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Aventuralpines

La directissime de l'Eiger

27 Novembre 2007, 08:31am

Publié par Aventuralpines

 

 

 

La directissime de l'Eiger

Peter Gillman et Dougal Haston

Editions Seuil 1967

Entre 10 et 15 euros chez les bouquinistes

 

En 1966 deux cordées s’attaquent au même moment à la face Nord de l’Eiger : l’une est Allemande, l’autre Américano-Britanique. Dans celle anglo-saxone, on trouve plusieurs très forts grimpeurs comme le californien John Harlin et Dougal Haston. Leur objectif ? Ouvrir la directissime de la face Nord, qui demeurait la dernière grande course des Alpes.

Ils décident de tenter leur chance en hiver pour éviter les chutes de pierre, principal danger dans les grandes pentes Nord de l’Eiger. Les cordées commencent leur ascension quasiment au même moment et progressent côte à côte à quelques dizaines de mètres les uns des autres. Puis après quelques jours de progression, devant les difficultés rencontrées, ils décident d’unir leurs forces et de poursuivre ensemble. Leur technique est lourde : la première cordées ouvre la voie et pose une corde fixe de 7 mm pour permettre aux autres de suivre et à toute le monde de redescendre plus facilement. Des mini-camps d’altitude sont installés dans des grottes de neige. Si les Allemands restent le temps de leur ascension dans la paroi, les anglo-saxons n’arrêtent pas de faire des aller retours entre la face et leur hôtel à la station de la Scheidegg.

Le récit de cette ascension est raconté par le journaliste Peter Gillman, avec l’aide de Dougal Haston, un des grimpeurs. Il a reconstitué les faits à l’aide des enregistrements des conversations radio, de notes et des témoignages des alpinistes. Le texte, plutôt bien écrit, n’est pas rédigé à la première personne, sauf au dernier paragraphe – le récit de l’assaut final – où Dougal Haston prend la plume et donne encore plus de force au texte. «  La directissime de l’Eiger », publié en 1967 chez Seuil, est un grand livre de la littérature de montagne, pourtant tombé dans l’oubli. Peter Gillman arrive à rendre toute la démesure de cette face de glace et de roc, si inhumaine. Il retransmet avec minutie le côté laborieux de cette expédition presque himalayenne. Aujourd’hui le style choisi paraît anachronique, mais à l’époque, et pour une voie de cette ampleur, il est incontournable. Le journaliste raconte très méthodiquement comment les Anglais s’installent dans cette paroi entre le 23 février et le 25 mars : ils n’arrêtent pas de monter et descendre suivant le temps, leur état de fatigue et celui de leurs provision. Ces trajets rythment leur ascension et le récit, allant jusqu’à donner une sensation de malaise au lecteur. On se dit qu’à force de faire tous ces allées et venues, suspendus à des cordes de 7 mm, sur une face aussi dangereuse, un accident va survenir… Ils rencontrent des difficultés extrêmes et se frottent à des conditions de temps très dures : froid, tempêtes, quasiment pas de soleil, avalanches, etc…

 

 

 

 

Et le drame arrive. Une corde fixe se rompt, coupée par le frottement contre un rocher, alors que John Harlin était en train de la remonter, suspendu dans le vide. Il chute et va se fracasser contre la paroi. Comme on se trouve dans l’Eiger, un théâtre où les drames se passent en public, cet accident est suivi en direct et à la longue vue depuis la terrasse de la Scheidegg. L’ascension est endeuillée.

Pendant que John Harlin est enterré, la cordée internationale décide de poursuivre son ascension et sort quelques jours plus tard dans des conditions météorologiques extrêmes. Les grimpeurs donnent le nom de leur compagnon décédé à leur directe de la face Nord. Une fois de plus l’Ogre aura été fidèle à sa réputation. 

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