Mixte

Cinq heures du matin. Un vent fort et froid balaye le vallon de la Madone de Fenestre. Le temps de prendre le petit déjeuner, de s’équiper et il a disparu. Le ciel est plus clair, mais le froid toujours vif. Direction la face Ouest du Ponset, plus précisément sa fameuse diagonale qui traverse toute la face Ouest. Ce couloir de neige est bien visible de puis le refuge et est devenu une grande classique dans le Mercantour. En prêtant bien l’œil on peut même y voir évoluer les alpinistes. Enfin pour l’instant, il n’y a pas grand monde dehors, ni dans la diagonale d’ailleurs. Alors on avance pour arriver à son pied au plus vite. La neige est dure et les crampons mordent bien.

Une heure quarante plus tard nous y voilà. On s’équipe sur les restes d’une coulée d’avalanche qui a dévalé le bas de la diagonale. Surprise : dans le bas du couloir la neige porte moins et elle est même cassante sur une dizaine de centimètres et un peu plus haut sur une vingtaine. Le dessus part en plaque. Heureusement on peut bien ancrer ses piolets et crampons dans la sous-couche dure. Le premier passage technique est en glace. Il se franchit rapidement.

Plus haut le couloir bifurque vers la gauche et monte directement en diagonale vers le sommet. Un grand toboggan blanc. Nous y sommes ! Sans corde on évolue plutôt rapidement, seulement freinés par cette neige traître qui oblige à doubler ses efforts et son attention pour ne pas glisser tout en bas… Le second bloc coincé se passe sur la droite par une coulée en glace. Les pointes des piolets y mordent bien.
On continue sur le grand couloir qui s’élève de plus en plus entre le haut de la paroi Ouest et son bas.

Pour l’instant les rochers qui bordent la diagonale sur la gauche protègent du vide. Un peu plus haut ils disparaissent et le toboggan a une fâcheuse tendance à glisser là où il ne faut pas… Rester concentré. Bien planter les piolets et les crampons. Faire attention à son équilibre. La première arête de neige est franchie. La seconde semble foireuse avec sa petite corniche et sa neige qui semble nous cacher une belle plaque. Relais sur piolet. On sort un brin de corde pour terminer plus en sécurité.

Un peu sous l’arête sommitale le soleil vient nous cueillir pour continuer par quelques passages en rochers faciles, avec en arrière plan le Gélas.

Enfin le sommet. Pas de vent, un soleil chaud et une vue imprenable sur le Mercantour et le cap d’Antibes. Il y a du monde de partout en montagne : sur le Neiglier, la Pointe André, le Gélas bien sûr et même dans une des voies difficiles de la face Ouest du Ponset. On redescend par la face Sud sous l’œil indifférent d’un gros bouquetin.


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La Serrière de Lombarde a été plus forte que nous. Son sommet, ce sera pour une autre fois, pour ce printemps certainement... Il nous restait à peine 80 mètres pour rejoindre la crête et aller toucher un de ses sommets, en plein soleil. On est resté à l'ombre de la face Nord, bloqué sur un gendarmes, dont on a du mal à distinguer l'existence depuis le bas de la face, ou le col de la Lombarde. On n'était plus très loin, mais... Un passage un peu raide, au rocher foireux et aux prises obstruées par la neige et la glace a eu raison de notre volonté. Le passage n'était pas insurmontable, mais pas facile non plus. Trois mètres de rocher vertical à franchir. Voyez plutôt : "Je dégage la neige d'un rocher pour y poser le pied. Pose une sangle autour d'un bloc... qui dans trente seconde va céder sur le poids de mon corps. Je m'agrippe sur un rocher déversant. Il y a une bonne prise de main, mais pour le pied... Juste un petit graton un peu gelé. Tient pas ! Il faut absolument traverser d'un mètre pour se rétablir sur l'arête et continuer l'aventure. Le sommet est pas loin (photo ci-dessous. Le passage est à gauche, sur la photo). On le voit maintenant, il nous nargue, éclairé par le soleil, bien au chaud alors qu'on galère depuis 2 h dans la face Nord.

