Livres de montagne


Jean et Pierre Vernet, 60 ans de pyrénéisme

Editions du Pin à Crochets

2006

Les frères Ravier, vous connaissez ? Dans les Alpes du Sud, les alpinistes ont surtout entendu parler de la fratrie Vernet. Jean et Georges. Avant guerre, ces niçois ont assidument fréquenté le Mercantour et les Ecrins, laissant leur nom à quelques belles voies.

Mais les Ravier ? Il faut être pyrénéiste pour connaître ! Ou alors lire « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme ». La couverture de cet ouvrage est troublante. Tissu rouge pleine toile, grand format carré… Au premier coup d’œil, on pencherait pour un ouvrage de la maison Guerin, de Chamonix. Il n’en est rien. L’éditeur de cet ouvrage, écrit par Jean-François Labourie et Rainier Munsch, se trouve à Pau, au pied des Pyrénées. Il s’agit de la petite maison d’édition du Pin à Crochets qui propose « des ouvrages singuliers en osmose étroite avec les Pyrénées. La création y prend une grande part, tant dans le contenu que dans la forme ». Elle propose ici un très beau livre de montagne, à la hauteur de la saga montagnarde des Ravier. Il a été édité en 2006.

Jean et Pierre Ravier ? Vrais jumeaux nés en 1933 à Paris, ils sont à l’origine du renouveau du Pyrénéisme de l’après guerre. Ils ont formé une cordée  extraordinaire. Dans l’encyclopédie de la Montagne, où ils figurent comme pyrénéistes français, il est écrit : « le secret de la cordée parfaite formée par ces jumeaux à la ressemblance étonnante réside peut-être, justement, dans cette unité gémellaire, qui leur donne une force psychologique et une confiance dont bien peu de cordées peuvent se prévaloir ». Autodidactes à l’apprentissage fulgurant – les auteurs parlent d’un « apprentissage météorique » - entre le 8 mai 1953 et le 14 août 1973, ils ont réalisé plus de 200 premières dans le massif, du Dièdre Nord-est de la Grande Aiguille d’Ansabère, au Pilier de l’Embarradère de l’Ossau, à la face Sud du Tozal del Mallo, en Aragon. Et après 1973, ils ont continué à fréquenter les sommets secrets du massif, pour le plaisir et souvent en famille, ou avec des amis.

Même s’ils arrivent en montagne 20 ans plus tard, les frères Ravier ressemblent aux frères Vernet. Ils font leurs classes sur de grandes voies célèbres, découvrant l’alpinisme  sans encadrement. Mordus, bien que résidant à Bordeaux, ils prennent leur voiture le week-end pour descendre dans les Pyrénées, là où les Vernet font de même, mais montent à Aillefroide, ou La Bérarde. Ils dorment dans des cabanes, bivouaquent et après leur course reprennent la route de leur maison. Le lendemain, les Ravier pointent au travail, dans leur commerce de pièces détachées pour voiture.

Plus que leur carnet de courses, c’est le dénuement de moyens employés par les frères Ravier qui marque. Difficile de comprendre aujourd’hui  leur attitude, à une époque,où chaque année les équipementiers sortent la dernière « Gore Tex », la polaire qui va bien, le coinceur qui se bloque mieux que le modèle de l’année passée… Les jumeaux grimpent une corde à la taille, sans piton, ni beaucoup d’équipement. Ils n’acceptent de s’équiper de baudriers que tard et ne cèdent en rien à la mode. Sur les photos, même celles prises dans les années 70 et 80, on les voit grimper avec de vieilles chemises à carreaux et des sacs bien élimés. Ce dénuement ne les empêche pas de réaliser quelques courses intrépides, ni de prendre un grand plaisir dans leurs ascensions.  Autre marque de fabrique : ils ne s’entraînent pas, ne cherchent pas l’exploit, ou le chrono. Jean et Pierre fréquentent la montagne en hédonistes, pour le plaisir de se retrouver en altitude, de défricher une belle voie. Loin des exploits alpins d’un Desmaison, ils ne recherchent pas la célébrité, mais veulent plutôt s’inscrire dans l’histoire du pyrénéisme. Avant leur ascension, ils se documentent. Pendant, ils photographient. Après, ils reviennent par écrit sur leur aventure. C’est en grande partie de ces archives personnelles que « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme » est tiré.

Un livre qui permet de côtoyer l’intimité des Ravier et de mieux comprendre « leur œuvre ». La première partie revient sur leur jeunesse, la découverte de la montagne en 1946, et les premières courses. Il aborde aussi leur vie professionnelle, familiale et leur philosophie de l’escalade. La seconde partie est un peu moins vivante. Les auteurs reviennent, par ordre chronologique, sur les grandes ascensions des frères. La dernière partie de cet ouvrage laisse la parole aux frères Ravier et reprend des articles de Jean et Pierre, écrits dans la revue «  Altitude » ou «  Pyrénées », ou alors des récits de course. L’ensemble est richement illustré de photographies, le plus souvent prises par les frères Ravier.


Pour aller plus loin :
En vidéo
Sur France 3
La descendance Ravier


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Les cinq trésors de la grande neige

Pierre Beghin

Arthaud,  1985.

 

«  Deux secondes au plus se sont écoulées. Juste assez pour que le «  friend » -l’ami – gicle de sa fissure avec la soudaineté d’un bouchon de champagne. Le précipité des évènements est instantané. La corde, fouet désemparé, file et claque à proximité. Et je vois Pierre partir, la tête tournée vers le ciel, les bras impuissants, le dos lesté par son gros sac  ». 11 octobre 1992. Pierre Beghin disparait en tentant la face Sud de l’Annapurna, en compagnie de Jean-Christophe Lafaille. Ce dernier mettra 5 jours pour redescendre, seul et blessé. Dix ans plus tard, voilà comment Jean-Christophe raconte les derniers instants de Pierre Beghin, dans « Prisonnier de l’Annapurna », paru aux éditions Guerin.

Mais pour retrouver Pierre Beghin, on peut surtout lire, ou relire, «  Les cinq trésors de la grande neige », qu’il a publié en 1985 chez Arthaud.

