
Jean et Pierre Vernet, 60 ans de pyrénéisme
Editions du Pin à Crochets
2006
Les frères Ravier, vous connaissez ? Dans les Alpes du Sud, les alpinistes ont surtout entendu parler de la fratrie Vernet. Jean et Georges. Avant guerre, ces niçois ont assidument fréquenté le Mercantour et les Ecrins, laissant leur nom à quelques belles voies.
Mais les Ravier ? Il faut être pyrénéiste pour connaître ! Ou alors lire « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme ». La couverture de cet ouvrage est troublante. Tissu rouge pleine toile, grand format carré… Au premier coup d’œil, on pencherait pour un ouvrage de la maison Guerin, de Chamonix. Il n’en est rien. L’éditeur de cet ouvrage, écrit par Jean-François Labourie et Rainier Munsch, se trouve à Pau, au pied des Pyrénées. Il s’agit de la petite maison d’édition du Pin à Crochets qui propose « des ouvrages singuliers en osmose étroite avec les Pyrénées. La création y prend une grande part, tant dans le contenu que dans la forme ». Elle propose ici un très beau livre de montagne, à la hauteur de la saga montagnarde des Ravier. Il a été édité en 2006.
Jean et Pierre Ravier ? Vrais jumeaux nés en 1933 à Paris, ils sont à l’origine du renouveau du Pyrénéisme de l’après guerre. Ils ont formé une cordée extraordinaire. Dans l’encyclopédie de la Montagne, où ils figurent comme pyrénéistes français, il est écrit : « le secret de la cordée parfaite formée par ces jumeaux à la ressemblance étonnante réside peut-être, justement, dans cette unité gémellaire, qui leur donne une force psychologique et une confiance dont bien peu de cordées peuvent se prévaloir ». Autodidactes à l’apprentissage fulgurant – les auteurs parlent d’un « apprentissage météorique » - entre le 8 mai 1953 et le 14 août 1973, ils ont réalisé plus de 200 premières dans le massif, du Dièdre Nord-est de la Grande Aiguille d’Ansabère, au Pilier de l’Embarradère de l’Ossau, à la face Sud du Tozal del Mallo, en Aragon. Et après 1973, ils ont continué à fréquenter les sommets secrets du massif, pour le plaisir et souvent en famille, ou avec des amis.
Même s’ils arrivent en montagne 20 ans plus tard, les frères Ravier ressemblent aux frères Vernet. Ils font leurs classes sur de grandes voies célèbres, découvrant l’alpinisme sans encadrement. Mordus, bien que résidant à Bordeaux, ils prennent leur voiture le week-end pour descendre dans les Pyrénées, là où les Vernet font de même, mais montent à Aillefroide, ou La Bérarde. Ils dorment dans des cabanes, bivouaquent et après leur course reprennent la route de leur maison. Le lendemain, les Ravier pointent au travail, dans leur commerce de pièces détachées pour voiture.
Plus que leur carnet de courses, c’est le dénuement de moyens employés par les frères Ravier qui marque. Difficile de comprendre aujourd’hui leur attitude, à une époque,où chaque année les équipementiers sortent la dernière « Gore Tex », la polaire qui va bien, le coinceur qui se bloque mieux que le modèle de l’année passée… Les jumeaux grimpent une corde à la taille, sans piton, ni beaucoup d’équipement. Ils n’acceptent de s’équiper de baudriers que tard et ne cèdent en rien à la mode. Sur les photos, même celles prises dans les années 70 et 80, on les voit grimper avec de vieilles chemises à carreaux et des sacs bien élimés. Ce dénuement ne les empêche pas de réaliser quelques courses intrépides, ni de prendre un grand plaisir dans leurs ascensions. Autre marque de fabrique : ils ne s’entraînent pas, ne cherchent pas l’exploit, ou le chrono. Jean et Pierre fréquentent la montagne en hédonistes, pour le plaisir de se retrouver en altitude, de défricher une belle voie. Loin des exploits alpins d’un Desmaison, ils ne recherchent pas la célébrité, mais veulent plutôt s’inscrire dans l’histoire du pyrénéisme. Avant leur ascension, ils se documentent. Pendant, ils photographient. Après, ils reviennent par écrit sur leur aventure. C’est en grande partie de ces archives personnelles que « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme » est tiré.
Un livre qui permet de côtoyer l’intimité des Ravier et de mieux comprendre « leur œuvre ». La première partie revient sur leur jeunesse, la découverte de la montagne en 1946, et les premières courses. Il aborde aussi leur vie professionnelle, familiale et leur philosophie de l’escalade. La seconde partie est un peu moins vivante. Les auteurs reviennent, par ordre chronologique, sur les grandes ascensions des frères. La dernière partie de cet ouvrage laisse la parole aux frères Ravier et reprend des articles de Jean et Pierre, écrits dans la revue « Altitude » ou « Pyrénées », ou alors des récits de course. L’ensemble est richement illustré de photographies, le plus souvent prises par les frères Ravier.
Pour aller plus loin :
En vidéo
Sur France 3
La descendance Ravier

Un homme des cimes
Sur la trace de Nives
Et c’est pourquoi « Sur la trace de Nives », son dernier ouvrage, est abordé dans cette rubrique « livres de montagne ». Leur dialogue presque imaginaire est certainement tiré de l’expédition à laquelle a participé Erri De Luca, en 2004 au Lothse, avec six autres alpinistes italiens.
L’alpinisme s’apprend-il dans les livres ? Au moment où les éditions Glénat publient le « Guide dela montagne »
Sans oublier le noeud de Prussik, pour remonter d'une crevasse... Bien pratique avant que M. Petzl n'invente ses jouets de poulis, et autres bloqueurs.
Pierre Alain propose un ouvrage très complet, avec une orientation pédagogique assumée. Il adresse son guide à des personnes qui connaissent déjà la montagne, c’est pourquoi, il entre dans le vif du sujet sans perdre de temps. Il écrit : «
Il raconte ses débuts en tant qu'alpiniste. C’est tout autant le guide qui apporte ses conseils techniques, que le romancier qui s’emporte sur la description de son équipement : « j’allais acquérir un équipement, le bel équipement que déjà je regardais avec amour : le piolet – mon piolet -, la corde – ma corde – mes crampons (…) et avec ferveur s’attendais le départ pour la haute montagne ».
Pas de dessin dans ce bouquin, mais des photos sur lesquelles Rébuffat se met en scène et sculpte son personnage, avec son éternel pull
Vingt ans de cordée



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