Je pose un gros coinceur dans un bonne fissure. Tente le passage... Le pied tient toujours pas pas. Avec les gants, difficile d'assurer la prise et pour corser le tout, le rocher qui retenait la sangle s'est barré. Bon, redescendre, regarder à côté, à droite, puis à gauche. Faire le point : 1. il est un peu plus de 12 h 30, 2. il reste une bonne portion d'arête avant de sortir 3. trop tard pour faire la traversée des arêtes 4. le mauvais temps arrive doucement 5. du sommet, je ne sais pas si ce sera facile de redescendre". Voilà pour ceux qui n'y étaient pas. Maintenant, prendre une décision : «  On s'arrête là et on s'échappe par le grand couloir de neige qui est à 30 mètres en dessous de nous sur la droite. Ce sera plus simple et sécurisant ». On est vers 2 600 mètres d'altitude, assis sur un des gendarmes de la face Nord. Le soleil vient d'arriver. Le panorama est plutôt agréable. Avant de redescendre, on décide de casser la croûte.

 La Serrière de Lombarde vient de nous marquer un but !
 

Retour en arrière. 9 heures. Le matin, on était pourtant parti confiant et plein d'entrain du chalet des douanes, sur la route du col de la Lombarde. De la neige : 5 cm et du gel. Un ciel bleu, du soleil. Que demander de plus ? Quelques centaines de mètres plus loin, on avait quitté la route pour grimper vers la base de la face Nord de la Serrière de Lombarde. Pour y arriver, il avait fallu traverser un chaos de pierres recouvertes par 10 cm d'une neige gelée. Pas de soleil, peu de lumière, le froid : une ambiance austère d'hiver. Voilà les éboulis. On avait brassé la neige pour remonter en direction d'une des arêtes menant à la crête sommitale. L'objectif de la journée était de monter à la Serrière de la Lombarde, entre la cime de la Lombarde et la tête de Comba Grossa, au dessus d'Isola. Une montagne un peu mystérieuse, un peu trop proche de la station, mais avec un intéressant parcours de crête. Je voulais voir ça d'un peu plus prés. Ah, le charme des vieilles courses, des parcours oubliés, en terrain d'aventure !

 

Pour préparer ce périple, peu d'informations. Est-elle souvent parcourue ? Dans le « Gass », cette course est la numéro 26. L'arête Sud Ouest a apparemment été ouverte le 31 mai 1929. Le topo est succinct : « gravir le contrefort par son versant Nord en s'élevant par une crête en rive droite du couloir issu du P. 2677 m. De là, suivre au mieux le fil de l'arête jusqu'au sommet ».

Ouais...Facile à imaginer quand on lit le topo, bien au chaud chez soi... Sur place, au pied de la face, pas évident de s'y retrouver. Relire le topo photocopié : «  du col de la Lombarde rejoindre le pied de l'arête par un bon sentier ». Le sentier y est bien, mais aprés,il se perd dans la neige. Faut-il prendre le grand couloir, l'arête à droite du grand couloir, une autre ? (sur la photo ci-dessous, on voit le grand couloir à droite et le petit à gauche). La question est vite tranchée : « de toute façon, c'est du terrain d'aventure, on verra bien ». Donc, on part pour ouvrir une variante... Nous avons pris l'arête à gauche du petit couloir, situé à gauche du grand couloir. Pourquoi ? Elle semblait attirante. S'équiper : baudrier, quincaillerie, sangles, les crampons dans le sac, le piolet à porter de main. C'est parti : je me suis engagé dans un premier couloir avec neige, rochers glacés et terre gelée. Pas évident d'y trouver une bonne prise, ou un point pour s'assurer. Trente mètres à jardiner, puis voilà deux pins au tronc accueillant (photo ci-dessous. Premier relais : Damien et Franck me rejoignent. Une petite traversée sur la gauche pour rattraper les bons rochers et voilà vingt mètres de grimpe en direction de l'arête. Second relais sur un flamme de pierre. De là, l'arête est en neige, une bonne poudreuse de 30 à 50 cm d'épaisseur (la seconde photo dessous : en regardant bien, on voit 2 silhouettes dans le blanc). Ce sera de la corde tendue pour aller rejoindre une goulotte pas trop inclinée. Peu de prises pour placer des protections. Décidant que l'ancrage du piolet est une bien meilleur assurance, je poursuis en direction de l'arête 60 mètres au dessus. Il faut brasser la neige. A chaque pas, de la poudre froide rentre dans mes chaussures. Les guêtres du pantalon arrivent au mollet. Pratique pour garder les poils des jambes au sec, mais pour les chaussettes, c'est une autre histoire... Continuer, stoïque et concentré sur l'essentiel : le piolet et les « vibram » qui ne doivent pas glisser. Un rocher sort de la neige. Une fissure (petite). J'y glisse un coinceur (petit...très petit). Continuer. Dix mètres plus haut, un second rocher avec un belle fissure : y mettre un friend. Puis continuer vers les rochers de l'arête. Il reste un dernier passage un peu raide à franchir. Je cherche les pierres et dégage les prises avec la main. Le piolet est bien ancré. Serrer la main droite sur son manche. Serrer les doigts de la main gauche sur un belle pierre. Je pousse, monte les pieds et voilà : un rayon de soleil vient réchauffer mon visage. Après 2 h à 2 h 30 de crapahut dans l'ombre et le froid de la face Nord, l'accueil est réconfortant. Second bonne nouvelle, un beau rocher est là pour recevoir ma grande sangle. Relais ! Mes deux compagnes d'aventure arrivent. On se trouve sur un gendarme de la face Nord. La suite, vous la connaissez... Un beau but, qui n'est pas arrivé à gâcher la bonne ambiance de cette journée. L'essentiel était de venir tâter la première neige et de passer quelques heures en montagne. Les piolets, les crampons, les friends, les sangles, et tout le bazard, c'était presque un prétexte. De notre observatoire, on a pu admirer le col de la Lombarde et les environ. La proximité de la station vient un peu casser  l'ambiance "course sauvage". Maintenant, il faut redescendre.Pour terminer l'exercice en beauté, on pause un rappel autour du bon becquet, pour plonger 50 mètres plus bas, en plein dans le grand couloir Nord. Un couloir que l'on redescend en piolet et crampons. Retour au chemin, avec le soleil qui disparait derrière les nuages, puis à la piste dans le bas de la grande combe. Voilà la voiture. il est 15 h 30. (nouvelle version du texte avec photos de FD et de FC)