Pierre Beghin ? Aujourd’hui, cet alpiniste des années 70 et 80, est un peu oublié. C’était l’époque des tenues fluos, gros boudins gonflés de duvets, ou laines polaires pleines de pluches. Ingénieur grenoblois, il a appartenu à cette génération d’alpinistes arrivée après les grandes hivernales alpines. Il en réalise quelques-unes, comme la voie Devies-gervasutti à l’Ailefroide. Mais c’est surtout en tant qu’himalayiste qu’il laissera une trace. Et là aussi, il arrive à la fin d’une période : celle des grandes expéditions lourdes du début des années 50 à la fin des années 60. Son livre est intéressant sur ce dernier point. Impressionné par un Messner, Pierre Beghin symbolise la transition, en Himalaya, des techniques d’ascensions. «  Les 5 trésors de la grande neige » sont la traduction du mot Kangchenjunga, mais surtout le récit de 5 expéditions réalisées par l’auteur : K2, Manaslu, Jannu, Daulaghiri, et Kangchenjunga qu’il gravira en octobre 1983 en solitaire et sans oxygène.

Le récit commence à l’été 1979. Pierre Beghin participe à l’expédition française sur l’arrête Sud-Ouest du K2. Un échec. Pierre Beghin semble y participer un peu en étranger, comme quelqu’un qui n’est pas à sa place. Il confie son «  impression étrange d’entrer d’un seul coup dans un film à grand spectacle ». «  La chaleur est infernale, une véritable fournaise. Au milieu des cris, des engueulades, des bousculades, 20 tonnes de matériel sont déchargées des remorques » écrite Pierre Beghin. L’expédition s’élance à l’assaut du K2 avec 1 400 porteurs… On sera tenté de penser tout çà pour de l’alpinisme, pour que quelques hommes enfoncent leur piolet sur le sommet glacé d’une montagne. A la lecture du récit de Beghin, on a plus la sensation de se retrouver dans un « Tarzan » des années 30, quand des colonnes entières de pauvres porteurs se faisaient bouffer par des bêtes sauvages.

Quatre ans plus tard, Pierre Beghin se retrouve sur les pentes du Kangchenjunga, qu'il gravit seul et sans assistance à la manière d’un Messner. Même le nombre de ses porteurs, pour aller au camp de base, est très réduit. Ils ne sont qu’une poignée. Pierre est également accompagné de sa compagne et d’un ami médecin. Ils ne participent pas à l’ascension. Ce dénuement de moyen et cette solitude face à la montagne préfigure ce que Jean-Christophe Lafaille tentera, une dizaine d’années plus tard, avec l’issue fatale qu’on connaît. Pourquoi le Kanch’ ? Pourquoi seul ? A son, habitude Pierre Beghin se livre peu sur ses motivations. Il raconte seulement ses lectures d’enfants sur les grandes expéditions en Himalaya. En revanche, il n’élude pas la difficulté de se retrouver seul à 8 000 mètres, la douleur physique, le doute moral, les conditions très difficiles. Il n’y a pas d’héroïsme dans son récit, de forfanterie d’aventurier… Pierre Beghin se livre, à nue, et fait partager un certain malaise. A l’occasion d’un dialogue reconstitué au camp de base, il écrit :

Pour essayer d’en savoir plus sur la personnalité de Pierre Beghin, on peut se plonger dans le premier chapitre. L’auteur y livre quelques-uns des ses rêves de jeunesse. Il raconte surtout quelques anecdotes sur ses débuts en montagne. Sa première course sérieuse, il l’a réalise avec Claude son frère, en 1968 sur la face Est du Grépon. Mais sur ses motivations, peu de mots. Discret, Pierre Beghin n’a pas été un alpiniste comme les autres, dans le sens où l’alpinisme n’a pas été son métier, comme ce fut le cas pour un Desmaison, ou un Berhault. «  La profession de guide ne me tentait pas vraiment. Ce que je désirais : un métier intéressant sur le plan intellectuel, me permettant de continuer à pratiquer l’alpinisme au plus haut niveau » .

Pour aller plus loin un site est consacré à l’alpiniste.


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander


A la conquête de l'impossible

Yannick Seigneur

Flammarion, 1976

Yannick Seigneur ? Aujourd’hui plus grand monde n’en parle… L’alpiniste, qui est décédé d’un cancer en 2001, semble tombé dans l’oubli. Pourtant l’alpiniste a fait parler de lui dans les années soixante-dix, réalisant quelques belles premières et de nombreuses ascensions de grand talent.  Sa spécialité ? Les directissimes effectuées aussi bien en été qu’en hiver. Touche à tout,  il a surtout fréquenté le massif de l’Himalaya, ajoutant à son carnet de courses quelques beaux sommets : pilier Ouest du Makalu avec Paragot, première du Tawesche, nouvelle voie au Gasherbrum II, Broad Peak, face Nord de l’Everest, etc… En 1982, il échappe à une avalanche au Nangat Parbat.

Pour suivre une partie de l’itinéraire de Yannick Seigneur on peut lire « A la conquête de l’impossible, publié en 1976 chez Flammarion. Seigneur y raconte l’histoire d’une vocation, celle d’un jeune sportif qui découvre la montagne à l’âge de 20 ans. Le premier chapitre de ce livre est certainement le plus intéressant. Comment devient-on alpinisme ? Pour quelles raisons ? Yannick Seigneur y répond à sa manière avec quelques belles histoires de montagne, des aventures de «  gamins » qui se frottent à la paroi. Il grimpouille du côté de St Etienne, puis découvre le Dévoluy et le Vercors. «  Nous choisissions chaque fois une voie plus ardue que la précédente, mais notre enthousiasme eut tôt fait de nous faire sauter des barreaux dans notre échelle de progression. Et c’est ainsi qu’il m’est arrivé mon premier très grave accident de montagne » écrit-il. Novembre au hameau de la Richardière. Les premières neiges ont fait leur apparition. Mais il y a le mont Aiguille. Fascinant Mont Aiguille, forteresse protégée par de verticales falaises qui offrent à l’alpiniste autant de raisons d’y aller. Les longueurs s’enchainent, les difficultés s’accentuent, les pitons se font de moins en moins nombreux dans la voie… Et puis : «  je ne sais pas pourquoi mais le piton de relais ne m’inspire pas confiance » reconnaît Yannick Seigneur. Effectivement : il est planté la tête en bas. Et au moment où se dernier pense à la chute de son camarade, elle arrive. «  Bernard tombe droit sur moi. Je vois son visage qui se rapproche et disparaît pendant que naît entre mes mains une horrible brulure… ». Heureusement la chance du débutant sourit à cette jeune cordée. Et l’aventure continue.

«  A la conquête de l’impossible » ne raconte pas seulement les premiers pas de Seigneur en montagne. Il y décrit quelques-unes de ses grandes ascensions, aussi bien dans les Alpes qu’en Himalaya. Le texte est bien écrit, simple, clair, sans sensationnalisme. Un seul bémol, les rares images en noir et blanc qui ne sont pas à la hauteur du texte.

