Un homme des cimes
Jean-Michel Asselin
Glénat, mai
2008
Avec « Un homme des cimes » Jean-Michel Asselin livre un portrait intime et très personnel de Patrick Berhault, disparu en 2004 dans les Alpes Suisses. C’est autant l’ami que le journaliste ou l’alpiniste qui tient la plume et ce mélange des genres se retrouve tout au long du bouquin. Jean-Michel Asselin, journaliste spécialiste de la montagne, n’hésite pas à se mettre en scène et racontre très librement sa relation amicale avec Patrick Berhault. Son admiration se sent tout au long des paragraphes.
C’est souvent réussi. Jean-Michel Asselin a vécu la traversée des Alpes, réalisée par Patrick Berhault en 2000 et 2001. Il tenait le compte rendu des journées sur un site internet et a participé à des étapes de la traversée. Il arrive à faire vivre à son lecteur cette aventure en racontant de nombreux détails, des anecdotes inédites. On prend plaisir à lire les passages où il appelle Berhault sur son téléphone portable. Et ce dernier accro au portable répond, invariablement, même quand il est suspendu dans une falaise. Sa façon de raconter la relation entre « les deux Patrick », Berhault et Edlinger, est également très forte. Il permet à son lecteur de comprendre la relation de Berhault à l’amitié, l’esprit de cordée qui l’anime, et pas seulement en montagne.
C’est quelquefois aussi râté, ou désagréable. Jean-Michel Asselin se met trop en avant et se trompe aussi de livre. Son récit de l’ascension de l’Everest pour les 50 ans de sa première va un peu trop loin. Il s’égare dans des polémiques, règle quelques comptes avec des alpinistes qui ont participé à cette expédition difficile à vivre pour Asselin, co-organisateur, acteur et journaliste de l’évènement auquel avait pris part Berhault.
Mais malgré ces imperfections, le portrait de Berhault par Asselin est très attachant. Il parle d’un homme et non d’un phénomène de foire. D’un homme avec ses faiblesses. Asselin revient longuement (trop ?) sur la relation de Berhault avec les femmes, sur sa difficulté à avoir une vie normale, loin de la montagne, de son addiction au portable, ou à la « bagnole ». De son goût prononcé pour le Nutella, ou les capuccino. Un homme qui a tout donné à sa passion de la montagne. Une passion dévorante, dans laquelle Berhault s’est jetté. Asselin revient sur l’adolescence de Berhault, quand le jeune chien fou rencontre un curé monégasque qui lui fait aimer et découvrir l’univers de la montagne. Et l’éloigne d’autres tentations.
Bien entendu Jean-Michel Asselin ne fait pas l’impasse sur l’accident et les derniers joirs de cette course folle aux 4000 des Alpes. Et la thèse avancée est la même que celle soutenue par Michel Bricola dans son ouvrage paru aux éditions Guerin. Il cite Magnin et Edlinger. Il raconte aussi la façon dont il a vu Magnin et Berhault se fatiguer à courir aprés un défis qui les dépassait certainement. Il raconte la fatigue, les chutes, les incidents et la cordée qui se sépare avant de se retrouver. Et Jean Michel Asselin raconte comment Berhault oubli certainement de grimper pour lui et le fait peut être plus pour être conforme à ce que les sponsors, les médias et le public attendent de lui : de la performence sportive, du rêve, un mythe en somme. Et arrice l'accident. C'est simple un accident en montagne, ça va vite, trés vite. Berhault que tout le monde croyait immortel depuis sa chute de 800 mètres dans les Ecrins disparait, laissant un vide.
Avant de conclure, Jean-Michel Asselin s’interroge sur le patrimoine que Berhault a laissé à ceux qui ont suivi ses traces. Et la réponse est toute simple : « ce que Patrick a accompli plus que toute autre, c’est juste cela : nous faire aimer la montagne. (…) Patrick avec ses balades impossibles à faire pour nous mais dont nous ne sous sentions jamais exclus, nous a donné des rêves simples. Depuis ses folies il m’arrive de me dire : aujourd’hui j’enchaîne trois sommets de Chartreuse ou deux cimes du Dévoluy… ».

Sur la trace de Nives
Et c’est pourquoi « Sur la trace de Nives », son dernier ouvrage, est abordé dans cette rubrique « livres de montagne ». Leur dialogue presque imaginaire est certainement tiré de l’expédition à laquelle a participé Erri De Luca, en 2004 au Lothse, avec six autres alpinistes italiens. 


Vos commentaires