 

Notre itinéraire :

Voilà en rouge, notre itinéraire, une variante maison pour tenter d'accéder aux arêtes sommitales. Aprés réflexion, le plus simple pour rejoindre les arêtes de la Serrière de Lombarde est de remonter le grand couloir (en jaune) qui mène à la pointe 2 677 m (en jaune). Il est plus pratique de l'emprunter quand il est en neige. Du haut, on est au pied de l'arête. Remonter vers le premier sommet de l 'arête SW. En regardant cette photo, on aurait dû monter direct dans le couloir et suivre les arêtes de là. Mais bon, on avait envie de tater le rocher, alors... Aventure, aventure et au final "variante".

Plus d'infos : http://alpinisme.camptocamp.com/sortie9989.html

Appel à infos : Si quelqu'un a déjà fait cette course, ou une autre sur la Serrière de Lombarde merci de confirmer, ou de me passer quelques infos.

Bon à savoir : le grand couloir peut être intéressant à skier par bonne neige.



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Sortie alpinisme, traversée du Cayre Colomb (2 702)

Dimanche 15 mai 2005 


Départ à 7 h 50 du parking, avant la vacherie de la Madone. Le ciel est clair, il fait froid et la neige n’est pas très loin. La journée s’annonce bien. Nous filons rapidement par le GR 52 vers le Gias Cabret, puis vers le Pas du Mont Colomb. Après deux traversées de névés gelés, nous décidons de chausser les crampons à 2 250 m sous le Caire Barel. Au lac Colomb, la neige porte bien. Nous avons même l’étrange impression de progresser sur un glacier. Le vallon est désert et un lièvre variable nous coupe la route.

 

9 h 40. Nous voilà au Pas du Mont Colomb. Un coup d’œil sur la Gordolasque, une petite pose et nous décidons de nous équiper. Une première cordée est composée de moi, Bernard et Patrick, une seconde de Hugues et Laurent. Nous traversons sous la première crête une bande de neige avant d’attaquer en corde tendue la première longueur. Il s’agit de remonter une petite cheminée, pas trop inclinée, d’une quarantaine de mètres. Elle est plâtrée d’une croûte de neige durcie et de glace, qui permet de cramponnée et de planter le piolet d’une façon très sure et agréable. Nous enchaînons, toujours en corde tendue, par une longueur en mixte, neige, rocher et rocher glacé qui, après un passage aérien ou nous mettons un premier point, nous conduit sous la falaise.