Tout au long de son livre Yannick Seigneur explique sa façon de concevoir la montagne, parle de son style et de son étique. «  Ces tas de cailloux, de glaise, de calcaire, de granit, on les gravit, non pas parce qu’ils sont là, mais parce que nous prenons à leur contact une autre dimension : nous devenons des hommes, des hommes qui s’accomplissent, qui se cherchent, qui, parce qu’ils se sont cherchés, se révèlent quelquefois à eux-mêmes ». Quant à la dernière phrase de son livre, elle annonce le tournant amorcé par Berhault avec sa traversée des Alpes et repris par de nombreux alpinistes amateurs : «  il faudra que les Alpes redeviennent des montagnes naturelles et sauvages et les hommes des enfants qui aiment jouer sur un terrain de jeu qu’ils respectent ».


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

"Versant Océan"

Lionel Daudet et Isabelle Autissier

Grasset

Le 7éme festival du livre de montagne de l’Argentière-La-Bessée vient de décerner le grand prix "Ecrins-Desmain" à «  Versant Océan » de Lionel Daudet et Isabelle Autissier, paru en avril 2008 chez Grasset. Les mauvaises langues noteront que Lionel Daudet habite à l’Argentière-La-Bessée et que la commune ne pouvait faire autrement que de distinguer un de ses plus célèbres habitants. Mais les mauvaises langues ont tord ! Avec « Versant Océan » Dod et Autissier viennent d’écrire à quatre mains un très beau livre d’aventure mer/montagne, richement illustré avec des photos de qualité et d’un format original. Cet ouvrage devrait recevoir d’autres récompenses. A lire de toute urgence.

Voici mon post :

Combien de temps trois marins et trois alpinistes peuvent-ils se supporter ? Pour le savoir Lionel Daudet et Isabelle Autissier ont monté «  Georgia Sat 2007 », une audacieuse expédition mer-montagne en Georgie du Sud. Son principe ? Embarquer les six protagonistes à bord de « ADA », un solide Plan Joubert de 15 mètres de long. Les secouer pendant la traversée entre Ushuaïa et la baie d’Elsehul sur une mer du Sud qui n’autorise aucune erreur. On est ici bien loin d’une croisière d’agrément…. Sur place, abandonner les alpinistes à leur triste sort : la traversée de la Georgie et l’ascension de quelques-uns de ses sommets. Pour ceux qui ne connaissent pas la Georgies du Sud, voici ce qu’en disent Isabelle Autissier et Lionel Daudet : «  tu prends les Alpes, tu découpes à partir de 2000 mètres et tu poses cela dans l’océan austral, des pics et des bosses de partout, des sommets qui n’ont même pas encore de nom, nappé de neige glacée, servi avec 40 nœuds de vent , pour que ça mousse bien, en haut comme en bas ». Voilà pour le cadre. Une fois sur place, pendant que les alpinistes s’amusent, obliger les marins à naviguer le long des côtes en évitant les dangers : courants traitres, rochers pointus, icebergs fourbes, et chutes de séracs en mer, etc… Comme ce jeu est un peu trop simple, les marins et les alpinistes doivent régulièrement se retrouver, notamment pour se ravitailler. Le voilier se transforme alors en refuge avec chaussettes humides et cirés mouillés au dessus du poile. La cohabitation est bonne-enfant, comme l’esprit de cette expédition.

On est ici dans de la montagne et de la navigation heureuses. Pas de volonté de record, pas de recherche de l’extrême (même si les conditions le sont), pas de désir de se mettre en avant en sur-médiatisant l’évènement et en le pervertissant. Lionel Daudet et Isabelle Autissier, qui sont chacun dans leur domaine des géants, abordent leur expédition simplement, naturellement comme des sportifs épanouis et qui n’ont plus grand-chose à prouver et à se prouver. Dans leur récit, ils font partager leur aventure tout aussi simplement, avec un plaisir communicatif. «  Au retour nous avons soif de dire de témoigner  de cette beauté fragile  et de partager le bonheur et l’admiration qu’elle nous  a inspiré » écrivent Lionel et Isabelle. Leur aventure garde tout le temps un visage humain et leur récit arrive à rendre cet esprit. C’est peut-être là la grande réussite de ce livre. Pas de superlatif, pas d’anecdote extrême comme  dans « Conquérant de l’impossible » de Mike Horn, pas d’esbroufe pour vendre l’aventure aux médias grand public.

Mais surtout avec «  Versant Océan », Isabelle Autissier et Lionel Daudet réinventent le récit d’aventure. Le livre est abordé comme un Abécédaire, où Isabelle et Lionel prennent la plume chacun à leur tour. L’alpiniste parle de mer et la navigatrice de montagne avec un même plaisir. Ce va et vient entre deux univers finalement très proches fait tout l’intérêt de l’ouvrage. Les marins auront envie de grimper et les alpinistes de naviguer. Et ceux qui ne connaissent pas l’un ou l’autre de ces univers peuvent en saisir quelques aspects. Des mots comme « Barre », «  Vent », « Quart » constituent autant d’entrées de lecture et sont prétexte à évoquer une anecdote de l’aventure. Il n’y a pas vraiment de fil conducteur dans ce livre. Ces auteurs  abordent leur expédition un peu comme une discussion entre amis, avec des anecdotes et des récits qui viennent au fur et à mesure de la lecture. Et tout au long de ces paragraphes, le lecteur tombe sur de très belles illustrations, beaucoup de photos sur des doubles pages. On peut y voir les alpinistes progresser sur des déserts blancs immenses, ou les marins se débattent avec ADA. Les paysages sont à couper le souffle. La faune n’est pas oubliée et de très nombreuses images permettent de découvrir les éléphants des mers, les manchots ou autaries. Les plus belles photos sont sans aucun doute celles qui arrivent à rendre compte de l’immensité des lieux et de la rencontre entre la montagne et l’océan.

Au moment de refermer ce livre,  à regret une impression d’ensemble vient à l’esprit. On n’a peut-être pas le récit d’ensemble de la traversée, mais des moments forts et peut-être l’essentiel restent : le sentiment de liberté, l’esprit d’équipe, le bonheur de découvrir et d’être en montagne (ou en mer), la satisfaction de vivre son rêve. L’aventure tout simplement.


