même. Pierre Mazeaud se rapproche plus de l’amateur éclairé, doué et persévérant.

En relisant son discours d’académicien, prononcé en décembre 2005, on comprend mieux son parcours : « L'alpinisme se vit avec passion, il appartient à ceux qui se donnent les moyens d'atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés, qui ne s'engagent pas qu'à moitié, qui connaissent la valeur de la solidarité entre les hommes, qui savent que c'est en s'encordant à ses semblables que l'être humain s'accomplit. Et cette expérience de la montagne ne vaut-elle pas pour toute aventure humaine ? ».

Cette « passion » - on la retrouve tout au long de son ouvrage autobiographique - est communicative. Car si Mazeaud a écrit quelques belles, ou dramatiques, pages de l’histoire de l’Alpinisme des années 50 et 60, il est resté un « alpiniste du dimanche », à qui bon nombre de pratiquants d’aujourd’hui peuvent s’identifier. La semaine, Mazeaud travaille et s’occupe de sa famille. Mais quand arrive le week-end, ou les vacances, il s’agit d’une autre histoire. Comme possédé par la montagne, il prend sa voiture, roule de nuit sur les nationales inconfortables de l’époque et quand il arrive à Chamonix, il ne se repose pas beaucoup : grimpe, ou bamboche dans les bars de l’insouciante capitale de la montagne d’alors. A ce titre, «  Montagne pour un homme nu » donne l’impression d’assister à un « road-movie ».

Le lecteur est trimballé du Saussois, aux Dolomites, du Hoggar à l’Himalaya, sans oublier une aventure épique en Islande, et avec un passage obligé : le massif du Mont-Blanc. D’une façon assez concise Mazeaud raconte quelques-unes de ses plus belles ascensions. L’intensité est toujours au rendez-vous, que se soit dans les Drus, la Cima Ouest du Lavaredo, ou la Nord du Cervin, l’auteur a le don pour faire partager ses émotions et le caractère précaire du moment. Le chapitre consacré à la tragédie du pilier du Freney, dans le massif du Mont-Blanc, est remarquable. Mazeaud revient sur cette tragédie qui a endeuillé durablement la montagne. Avec Bonatti, et un autre italien, Mazeaud en revient vivant, mais terriblement touché et affaibli. Cet épisode est également décrit par Bonatti, dans « A mes montagnes ». On peut aussi relire l’article que le Monde a consacré à cet évènement en 2005, quelques semaines après la nomination de Mazeaud au conseil constitutionnel (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3208,36-674617@51-673520,0.html).

Autre point important de ce livre : en quelques dizaines de pages, le lecteur croise les plus grands noms de l’alpinisme de l’époque : Bonatti, Desmaison, Haston, Kohlman, Harlin, etc… Mazeaud a été le compagnon de cordé de beaucoup d’alpinistes restés dabs l’histoire de ce sport. Il faut aussi lire le 18éme chapitre intitulé «  une part de moi-même, la montagne » dans lequel Pierre Mazeaud se livre un peu plus. Et cette confession est l’occasion de réfléchir aux raisons pour lesquelles on va en montagne. Quelques phrases ont ainsi une portée particulière : «  L’alpinisme est un plaisir. On est bien en montagne. D’abord aucune concession, on est dans un autre monde, l’âge de pierre. Ce que la bêtise des hommes appelle valeur disparaît. On est d’abord bien dans une course parce que l’on joue à l’animal ».

«  L’alpinisme est un sport. Certes fort complexe, réservant des joies inconnues ailleurs (…). Je fais de la montagne pour le sport, sport aux multiples ressources ». Et ce passage sur l’amitié : «  Or, pour moi, il n’est pratiquement d’amis qu’en montagne, car ils sont alors dépouillés, comme moi-même. Nous sommes des hommes nus avec les mêmes passions, les mêmes réflexes, aussi les mêmes complexes, les mêmes réactions, enfin les mêmes sentiments, puisque notre amour de la montagne est notre essence ».

Enfin, Pierre Mazeaud a été le premier français au sommet de l’Everest, lors de l’expédition de 1978, racontée dans « Everest 78 », édité chez Denoël. Après sa tentative manquée de 1971, narrée dans « Montagne pour un homme nu », sa réussite, à 49 ans après avoir été secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux sports », montre que cet homme refuse l’échec.

Pour aller plus loin :

http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/MAZEAUD.htm

http://www.france5.fr/himalaya/W00347/3/97594.cfm

 

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