 

Relais. Je m’élance dans la première vraie longueur qui remonte un dièdre, puis traverse entre la falaise et un gendarme, pour passer versant Gordolasque. Il faut remonter une cheminée d’une quinzaine de mètre, avant de trouver le fil de l’arrête et d’installer un second relais. La vue est impressionnante, et avec le vide, qui entoure cette étroite et aérienne arrête, le spectacle offert est de grande qualité : ambiance haute montagne et sentiment d’isolement sont au rendez-vous. Bernard, puis Patrick me rejoignent. Nous enlevons nos crampons. Et au moment ou Hugues atteint notre relais, je repars en direction de la crête supérieure pour tirer une longueur d’une quinzaine de mètres et atteindre le sommet Ouest.

 De ce relais, nous changeons l’encordement pour progresser corde tendue, en posant des points de temps à autre. Le vide est toujours aussi présent et l’arrête est très agréable à remonter, sur un rocher plutôt bon. Après quelques dizaines de mètres faciles, en II et III, nous devons redescendre de deux mètres, versant Ouest, pour éviter un gendarme. La traversée, sur une dalle lise, garnie de neige, est un peu gazeuse et pas très protégée. Mais l’escalade sur ces ressauts est toujours autant agréable. Il y a une très belle longueur d’une quinzaine de mètres sur une belle dalle, en IV, qui ouvre la voie vers la crête sommitale. De là, la vue porte sur le refuge de Nice, le vallon du Basto, le Clapier, le vallon du Gélas, le Saint-Robert, les deux cimes de Fenestre.

 Il est 13 h 30. Après une ultime traversée d’arrête, nous voilà au sommet. Les nuages commencent à arriver et à accrocher l’arrête. Nous attendons la cordée composée de Hugues et Laurent, puis entamons notre casse-croûte, satisfaits de notre progression. Nous n’avons pas eu le sentiment d’avoir trop traîné, mais nous avons tout de même mis prés de 3 heures pour monter sur l’arrête et la traverser. Le topo indique 1 heure… Un temps à notre avis sous évalué, à moins de tout faire en corde tendue, sans mettre de point d’assurance et de courir. Après une descente d’une quinzaine de mètre, versant Est, nous attrapons le relais (le seul équipement de toute la traversée, à part une sangle oubliée), qui nous permet de faire un rappel d’une vingtaine de mètres. Il nous dépose au dessus de la brèche Colomb. Le vent s’est levé et les nuages nous entourent. L’ambiance change.
Après une petite traversée, nous nous engageons dans le couloir qui descend de la brèche. Il est garni d’une neige. Trois cents mètres plus bas, nous décidons d’abandonner notre objectif : gagner le Mont Colomb par son couloir Sud-Ouest (qui est encore enneigé). Le temps n’est pas au plus beau et surtout la neige est trop molle pour nous permettre de cramponner en toute sécurité.
Nous entamons la descente vers le lac Colomb, puis le vallon du Cabret. Au torrent, nous enlevons nos crampons. Nous croisons des traces de « skis frais  (deux skieurs sont montés au Gélas en ski de rando dans la matinée).

Il est 15 h 30, quand nous retrouvons Christian, Pierre et un ami, un peu en dessous du refuge de la Madone de Fenestre. Nous allons au refuge pour boire un coup et nous raconter nos aventures respectives.
La traversée du Cayre Colomb est une belle course de début de saison. La difficulté est  modérée, du III et quelques passages en IV. Elle permet de mélanger un peu toutes les techniques utilisées pour progresser en montagne : crampons et piolet pour remonter la cheminée glacée, puis mixte, petites longueurs ou il faut poser des points d’assurance, parcours d’arrête en corde tendue, évolution avec la présence d’un grand vide de chaque côté de l’arrête, rappel d’une vingtaine de mètres,  descente d’un couloir de neige à 30°.


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Sortie alpinisme, Malinvern (2938 m), arête Est, dite De Cessole Samedi 13 mai 2006

8 heures au parking du GR du vallon de Terre Rouge d’Isola 2000. A ce moment là, nous partons encore pour une « petite » sortie reprise alpinisme. Nous ne savons pas que l’ascension de l’arête Est du Malinvern (ouverte par De Cessol et Jean Plent en 1899) va se transformer en expédition lointaine et longue. Ah, le charme des voie anciennes….