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Un homme des cimes

Jean-Michel Asselin

Glénat, mai 2008

Avec  «  Un homme des cimes » Jean-Michel Asselin livre un portrait intime et très personnel de Patrick Berhault, disparu en 2004 dans les Alpes Suisses.  C’est autant l’ami que le journaliste ou l’alpiniste qui tient la plume et ce mélange des genres se retrouve tout au long du bouquin. Jean-Michel Asselin, journaliste spécialiste de la montagne, n’hésite pas à se mettre en scène et racontre très librement sa relation amicale avec Patrick Berhault. Son admiration se sent tout au long des paragraphes.

C’est souvent réussi. Jean-Michel Asselin a vécu la traversée des Alpes, réalisée par Patrick Berhault en 2000 et 2001. Il tenait le compte rendu des journées sur un site internet et a participé à des étapes de la traversée. Il arrive à faire vivre à son lecteur cette aventure en racontant de nombreux détails, des anecdotes inédites. On prend plaisir à lire les passages où il appelle Berhault sur son téléphone portable. Et ce dernier accro au portable répond, invariablement, même quand il est suspendu dans une falaise. Sa façon de raconter la relation entre  « les deux Patrick », Berhault et Edlinger, est également très forte. Il permet à son lecteur de comprendre la relation de Berhault à l’amitié, l’esprit de cordée qui l’anime, et pas seulement en montagne.

C’est quelquefois aussi râté, ou désagréable. Jean-Michel Asselin se met trop en avant et se trompe aussi de livre. Son récit de l’ascension de l’Everest pour les 50 ans de sa première va un peu trop loin. Il s’égare dans des polémiques, règle quelques comptes avec des alpinistes qui ont participé à cette expédition difficile à vivre pour Asselin, co-organisateur, acteur et journaliste de l’évènement auquel avait pris part Berhault.

Mais malgré ces imperfections, le portrait de Berhault par Asselin est très attachant. Il parle d’un homme et non d’un phénomène de foire. D’un homme avec ses faiblesses. Asselin revient longuement (trop ?) sur la relation de Berhault avec les femmes, sur sa difficulté à avoir une vie normale, loin de la montagne, de son addiction au portable, ou à la « bagnole ». De son goût prononcé pour le Nutella, ou les capuccino. Un homme qui a tout donné à sa passion de la montagne. Une passion dévorante, dans laquelle Berhault s’est jetté. Asselin revient sur l’adolescence de Berhault, quand le jeune chien fou rencontre un curé monégasque qui lui fait aimer et découvrir l’univers de la montagne. Et l’éloigne d’autres tentations.

Bien entendu Jean-Michel Asselin ne fait pas l’impasse sur l’accident et les derniers joirs de cette course folle aux 4000 des Alpes. Et la thèse avancée est la même que celle soutenue par Michel Bricola dans son ouvrage paru aux éditions Guerin. Il cite Magnin et Edlinger. Il raconte aussi la façon dont il a vu Magnin et Berhault se fatiguer à courir aprés un défis qui les dépassait certainement. Il raconte la fatigue, les chutes, les incidents et la cordée qui se sépare avant de se retrouver. Et Jean Michel Asselin raconte comment Berhault oubli certainement de grimper pour lui et le fait peut être plus pour être conforme à ce que les sponsors, les médias et le public attendent de lui : de la performence sportive, du rêve, un mythe en somme. Et arrice l'accident. C'est simple un accident en montagne, ça va vite, trés vite. Berhault que tout le monde croyait immortel depuis sa chute de 800 mètres dans les Ecrins disparait, laissant un vide.

Avant de conclure, Jean-Michel Asselin s’interroge sur le patrimoine que Berhault a laissé à ceux qui ont suivi ses traces. Et la réponse est toute simple : «  ce que Patrick a accompli plus que toute autre, c’est juste cela : nous faire aimer la montagne. (…) Patrick avec ses balades impossibles à faire pour nous mais dont nous ne sous sentions jamais exclus, nous a donné des rêves simples. Depuis ses folies il m’arrive de me dire : aujourd’hui j’enchaîne trois sommets de Chartreuse ou deux cimes du Dévoluy… ».


Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander


"Berhault"

Michel Bricola et Dominique Potard

Editions Guerin, mais 2008, 55 euros


«  Berhault » de Michel Bricola et Dominique Potard est certainement un des meilleurs livres de montagne que j'ai lu. Et pour une biographie, genre souvent rébarbatif, ce n’est pas évident. Ne cherchez pas ici de récit haletant d’ascension, de compte rendu de première, ou débat philosophique sur la prise de risque en montagne. « Berhault » raconte juste l'histoire d'un homme. D’un homme face à la montagne et de la façon dont cette relation absolue l'a transformé. Du sale gosse qui traverse Monaco en mobylette, à l'icône médiatique qui disparaît sur une arête neigeuse en Suisse Michel Bricola, ami et confident de Patrick Berhault, revient sur un parcours exceptionnel, avec pas mal d'illustrations appartenant à la famille et aux proches, et aussi quelques très beaux clichés de photographes reconnus. Et le texte se montre à la hauteur des illustrations et du bonhomme.

Berhault, l'alpiniste, a marqué ce sport par des ascensions époustouflantes. Berhault,  le vagabond qui traverse les montagnes, a laissé une trace dans la société : celle d'un homme libre qui tourne le dos aux contraintes et part vivre à son rythme et selon ses envies, dans le Verdon, dans une ferme du massif central et plus généralement en montagne, en harmonie avec une nature dans laquelle il se sent comme chez lui. Et Berhault, l'homme, seul et fragile, selon Bricola, qui lors de sa dernières aventure, l'ascension des 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes ne s'appartient plus totalement, comme dépassé par sa notoriété et ses engagements avec ses sponsors, dont fait partie le conseil général des Alpes-Maritimes.

Si beaucoup de choses ont déjà été dites et écrites sur les ascensions de Patrick Berhault en revanche, les deux derniers chapitres du livre de Bricola, «  le piège de la notoriété » et «  un archipel de 82 îles » montrent l'alpiniste sous un nouveau jour. La thèse soutenue par Bricola est la suivante : «  Patrick s'enferme de plus en plus dans un système qui l'éloigne de ses vrais valeurs : simplicité, authenticité, liberté. Il ne se laisse plus gouverner par ses sensations, son instinct. Aujourd'hui d'autres forces guident ses choix » écrit Michel Bricola, à la page 236, avant de raconter la dernière aventure alpine, celle des 82 sommets. Après la présentation à la presse de «  Au fil des 4 000 », Bricola juge que «  l'Alpinisme à la Berhault s'accommode mal de ce show médiatique ». Il lui en aurait parlé et Patrick aurait répondu : «  Tu vois, il n'y a que toi qui me parles comme ça... Alors qu'est ce qu'il faut que je fasse, j'arrête tout ? ». Mais Berhault décide de continuer.

