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Aventuralpines

Voyage au pays de la Meije

30 Juin 2007, 09:34am

Publié par Frédéric Delmonte

Depuis le Chazelet, la première vision de la Meije n’est guère encourageante pour la suite de l’aventure. Vers 4 heures du matin, une masse blanche semble flotter dans la nuit. A 7 heures, les lueurs du jour confirment la première impression : il a bien neigé cette nuit en altitude. Le Grand Pic et les arêtes de la Meije se réveillent sous une livrée hivernale… C’est bien pour le photographe, plus inquiétant pour l’amateur d’alpinisme.

 

 

Une heure plus tard, à la Bérade, les plus hautes montagnes sont également recouvertes de neige et le temps se couvre. Le mercure stagne. Le temps est idéal pour remonter le long vallon des Etançons. Après 2 heures de marche, et peu de randonneurs croisés sur le chemin, voilà le refuge du Chatelleret. Une soupe, vite avalée, réchauffe un peu. Puis nous reprenons la longue marche, en direction du refuge du Promontoire. Sa masse métallique se détache des rochers, un peu plus haut. Elle se trouve à la limite des nuages. La Meije, elle, reste absente du paysage.  Seul le bas du couloir Duhamel émerge, et il est plâtré de neige…

 

 

 

Voilà la moraine, puis, 2 h plus tard, les premiers névés et le bas de l’arête de la Meije. Nous nous équipons pour emprunter la via ferrata qui conduit au Promontoire, à 3092 mètres d’altitude.

 

A l’extérieur, une boîte d’aluminum, froide, anachronique dans ce lieu minéral. A l’intérieur, dés la porte refermée, l’ambiance est toute autre. L’accueil de Claude, le gardien, est chaleureux, et en quelques secondes, on a l’impression d’être comme chez soit. La salle de restauration est entourée d’une boiserie et éclairée par de larges baies vitrées qui donnent sur le vallon des Etançons, 700 mètres plus bas. Il y a une petite bibliothèque bien ordonnée et, bien entendu, les quelques vieux « Vertical », ou « Montagnes magazines » mille fois feuilletés. Un escalier conduit aux dortoirs, avec leurs bas-flancs en bois. Ce sera notre maison pour 2 nuits.

Pour l’heure, 8 alpinistes essayent de se réchauffer, en attendant le repas. Trois cordées pour la « Z », en face Nord, et une qui va tenter la traversée.

Après avis du gardien et un regard sur le bas de la face Sud, notre décision est prise : pas de traversée de la Meije, mais demain, une virée sur le Rateau Est, (3809) par sa face Sud Est (niveau PD).

A 4 heure 30 du matin, c’est le départ. Les premiers pas sur le glacier des Etançons réveillent très vite. Il fait encore nuit, mais déjà, les lueurs de l’aube s’annoncent sur les glaciers. Les montagnes apparaissent.

 

 

Plus bas, le vallon des Etançons est plongé dans la brume. Au dessus du Sérac, que l’on franchit par la droite, une première pause photo, avant d’entamer la traversée vers la gauche, par une pente plus soutenue. La neige mord bien, mais elle reste très dure, et enfoncer son piolet est, à chaque fois, un tour de force. Epuisant ! Nous chevauchons maintenant une première arête de neige, très esthétique, avant de traverser vers la gauche, pour rejoindre le bas du contrefort rocheux. On le franchit par sa gauche, dans une partie où le rocher est moins glacé. Ce passage est une variante. La voie se situe au milieu de la barre rocheuse, mais en ce matin, une grosse cascade de glace s’y est formée.

 

 

 

Après une escalade agréable, à corde tendue, la neige est de retour. En un peu plus de 200 mètres d’une très belle et raide pente de neige dure, il faut se hisser sur l’arête Sud, la grande course classique depuis le refuge de la Selle.

Derrière nous, les Ecrins, les Bancs, plus loin les Rouies s’illuminent. Devant nous, les cristaux de neige s’enflamment et s’envolent. A main droite, la face Sud du Grand Pic reste dans l’ombre. Elle est recouverte de neige et de glace.

 

 

 

Encore quelques pas et l’arête sommitale du Rateau s’offre à nous. Tout en bas, le vallon de la Grave apparaît, avec pareils à des fourmis, les chalets des différents hameaux. Au dessus, la grande masse verte du plateau d’Emparis semble bien calme. Tout au fond, le Mont-Blanc.

 

 

 

La traversée jusqu’au sommet est aérienne et ludique. La progression se fait une fois à droite, les pieds dans plus de 1 500 mètres de vide, une fois le cul à gauche, au dessus du glacier de la Selle. Quelquefois, on peut même avancer à califourchon sur le rocher, ou ramper, ou encore, si on est téméraire, s’amuser à jouer les funambules sur le fil du rocher. Au retour, c’est la même comédie, avec le regret de quitter un promontoire fantastique. Pour descendre, nous prendrons l’arête Sud, jusqu’à la baisse du Rateau. D’abord en neige, puis une traversée d’arête en neige dure, presque de la glace, sur une belle corniche, puis en neige humide (et qui botte), avant de retrouver le rocher facile de l’arête. A la baisse, en deux rappels, nous redescendons vers le Chatelleret par un vallon peu engageant, tant les pierres enfoncées dans la neige rappellent des scènes de bombardement. Au refuge du Chatelleret, il faut grimper à nouveau au Promontoire… 3 h de bavante, après une course de 9 heures… Mais il fallait payer le refuge et récupérer du matos.

 

Plus d'infos :

http://alpinisme.camptocamp.com/sortie11610.html?page=3ici

Voici la photo de la voie de montée (la première partie sur le glacier des Etançons n'est pas visible).

Voici la photo de la voie de descente.

 

 

 

 

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