10 minutes de marche et voilà la neige. Tout le haut du vallon de Terre Rouge est blanc. On aurait pu porter les skis. Il fait beau, un peu chaud, mais déjà de longs voiles de coton traversent l’azur. Les sommets sont recouverts d’une poudreuse récente. 30 minutes de marche. La croûte de surface commence à céder sur nos pas. On ralentit la progression. Il fait toujours aussi chaud. 1 h 30 de marche… La pente se raidit. La neige est encore glacée. A chaque pas nous faisons bien attention de planter les semelles pour ne pas glisser. On sort les piolets. L’arrête approche. Hésitation pour le couloir Ouest. Mais non, il fait trop chaud pour avoir une neige sure. Ce sera l’arête rocheuse.

 2 heures de marche. Après quelques pas dans un couloir en terre, nous stoppons contre les premiers rochers. On s’encorde : Bernard, Laurent et moi sur corde, Lorenzo et Lionel sur une autre. C’est parti. Le rocher est sec, facile, agréable, mais pas toujours franchement solide. Lionel et Lorenzo arrachent un peu trop de prises : «  hep les gars, faut en laisser pour les autres ! ». Le retour sur la roche du Mercantour est tout de même un régal. Pour l’instant, il fait toujours beau et chaud. En contrebas, la glace des lacs de Terre Rouge commence à fondre. Nos deux cordées progressent rapidement, corde tendue, avec un minimum d’assurance : un coinceur, une sangle, un becquet contourné de temps à autre.

 11 heures. Surprise. Nous voilà sur un clocheton qui coupe l’arête Est en deux. Il y a 10 mètres de vide pour descendre rattraper le rocher, de l’autre côté d’un collet enneigé. Le topo ne mentionne pas cet obstacle. Que faire ? Le contourner, tirer un rappel. Non (erreur), ce sera une désescalade un peu hasardeuse sur du mauvais rocher. Et des prises qui restent dans les mains, avant de tomber se fracasser dans le couloir, avec des bruits lugubres Après un grand écart, je coince mon pied droit sur une grosse écaille. Pas d’autre prise. Je me baisse et attrape l’écaille avec la main droite et la descend sur 2 mètres pour rattraper une vire. Je contourne le clocheton et arrive au col. Un peu hasardeux pour une course en « PD ». J’installe une main courante. Avec la seconde corde, les autres posent un rappel et suivent ma corde. Tout le petit groupe se retrouve au col. La manœuvre est un peu longue et au moment de repartir, nous sommes dans les nuages.

Il y a du vent, moins de lumière et il fait froid. L’ambiance de la course change. Le rocher également. Il se fait plus vertical et de grandes flammes de roche, recouvertes de lichens jaune et blanc, donnent à l’arête des allures chamoniarde.

Entre ces échancrures, les nuages filent à toute vitesse. Nous accèlèrons le pas avec en tête le bulletin météo : « risque d’oranges en seconde partie d’après-midi ». Sur les 50 derniers mètres, les rochers sont recouverts de neige fraîche. Ambiance haute montagne garantie. C’est l’aventure !

 13 h 40. Voilà l’arête sommitale. Nous laissons les sacs et filons au sommet pour remplir le carnet installé dans un tube sous la croix. 13 h 50. Il est temps de descendre. Crampons, piolet, encordement plus court. Nous prenons un couloir qui nous conduit aux névés suspendus. La face Sud est encore skiable, mais à cette heure du jour, la neige ne porte plus (de toute façon, on n’a pas de ski). A chaque pas, nous enfonçons jusqu’au genou. Quelquefois un peu plus haut. Epuisant.

14 h 40. Voilà la Baisse de Druos. Nous la passons et entamons la descente vers le lac de Terre Rouge. 15 h. Il est temps de faire une pose repas sur un rocher. Le soleil revient. Lionel dévore une mixture secrète à base de poisson séché, Lorenzo improvise une sieste Italienne, Bernard range son matos, Laurent mange et moi je loge mes cordes. Sur notre droite se découpe la longue arête Est du Malinvern. Dans le vallon, il n’y a personne. Pas un bruit. Seul un gypaête barbu (ou un gros aigle royal) plane au dessus des sommets. Prévoyant Bernard repart en tête. A 10 minutes de la voiture, il commence à pleuvoir. Il tombe une pluie mêlée de grésil et de flocons de neige, une « pluige ». A 2 mètres de la voiture, il nous tombe le ciel sur la tête : des litres d’eau bien froide. Heureusement dans la voiture, le climat est un peu moins humide.

 

Il est 17 h. Nous avons fait une course de 9 h (dont 4 h d’escalade). Un peu court pour une sortie alpinisme « reprise ».


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