La cordée Berhault-Magnin, qui a bien des égards est devenue aussi célèbre qu'une cordée Terray-Lachenal, ou Paragot-Berardini, s'élance dans une course folle. Les 4 000 tombent. Les uns après les autres. Les forçats de l’Alpe repoussent les limites, jouant avec le temps, la fatigue et le vide. L’aventure, leur aventure, est fantastique et les images que tout le monde a gardés en tête sont fabuleuses. Une cordée qui court dans le ciel, volant au dessus des arêtes, des sommets. Et la cordée Berhault-Magin s’apprête à rentrer dans l’histoire de l’alpinisme de la plus belle façon. Mais il y a eu ce drame.

Et quare ans après, Michel Bricola brise l'intimité de ce lien entre Berhault et Magnin. Il raconte le mauvais temps qui s'invite, la fatigue qui rend la progression plus délicate, les chutes de Berhault et de Magnin, mais aussi le doute qui commence à s'installer chez ce dernier. Il arrêtera même sa progression pendant 2 jours, avant de se laisser convaincre par Patrick de continuer. Il raconte aussi l'épisode de la pellicule perdue, avec les photos de 2 sommets. Patrick a promis à son sponsor les photos des 82 sommets. Alors, il veut y retourner pour poser. Et Michel laisse comprendre que Patrick Berhault n’est plus seulement en montagne pour lui. Puis arrive brutalement la fin : la chute, le vide, la détresse de Magnin. Et Berhault n'est plus là.

Bricola devait-il raconter tout çà ? Devait-il briser l'intimité de la cordée Berhault-Magnin ? Avait-il le droit de dire que Berhault s'est laissé embarquer dans une aventure qui n'était plus seulement la sienne, qu'il s'est laissé dépasser par les évènements ? Ne devait-il pas s'en tenir à l'image de l'alpiniste au grand coeur,  le génie de la montagne au contact facile, l'homme  abordable et chaleureux ?

Chacun a son idée sur la question. Pour ma part, je pense que oui, il fallait le faire. Toute la biographie de Michel Bricola est basée sur un principe : « Berobocop » était un homme, avec ses faiblesses et ses forces. Et son parcours en est que plus prestigieux.


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander


"Le beatnik des neiges"
Mirella Tenderini
Editions Denoël, 1991
En occasion, entre 15 et 20 euros

Il y a 39 ans le corps de Gary Hemming était retrouvé sur les bords d'un lac dans le Wyoming, une balle dans la tête. Suicide ou meurtre ? La première hypothèse était retenue, même si dans l'ouvrage qu'elle a consacré à ce « Beatnik des neiges », paru en 1991 chez Denoël, Mirella Tenderini se pose encore la question.

Gary Hemming ? C'est ce grimpeur américain qui fréquente Chamonix dans les années soixante, âge d'or de l'alpinisme. Un grand gaillard yeux bleus, aux cheveux blonds éternellement en bataille qui a défrayé la chronique. De lui, les alpinistes ont retenu son ouverture de la Directe américaine, au Dru, ou de la face Sud du Fou. Quant au grand public, il a gardé en mémoire la « Une » de Paris Match évoquant sa participation avec Desmaison  au sauvetage d'une cordée allemande dans des conditions rocambolesques au Dru.

C'était en 1966 dans la face Nord. Sur la photo qui est entrée dans l'histoire de l'alpinisme et du journalisme, on le voit accroché à la falaise, debout sur une minuscule vire en compagnie des rescapés. Sur cette image la verticalité de la paroi, renforcée par la couleur sombre du granit mouillé, plonge dans un inquiétant brouillard. Lui, calme, pose sa main grande ouverte sur le rocher, comme s'il maîtrisait la situation. Sa participation à ce sauvetage, auquel Desmaison devra son éviction de la compagnie des guides de Chamonix, a marqué les esprits et a fait d'Hemming une vedette internationale. Cette soudaine notoriété l'aura beaucoup affecté.

Le livre de Tenderini, chroniqueuse dans diverses revues alpines italienne, a le mérite de rappeler cet épisode de la vie d'Hemming, personnage attachant, fragile, un peu anarchiste et profondément égoïste ou libre, c'est selon.

Pour les amateurs de littérature alpine Gary Hemming est une figure récurrente. On croise sa silhouette dégingandée entre les lignes de Desmaison, Rebuffat, ou Bonatti, ou plus tard d'un Jean-Michel Asselin, sans parler des revues spécialisées de l'époque. Il passe dans une page, apparaît dans un autre chapitre, sans jamais pour autant avoir le premier rôle. On aurait même pu oublier Hemming !

Alpiniste de haut niveau, il n'est pas arrivé à s'imposer durablement sur le devant de la scène par ses seules réalisations, ou la façon de les médiatiser. Il n'a pas écrit de livre par exemple, n'est pas devenu guide et n'a pas vécu de ses ascensions.  Il ne pratiquait pas l'alpinisme pour ces raisons.  Grimper était son mode de vie, sa philosophie : «  la montagne, pour moi, n'est pas une fuite mais une expérience physique complète, l'engagement absolu. Je mes ma vie en jeu. Une erreur et je la perds » écrit-il. Comme certains à l'époque se retiraient à Katmandou, lui vivait en «  beatnik des cimes » grimpant sans jamais trop se prendre au sérieux, ni en faire une affaire. Inconstant, voulant rester libre de ses actes et de ses méthodes, il démissionne de l'école des guides, vivote de petits boulots, un coup en France, l'autre au Canada, le plus souvent en Amérique. C'était un clochard des cimes. En ces années de révolution sexuelle (1968) était partisan de l'amour, faisant un enfant à une femme, mais vivant avec d'autres. Ses ascensions sont un peu comme sa vie : décousues, mais osées. Personnalité plus fragile qu'il n'y paraît, il grimpe souvent en solitaire, à la limite entre le suicide et le solo intégral. Boit, goutte aux drogues... Il n'arrive pas à trouver sa place dans la vie, jusqu'à cette funeste soirée dans le Wyoming où on le retrouve mort, une balle dans la tête.

