"Vingt ans de cordée"

Publié le 17 Novembre 2007

                                                       Vingt ans de cordée

                                                        Paragot - Bérardini

                                             Flammarion, l'aventure vécue

                      Edité en 1974. Entre 12 et 20 euros chez un bouquiniste

C’est quoi une cordée ? Pour en avoir une idée, on peut relire Rebuffat et ses envolées lyriques. Ou se référer à la poésie d’un Frison-Roche. Mais pour vraiment le savoir, s’imposent Paragot et Bérardini. Avec « 20 ans de cordée », paru en 1974 aux éditions Flammarion collection l’aventure vécue », ces deux complices en donnent certainement une des meilleures définitions.

Paragot-Bérardini. Bérardini-Paragot… A tout jamais, ces deux noms resteront liés dans l’histoire de l’alpinisme Français des années 50 et 60. Comme beaucoup de grimpeurs parisiens d’après guerre, ils se rencontrent sur les rochers de Fontainebleau. En 1952, Lucien est de l’école du Cuvier-Châtillon, Robert de celle de la Dame-Jeanne. La rencontre a lieu sur les falaises du Saussois : c’est la que débute leur longue histoire de cordée. Ils partagent leur joie de vivre et leur passion naissante de la montagne dans laquelle ils investissent toute l’énergie qu’ils ont à revendre. «  Nous nous sommes trouvés tout de suite sans problème », «  Nous n’avions même pas besoin de nous parler pour dire « assure », ou «  donne moi du mou ». C’était instinctif » écrivent-ils.

La première grande commune débute à l’été 1953. Paragot et Bérardini se sont achetés, chacun, un scooter. Avec ce moyen de locomotion et de liberté, ils gagnent Chamonix pour y passer des vacances sportives.

Mais un an avant cette première escapade, les deux s’étaient déjà croisés sur le Granit Chamoniard : Robert sur l’éperon Walker, Lucien sur le Dru, pour accomplir la première de la face Ouest. A cette occasion, Lucien raconte une bien amusante anecdote. Ses parents apprennent par la presse que leur fils réalise une ascension difficile dans les Drus et qu’il est sur la montagne depuis plusieurs jours. Sa mère demande alors au père de Lucien de prendre le train pour lui apporter de la nourriture : «  le petit doit avoir faim » s’inquiète la mère. Après plusieurs heures de train et lesté de son baluchon de victuailles, le père débarque à Chamonix et demande où se trouve le Dru. Il explique sa situation et quand on lui explique la difficulté de rejoindre le Dru, en habit de ville, ce dernier répond : «  mon fils s’y trouve, je peux bien y aller moi aussi ».

Voilà pour l’anecdote. La cordée Berardini-Paragot débute donc à Chamonix, par l’ascension de la Face Est du Grand Capucin. S’en suivront vingt années d’aventures communes, des Alpes, en passant par la Cordillière des Andes. Des aventures qui sont racontées à deux voix dans ce livre. Et c’est ce qui en fait un ouvrage intéressant, bien plus que le style ou l’intensité des ascensions qui manquent un peu de force : tout au long des pages Paragot et Bérardini racontent leur histoire comme un dialogue. Ils se passent la parole, complète le récit de l’un, reviennent chacun à leur tour sur la façon dont ils ont vécu un passage lors d’une escalade. «  20 ans de cordée » est plus une discussion au coin du feu, entre deux amis, qu’un roman de montagne ou un récit de course classique. Et cette façon d’avoir envisager le bouquin rend encore plus de force à la complicité exceptionnelle entre cette cordée. A lire avant de partir s’attacher sur une montagne avec un compagnon d'escalade.

Rédigé par Frédéric Delmonte

Publié dans #Livres de montagne

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