Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Aventuralpines

Les éditions Guèrin continuent

20 Novembre 2007, 07:45am

Publié par Frédéric Delmonte

 

Les éditions Guèrin continuent. La bonne nouvelle a été annoncée le 2 novembre sur le site internet de l’éditeur Chamoniard : «  Marie-Christine Guérin reprend la maison fondée par son mari, récemment disparu » indique le communiqué. Rappelons que Michel Guèrin est décédé le 24 octobre dernier, jour de ses 55 ans. En un peu plus de 12 ans, cet homme atypique avait relancé le petit monde endormi de la littérature de montagne avec une idée osée : publier des livres carrés, au format inhabituel et rouges comme les chaussette des montagnards des années 60. «  Une hérésie économique » reconnaissait-il. Mais ce pari s’est vite transformé en réussite. En 12 ans sa maison d’édition, qui tient dans un appartement de Chamonix, a donné la vie à plus de 80 livres

 

.

 

Il avait commencé en éditant la version non expurgée des Carnets du Vertige de Lachenal, avant de rééditer – et par là même de faire revivre - quelques uns des grands récits de montagne comme les Conquérants de l'inutile. Un seul regret : cette collection de luxe restait chère. Ces dernières années, Michel Guèrin avait développé de nouvelles collections, plus abordables financièrement, et ouvert sa maison à des auteurs inconnus mais savoureux comme Dominique Potard avec son Port de la mer de glace. Ils avaient contribué a donné un autre regard sur la montagne, plus décalé, plus complice, quelquefois ouvrant la polémique, mais donnant ainsi une image humaine et bien vivante de ce milieu.

Ces petits textes ont fait un bien fou à la littérature de montagne et à l’alpinisme, qui pour continuer à exister au-delà d’un cercle restreint de passionnés a besoin de créer ses propres récits et mythes à destination du grand public. Pour cela, on ne peut plus compter sur les grands médias, à l’exception du Monde et du Dauphiné,  qui ignorent le plus souvent l’alpinisme et la plupart des sports de montagne (à l’exception du ski alpin, vendu à la société de consommation), les traitent avec une certaine méconnaissance, ou alors en parlent à travers les drames.

Les maisons d’édition se consacrant, avec constance, à la montagne étaient également devenues rares depuis leur âge d’or, les années 60, 70 et un peu le début des années 80. On peut citer Glènat, qui a fait une large place aux aventures verticales, notamment à travers sa collection « Hommes et montagnes », et qui permet à de très beaux livres de photos sur la montagne d’exister, comme Mont-Blanc Lumières d’altitude de Hagenmuller.

 

 

Glènat fait également un très intéressant  travail avec ses livres topo, variés, pratiques et joliment illustrés. Dans un autre genre, la maison Hoëbeke propose un certain nombre de rééditions de classiques de la littérature alpine dans sa collection retour à la montagne.

 

 

On pourrait aussi citer la maison Arthaud qui de tend à autre se perd en montagne et permet à de très beaux livres de rencontrer leur public, comme ceux de Mario Colonel. Quand à Grasset, elle a dernièrement permis à Lionel Daudet de prouver que l’alpinisme n’est pas seulement un sport de bourrins ou de trompe-la-mort, en acceptant d’éditer La montagne intérieure. Mais il s’agit là d’une exception.

On ne peut pas en vouloir aux maisons d’éditions, ou au grand médias. Ces dernières années, l’alpinisme a traversé une période délicate. Les grandes premières ont été réalisées. L’alpinisme nationaliste est à ranger aux oubliettes. Les massifs lointains ont perdu de leurs mystères. L’époque des enchaînements multi-sports, sous l’œil des caméras et la pression du chrono, n’est plus à la mode. L’esprit de l’escalade à « mains nue » ne fait plus autant rêver. Les ascensions sans oxygène ne sont plus un exploit. Les grandes plumes de la montagne, aussi agiles avec un stylo qu'un piton se sont tues. Un Desmaison, un Rebuffat, un Frison-Roche, un Bonatti ont autant fait pour l'alpinisme de haut-niveau que pour celui plus grand-public ou la promotion de la montagne. Et à l'époque, des maison comme Flammarion et Arthaud les ont suivis.Les grandes figures du milieu, capables de produire des évènements et du récit se sont posées ou ont disparues, ou sont à la retraite.

L’alpinisme technique, pointu, engagé et plus confidentiel, de ces dernières années intéresse moins le grand public, parce qu’il se déroule soit sur des montagnes moins prestigieuses, soit parce que ses auteurs ne cherchent pas autant la médiatisation, ou ne veulent pas produire de récit. Ou alors quand ils le font c'est sur de nouveaux supports : internet, DVD, etc... Et puis dans une société qui cherche le confort, le ludique, la sécurité, le tout rapidement et sans engagement, le message de l’alpinisme devient incompréhensible, ou pire : anachronique ! 

Heureusement, des alpinistes ont réussi à ouvrir une nouvelle voie. On peut parler de Bérhault, qui avec ses traversées a redonné une grande place au plaisir, à la camaraderie, à l’aventure et à la liberté. Des notions que l'on peut faire partager plus facilement au grand public. Un peu dans le même style, un Lionel Daudet a redonné du sens au mot grimper et de l’éthique à l’alpinisme. Dans un tout autre style, un Lafaille – tragiquement disparu – avait su faire de son petit personnage un mythe. Il poursuivait son chemin sur la voie de l’alpinisme extrême.

L’aventure alpine n’est pas morte. D’autres récits peuvent voir le jour, alimentés par des alpinistes qui sauront trouver de nouveaux terrains pour s’exprimer et des éditeurs pour leur ouvrir les étals des librairies.

On peut donc se réjouir de la volonté des éditions Guèrin de poursuivre leur chemin. Et pour confirmer que l’esprit restera fidèle à celui de Michel, la maison annonce pour l’année prochaine la publication de la biographie de Patrick Bérhault par Michel Bricola, un ami d'enfance. A suivre…

 

Pour aller plus loin :

http://www.editionsguerin.com/

http://www.glenat.com/

Commenter cet article

jj 30/11/2007 10:32

Oui, c\\\'est une bonne nouvelle pour les amateurs de beaux livres rouges (petits ou grands). D\\\'autant plus que le catalogue 2008 vient d\\\'arriver et avec pleins d\\\'idées cadeaux pour Noél.

Pelic 20/11/2007 18:16

Excellente analyse du petit monde de l'édition de livres de montagne. Il existe également un tas de petites maisons d'édition, plus confidentielles (Ed du Fournel par ex) sans compter tous les auteurs auto-publiés. Enfin, comptons sur le marché du livre ancien pour nous abreuver de bons mots et de belles images...La poursuite de l'aventure Guérin est enfin une bonne nouvelle, une nouvelle aventure qui sera certainement difficile et que les amateurs de littérature alpine devront soutenir et encourager.