Aujourd'hui, on peut relire d'une façon différente son parcours d’alpiniste. Et c’est la thèse de ce livre. En avance sur son temps, Hemming introduit des techniques de grimpe modernes, en utilisant du matériel emmené directement des Etats Unis. Il se fait surtout le représentant d'une nouvelle approche de la montagne. Formé dans sa jeunesse au Sierra Club, une association plus tournée vers la nature que l'alpinisme, il conçoit l'escalade comme un mode de vie et une expérience personnelle, une pratique où l'on doit laisser le moins de trace possible de son passage pour ne gêner ni les alpinistes suivants, ni la nature.

C'est sur ce point que le parcours de Gary Hemming est intéressant. En avance sur son temps, il annonce les prémices de la grimpe moderne, telles que des figures comme Berhault ou Edlinger la vivront à la fin des années 70, début 80.

 

Pour aller plus loin :

L'alpiniste et réalisateur Jean Affanasief a consacré un film sur l'itinéraire d'Hemming.

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Sur la trace de Nives

Erri De Luca

Gallimard, édité en 2006

13.90 euros en librairie

Une femme et un homme se retrouvent sous une tente, quelque part sur un sommet en Himalaya. De cette nuit d’insomnie, ils engagent une conversation, sur leurs souvenirs d’ascensions, leur parcours et… la bible, pendant que dehors la tempête fait rage. Cette femme, c’est Nives Meroi, célèbre alpiniste italienne partie à la quête des quatorze huit mille de la planète (http://www.nives.alpinizem.net/). A côte d’elle a pris place Erri De Luca, écrivain, alpiniste, mais surtout napolitain aux mille vies (http://errideluca.free.fr/). Né à Naples en 1950, il était destiné à une carrière de diplomate, avant de basculer dans l’extrême gauche italienne, puis de devenir ouvrier chez Fiat, maçon en France et en Afrique, conducteur de poids lourds pour une ONG pendant la guerre de Yougoslavie, et surtout écrivain. Il a notamment écrit « Montedidio, un très beau roman sur le bouillonnement de sa ville natale. Erri De Luca grimpe aussi, plutôt bien, en  falaise (en 2002, il a été le premier homme de plus de 50 ans à réaliser un 8B+), et explore les sommets en himalaya. Et c’est pourquoi « Sur la trace de Nives », son dernier ouvrage, est abordé dans cette rubrique « livres de montagne ». Leur dialogue presque imaginaire est certainement tiré de l’expédition à laquelle a participé Erri De Luca, en 2004 au Lothse, avec six autres alpinistes italiens. Erri De Luca n’est pas un alpiniste qui écrit, mais un écrivain qui grimpe, spécimen rare dans l’univers de la littérature alpine. Sa conversation – presque imaginaire – avec Nives Meroi, dans un lieu insolite, suit les récits d’altitude des deux alpinistes pour mieux s’en éloigner et prendre de la hauteur. Leur dialogue n’est pas une discussion de comptoir de plus, sur de douteuses philosophies de l’extrême, ou des considérations mystiques pour alpiniste en mal de repère, ni un message au symbolisme suspect. En montagne, après quel trésor invisible court-on au risque de sa vie ?  Cette discussion avec Nives est surtout l’occasion pour Erri De Luca de revenir sur son parcours, son écriture et sa conception de l’alpinisme : en montagne, l’homme est un intru. L’alpiniste ne doit surtout pas déranger les lieux. Il y a de la poésie dans cette rencontre, notamment au début, quand il décrit une ascension nocturne : «  Dans les nuits sans lune, on monte comme des voleurs, en cachette, pour cambrioler l’étage supérieur. Nous nous cramponnons à l’enduit frais de la neige, nous avançons en essayant de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller le maître de maison ». Le passage où Erri De Luca compare l’écriture avec l’alpinisme est aussi à lire. Page 41 : «  En tant qu’écrivain, je ne tombe pas sur du papier complètement blanc. Avant de commencer, j’ai une amorce déjà prête, à suivre, j’ai un sentier, même s’il n’est pas tracé (…). Toi, tu peux trouver la neige déjà écrite, suivre une trace déjà battue, celui qui écrit des histoires doit toujours être sur de la neige fraîche ». Un peu plus loin, page 43, une phrase attribuée à Nives est à méditer, avant de partir crapahuter : «  en montagne, tu es à l’air libre, plus libre que ça c’est impossible et alors tu dois être libre, gaie, émue par la chance de te trouver là, de porter ton poids dans la montée, décidée et étudiée pendant les soirées d’hiver ». A travers du plaisir d’être en montagne, c’est surtout de sagesse dont-il s’agit. Celle que l’on acquiert à travers ses ascensions. Gravir, c’est avancer en connaissance

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

L’alpinisme s’apprend-il dans les livres ? Au moment où les éditions Glénat publient le « Guide dela montagne » http://www.editionsguerin.com/boutique_fr_article_192.html)  il est amusant de se replonger dans « L’art de l’alpinisme » de Pierre Alain, parut en 1956, et dans « Neige et Roc » de Gaston Rébuffat édité 3 ans plus tard. Deux styles de présentation totalement différents, mais un même savoir : les techniques d’alpinisme des années 50, avec ces fameux coins de bois, les rappels où l’on freine la corde sur son seul corps, les pitons et les piolets au manche en bois…  Sans oublier le noeud de Prussik, pour remonter d'une crevasse... Bien pratique avant que M. Petzl n'invente ses jouets de poulis, et autres bloqueurs. Pierre Alain propose un ouvrage très complet, avec une orientation pédagogique assumée. Il adresse son guide à des personnes qui connaissent déjà la montagne, c’est pourquoi, il entre dans le vif du sujet sans perdre de temps. Il écrit : «   pour vous permettre de revivre plus tard ces heures précieuses, il vous faut, avant tout, vous conserver vivant, et de préférence intact ! C’est à quoi ce livre prétend apporter sa modeste contribution ». Les chapitres abordent les thèmes de l’équipement, du terrain, rocher, ou neige et glace, cordée et sauvetage, etc… Les dessins explicatifs sont très beaux, épurés, presque poétiques.

