Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Aventuralpines

Le chemineau de la montagne

23 Décembre 2009, 16:38pm

Publié par Fred06

Le chemineau de la montagne

 

 

 Le chemineau de la montagne

Jacques Dieterlen

Flammarion, octobre 1938

Réédité en 1996 chez Arthaud

 

Voici un livre à lire avant de partir en raid. Ou alors à lire quand on ne peut pas partir en raid…

Du 1er février au 1er mai 1933 Léon Zwingelstein entreprend le plus fantastique raid à ski de randonnée jamais réalisé à cette époque : Grenoble Nice, puis  Nice, Modane, Chamonix, Zermat, St-Moritz, Davos, Guarda et retour à Chamonix par l’Oberalpass. Soit 2 000 km de ski, 23 cols franchis, 50 glaciers traversés, pour une dénivelée positive de 58 500 m…

 

Et cela en solitaire et en autonomie complète, avec seulement une petite tente, une paire de ski, quelques liaisons par les transports en commun et une bonne dose de volonté. Un véritable exploit pour l’époque qui aurait pu resté connu d’un seul cercle de proches, si Jacques Dieterlen n’avait eu la bonne idée de raconter cette aventure extraordinaire dans «  Le chemineau de la montagne », un véritable ouvrage biographique écrit  à partir de la correspondance de Léon Zwingelstein, de quelques témoignages d’amis et de son maigre carnet de route.

Ce livre est aussi l’histoire d’une « gueule cassée », et qui n’a pas trouvé sa place dans la société  de l’entre deux-guerre . Un marginal le grand Swing ? Une jeunesse passée dans les tranchées, des études tardives à Grenoble et la découverte de la montagne à l’occasion de sorties avec son groupe d’amis étudiants-alpinistes. Jusque là, rien de très exceptionnel. Les études terminées, ses compagnons trouvent une place dans la société, un travail, une famille. Lui semble perdu dans sa petite chambre à Grenoble, son camp de base. Seul il erre d’un emploi à l’autre, d’une déception à l’autre, à la recherche d’un idéal, la montagn. Le grand Swing se définit comme un « montagnard ». Dés qu’il le peut, il prend le chemin de l’Oisans, avec sa coquille d’escargot : son grand sac à dos, sa petite tente, son piolet, ou ses skis selon la saison. La montagne. C’est là qu’il trouve sa sérénité, son bonheur et sa raison de vivre.

Le moyen d’atteindre son épanouissement ? Passer le plus de temps en montagne. Pour y arriver il imagine  la traversée de l’arc alpin en hiver, à son rythme, seul et en autonomie. Pour cela, il confectionne lui-même son matériel de montagne : il bricole sa tente (1,350 kg, un exploit pour l’époque !), se fabrique un duvet, coud un passe-montagne et surtout étudie scientifiquement son alimentation quotidienne inventant bien avant les « lyophilisés » de vraies rations de sportifs, pour arriver à un sac à dos de 20 kg. Dans ce travail de préparation Léon Swinglestein pose les bases éthiques et techniques des raids à ski et en altitude. Aujourd’hui encore, on peut aussi  lire «  le chemineau de la montagne » comme un ouvrage technique et pédagogique. C’est une vraie leçon de nomadisme et de montagne que donne cet amateur solitaire et éclairé.

«  Son raid n'est pas une prouesse sportive. Il a horreur du mot sport pour parler du ski ; car il pense que c'est ravaler au niveau de la boxe ou du football ce qui est un moyen de parcourir la montagne et doit rester une chose noble, comme est la montagne elle-même, lorsqu'elle se revêt de sa splendeur souveraine  » écrit Jacques Diterlen. Cet écrivain de montagne passé presque inaperçu livre ici un des grands récits d’aventure et de  montagne, mais aussi un portrait sensible sur un « original » qui 70 ans avant «  la grande traversée des Alpes » de Patrick Bérhault avait ouvert la voie d’une autre approche de la montagne, plus intimiste et personnelle. Comme Bérhault, le grand Swing est mort en montagne. Tombé au pic de l’Olan le 13 juillet 1934, à 37 ans.

Plus d'infos et un dossier sur bivouak

Commenter cet article