Rébuffat, lui ne peut s’empêcher de se laisser emporter par son lyrisme. Dans «  Neige et Roc », il s’adresse à la jeunesse, qui «  pour vivre, doit avoir un grand désir » et lui ouvre les portes de la montagne, son jardin secret. Il raconte ses débuts en tant qu'alpiniste. C’est tout autant le guide qui apporte ses conseils techniques, que le romancier qui s’emporte sur la description de son équipement : «  j’allais acquérir un équipement, le bel équipement que déjà je regardais avec amour : le piolet – mon piolet -, la corde – ma corde – mes crampons (…) et avec ferveur s’attendais le départ pour la haute montagne ». Pas de dessin dans ce bouquin, mais des photos sur lesquelles Rébuffat se met en scène et sculpte son personnage, avec son éternel pull


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Montagne pour un homme nu

Pierre Mazeaud

Arthaud, 1971, réédité en 1998

En lisant « Montagne pour un homme nu », paru aux éditions Arthaud en 1971, on se demande comment Pierre Mazeaud, l’auteur, a réussi à concilier une carrière d’alpinisme de haut en niveau, en même temps que sa profession de chargé de travaux en droit, une vie de famille et un engagement politique qui, après des postes de député, maire, secrétaire d’Etat à la jeunesse et au sport, l’a mené à présider le conseil d’Etat et dernièrement la fondation de Gaulle. Mais « Carrière » n’est peut-être pas le mot pour d’écrire le parcours d’alpiniste de cet homme au caractère bien trempé. Mazeaud  n’a jamais été un alpiniste professionnel, ni un sportif de haut niveau comme on peut comprendre ce terme aujourd’hui. Né à Lyon en 1929, il habite Grenoble et découvre la montagne avec son père, puis plus tard, habitant en région parisienne, il fréquente les blocs de Fontainebleau, ou les falaises du Saussois. Plus tard, il commence une belle carrière d’alpinisme, en répétant itinéraires d’envergure, avant d’en ouvrir, lui-même. Pierre Mazeaud se rapproche plus de l’amateur éclairé, doué et persévérant. En relisant son discours d’académicien, prononcé en décembre 2005, on comprend mieux son parcours : « L'alpinisme se vit avec passion, il appartient à ceux qui se donnent les moyens d'atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés, qui ne s'engagent pas qu'à moitié, qui connaissent la valeur de la solidarité entre les hommes, qui savent que c'est en s'encordant à ses semblables que l'être humain s'accomplit. Et cette expérience de la montagne ne vaut-elle pas pour toute aventure humaine ? ». Cette « passion » - on la retrouve tout au long de son ouvrage autobiographique - est communicative. Car si Mazeaud a écrit quelques belles, ou dramatiques, pages de l’histoire de l’Alpinisme des années 50 et 60, il est resté un « alpiniste du dimanche », à qui bon nombre de pratiquants d’aujourd’hui peuvent s’identifier. La semaine, Mazeaud travaille et s’occupe de sa famille. Mais quand arrive le week-end, ou les vacances, il s’agit d’une autre histoire. Comme possédé par la montagne, il prend sa voiture, roule de nuit sur les nationales inconfortables de l’époque et quand il arrive à Chamonix, il ne se repose pas beaucoup : grimpe, ou bamboche dans les bars de l’insouciante capitale de la montagne d’alors. A ce titre, «  Montagne pour un homme nu » donne l’impression d’assister à un « road-movie ». Le lecteur est trimballé du Saussois, aux Dolomites, du Hoggar à l’Himalaya, sans oublier une aventure épique en Islande, et avec un passage obligé : le massif du Mont-Blanc. D’une façon assez concise Mazeaud raconte quelques-unes de ses plus belles ascensions. L’intensité est toujours au rendez-vous, que se soit dans les Drus, la Cima Ouest du Lavaredo, ou la Nord du Cervin, l’auteur a le don pour faire partager ses émotions et le caractère précaire du moment. Le chapitre consacré à la tragédie du pilier du Freney, dans le massif du Mont-Blanc, est remarquable. Mazeaud revient sur cette tragédie qui a endeuillé durablement la montagne. Avec Bonatti, et un autre italien, Mazeaud en revient vivant, mais terriblement touché et affaibli. Cet épisode est également décrit par Bonatti, dans « A mes montagnes ». On peut aussi relire l’article que le Monde a consacré à cet évènement en 2005, quelques semaines après la nomination de Mazeaud au conseil constitutionnel (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3208,36-674617@51-673520,0.html).

Autre point important de ce livre : en quelques dizaines de pages, le lecteur croise les plus grands noms de l’alpinisme de l’époque : Bonatti, Desmaison, Haston, Kohlman, Harlin, etc… Mazeaud a été le compagnon de cordé de beaucoup d’alpinistes restés dabs l’histoire de ce sport. Il faut aussi lire le 18éme chapitre intitulé «  une part de moi-même, la montagne » dans lequel Pierre Mazeaud se livre un peu plus. Et cette confession est l’occasion de réfléchir aux raisons pour lesquelles on va en montagne. Quelques phrases ont ainsi une portée particulière : «  L’alpinisme est un plaisir. On est bien en montagne. D’abord aucune concession, on est dans un autre monde, l’âge de pierre. Ce que la bêtise des hommes appelle valeur disparaît. On est d’abord bien dans une course parce que l’on joue à l’animal ». «  L’alpinisme est un sport. Certes fort complexe, réservant des joies inconnues ailleurs (…). Je fais de la montagne pour le sport, sport aux multiples ressources ». Et ce passage sur l’amitié : «  Or, pour moi, il n’est pratiquement d’amis qu’en montagne, car ils sont alors dépouillés, comme moi-même. Nous sommes des hommes nus avec les mêmes passions, les mêmes réflexes, aussi les mêmes complexes, les mêmes réactions, enfin les mêmes sentiments, puisque notre amour de la montagne est notre essence ».

Enfin, Pierre Mazeaud a été le premier français au sommet de l’Everest, lors de l’expédition de 1978, racontée dans « Everest 78 », édité chez Denoël. Après sa tentative manquée de 1971, narrée dans « Montagne pour un homme nu », sa réussite, à 49 ans après avoir été secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux sports », montre que cet homme refuse l’échec.

Pour aller plus loin :

http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/MAZEAUD.htm

http://www.france5.fr/himalaya/W00347/3/97594.cfm


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

La directissime de l'Eiger

Peter Gillman et Dougal Haston

Editions Seuil 1967

Entre 10 et 15 euros chez les bouquinistes

En 1966 deux cordées s’attaquent au même moment à la face Nord de l’Eiger : l’une est Allemande, l’autre Américano-Britanique. Dans celle anglo-saxone, on trouve plusieurs très forts grimpeurs comme le californien John Harlin et Dougal Haston. Leur objectif ? Ouvrir la directissime de la face Nord, qui demeurait la dernière grande course des Alpes.

Ils décident de tenter leur chance en hiver pour éviter les chutes de pierre, principal danger dans les grandes pentes Nord de l’Eiger. Les cordées commencent leur ascension quasiment au même moment et progressent côte à côte à quelques dizaines de mètres les uns des autres. Puis après quelques jours de progression, devant les difficultés rencontrées, ils décident d’unir leurs forces et de poursuivre ensemble. Leur technique est lourde : la première cordées ouvre la voie et pose une corde fixe de 7 mm pour permettre aux autres de suivre et à toute le monde de redescendre plus facilement. Des mini-camps d’altitude sont installés dans des grottes de neige. Si les Allemands restent le temps de leur ascension dans la paroi, les anglo-saxons n’arrêtent pas de faire des aller retours entre la face et leur hôtel à la station de la Scheidegg.

Le récit de cette ascension est raconté par le journaliste Peter Gillman, avec l’aide de Dougal Haston, un des grimpeurs. Il a reconstitué les faits à l’aide des enregistrements des conversations radio, de notes et des témoignages des alpinistes. Le texte, plutôt bien écrit, n’est pas rédigé à la première personne, sauf au dernier paragraphe – le récit de l’assaut final – où Dougal Haston prend la plume et donne encore plus de force au texte. «  La directissime de l’Eiger », publié en 1967 chez Seuil, est un grand livre de la littérature de montagne, pourtant tombé dans l’oubli. Peter Gillman arrive à rendre toute la démesure de cette face de glace et de roc, si inhumaine. Il retransmet avec minutie le côté laborieux de cette expédition presque himalayenne. Aujourd’hui le style choisi paraît anachronique, mais à l’époque, et pour une voie de cette ampleur, il est incontournable. Le journaliste raconte très méthodiquement comment les Anglais s’installent dans cette paroi entre le 23 février et le 25 mars : ils n’arrêtent pas de monter et descendre suivant le temps, leur état de fatigue et celui de leurs provision. Ces trajets rythment leur ascension et le récit, allant jusqu’à donner une sensation de malaise au lecteur. On se dit qu’à force de faire tous ces allées et venues, suspendus à des cordes de 7 mm, sur une face aussi dangereuse, un accident va survenir… Ils rencontrent des difficultés extrêmes et se frottent à des conditions de temps très dures : froid, tempêtes, quasiment pas de soleil, avalanches, etc…  Et le drame arrive. Une corde fixe se rompt, coupée par le frottement contre un rocher, alors que John Harlin était en train de la remonter, suspendu dans le vide. Il chute et va se fracasser contre la paroi. Comme on se trouve dans l’Eiger, un théâtre où les drames se passent en public, cet accident est suivi en direct et à la longue vue depuis la terrasse de la Scheidegg. L’ascension est endeuillée.

Pendant que John Harlin est enterré, la cordée internationale décide de poursuivre son ascension et sort quelques jours plus tard dans des conditions météorologiques extrêmes. Les grimpeurs donnent le nom de leur compagnon décédé à leur directe de la face Nord. Une fois de plus l’Ogre aura été fidèle à sa réputation. 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

                                                       Vingt ans de cordée

                                                        Paragot - Bérardini

                                             Flammarion, l'aventure vécue

                      Edité en 1974. Entre 12 et 20 euros chez un bouquiniste

C’est quoi une cordée ? Pour en avoir une idée, on peut relire Rebuffat et ses envolées lyriques. Ou se référer à la poésie d’un Frison-Roche. Mais pour vraiment le savoir, s’imposent Paragot et Bérardini. Avec « 20 ans de cordée », paru en 1974 aux éditions Flammarion collection l’aventure vécue », ces deux complices en donnent certainement une des meilleures définitions.

Paragot-Bérardini. Bérardini-Paragot… A tout jamais, ces deux noms resteront liés dans l’histoire de l’alpinisme Français des années 50 et 60. Comme beaucoup de grimpeurs parisiens d’après guerre, ils se rencontrent sur les rochers de Fontainebleau. En 1952, Lucien est de l’école du Cuvier-Châtillon, Robert de celle de la Dame-Jeanne. La rencontre a lieu sur les falaises du Saussois : c’est la que débute leur longue histoire de cordée. Ils partagent leur joie de vivre et leur passion naissante de la montagne dans laquelle ils investissent toute l’énergie qu’ils ont à revendre. «  Nous nous sommes trouvés tout de suite sans problème », «  Nous n’avions même pas besoin de nous parler pour dire « assure », ou «  donne moi du mou ». C’était instinctif » écrivent-ils.

La première grande commune débute à l’été 1953. Paragot et Bérardini se sont achetés, chacun, un scooter. Avec ce moyen de locomotion et de liberté, ils gagnent Chamonix pour y passer des vacances sportives.

Mais un an avant cette première escapade, les deux s’étaient déjà croisés sur le Granit Chamoniard : Robert sur l’éperon Walker, Lucien sur le Dru, pour accomplir la première de la face Ouest. A cette occasion, Lucien raconte une bien amusante anecdote. Ses parents apprennent par la presse que leur fils réalise une ascension difficile dans les Drus et qu’il est sur la montagne depuis plusieurs jours. Sa mère demande alors au père de Lucien de prendre le train pour lui apporter de la nourriture : «  le petit doit avoir faim » s’inquiète la mère. Après plusieurs heures de train et lesté de son baluchon de victuailles, le père débarque à Chamonix et demande où se trouve le Dru. Il explique sa situation et quand on lui explique la difficulté de rejoindre le Dru, en habit de ville, ce dernier répond : «  mon fils s’y trouve, je peux bien y aller moi aussi ».

Voilà pour l’anecdote. La cordée Berardini-Paragot débute donc à Chamonix, par l’ascension de la Face Est du Grand Capucin. S’en suivront vingt années d’aventures communes, des Alpes, en passant par la Cordillière des Andes. Des aventures qui sont racontées à deux voix dans ce livre. Et c’est ce qui en fait un ouvrage intéressant, bien plus que le style ou l’intensité des ascensions qui manquent un peu de force : tout au long des pages Paragot et Bérardini racontent leur histoire comme un dialogue. Ils se passent la parole, complète le récit de l’un, reviennent chacun à leur tour sur la façon dont ils ont vécu un passage lors d’une escalade. «  20 ans de cordée » est plus une discussion au coin du feu, entre deux amis, qu’un roman de montagne ou un récit de course classique. Et cette façon d’avoir envisager le bouquin rend encore plus de force à la complicité exceptionnelle entre cette cordée. A lire avant de partir s’attacher sur une montagne avec un compagnon d'escalade.


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

L'image du jour


Présentation

Profil

  • : Fred06
  • aventuralpines
  • : Homme

Planète Montagne

Un regard

Ave'Alpines TV


Vos commentaires

Un autre regard

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus