Seul au Grand Paradis

Publié le 19 Avril 2007

 

Ici les bouquetins broutent au bord de la route, les chamois prennent le soleil devant les chalets et les renards entrent dans les restaurants se commander des panini… Bienvenue dans le Parc National du Grand Paradis. En remontant la route de Valsavarenche, pour rejoindre le hameau de Pont, point de départ de notre ascension du Grand Paradis (4061 m), je me dis que l’endroit est conforme aux images des livres animaliers que je feuilletais enfant : ce parc naturel est le paradis de la faune de montagne, un endroit où l’Alpe mélange les styles, la haute altitude, avec le soleil méridional, l’accent Italien avec les mots Français, le vert des prairies avec le blanc des glaciers, la cime des conifères avec les arêtes élancées des sommets de plus de 3 000 mètres.

En arrêtant la voiture à Pont, à 1960 mètres, (web cam : http://www.regione.vda.it/turismo/webCam_f.asp), le charme des lieux opère, en même temps que la température nous tombe sur le coin de la gueule. Il fait aussi chaud qu’en été et la neige, bien présente il y a quelques jours, a disparu du fond de la vallée et des premières pentes. Information prise à un skieur qui descend du sommet, il va falloir monter jusqu’à 2 400 mètres pour la trouver.

12 h 30… C’est donc au plus chaud de la journée que nous nous élançons, skis sur le dos, chargés comme des mules, à la conquête du refuge Victor Emmanuel (2775m). Bouquetins et chamois sont toujours présents sous les mélèzes encore en habit d’hiver.

 

 

 

Les premiers virages du sentier d’été sont négociés au pas de charge. Puis doucement, tout le monde prend son rythme de croisière. 2 400 mètres. Nous chaussons bien au dessus des ruines de la Chante, vers 2 450 mètres, pour entamer à skis les 300 derniers mètres dans une neige humide.

 

 

15 h. Voilà enfin le refuge Victor Emmanuel. Sa toiture en zinc brille sous le soleil. Nous sommes à prés de 2800 mètres, mais il fait aussi chaud que dans la vallée. Avec cette température, on se demande bien comment la neige résiste encore. Ce sera tout pour la journée : trop chaud pour aller faire le col ou le sommet de la Trenseta.

Une petite sieste, puis nous lézardons au soleil avant d’aller dîner. Au menu : pasta et veau avec petits poids que nous agrémentons avec un petit rouge qui donne mal à la tête (c’est bon pour s’acclimater avec l’attitude çà).

 

 

Dans le refuge, nous sommes une quarantaine ce soir. C’est une bonne nouvelle pour le sommet, demain. Il n’y aura pas foule. Le soleil disparait derrière les crêtes. Tout le monde au lit.

 

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Le lendemain matin, panne de réveil… Il n’a pas sonné, alors qu’hier soir nous avons négocié, en secret, avec le gardien, un réveil 15 minutes plus tôt que les autres skieurs. Il aurait dû déclancher les hostilités à 5 h 20. 5 h 28, j’ouvre un œil et donne l’alerte. Tout le monde s’active et à 6 h 20, nous voilà ski au pied, devant la refuge, avec les premières lueurs du jour.

Nous allons enfin monter au (Grand) Paradis. Les premiers pas se font machinalement. Puis le froid, l’excitation et les battements du cœur qui s’accélèrent nous réveillent pour de bon. Avec la moraine, voilà le grand vallon, bien chargé de neige. Dans la nuit, elle a regelé, mais il ne fait pas trop froid. A 2 900 mètres, nous sortons du vallon, pour attaquer à droite la première grande pente. Jusqu’au sommet, la montée sera soutenue, rythmée par 3 pentes plus sévères où il faut essayer de garder le rythme. Heureusement la trace est bien faite et nous progressons sans couteau, avec le plaisir d’enchaîner les pas dans un cadre de haute montagne qui change du Mercantour.

3 300 mètres. La chaîne du Mont-Blanc vient d’émerger de derrières les crêtes frontalières du Nant de Cruet et de l’aiguille du Glacier. Elle est encore baignée dans une lumière rose orange de lever de soleil. Il n’y a pas un bruit, pas un souffle de vent et personne d’autre que nous encore engagé dans cette ascension, comme si, aujourd’hui, le Grand Paradis, ce sommet très couru, n’allait s’offrir qu’à notre petit groupe de 6 skieurs de rando.

3 500 mètres. Voilà plus d’une heure que nous montons, les rythmes s’affirment et les écarts se creusent un peu. Je suis tiré de mes considérations esthétiques sur la chaîne du Mont-Blanc et de mes souvenirs de ce sommet exceptionnel, par les premiers effets de l’altitude. Voilà ce qui arrive après une petite saison de ski, à peine compensée physiquement par du V.T.T. 3 700 m. Un peu avant la jonction avec le glacier de Laveciau, j’entame une ascension solitaire contre la pente, l’attitude et moi-même. Souffle court, tête lourde, les jambes veulent ralentir, mais la volonté leur dicte de continuer. Avec l’arrivée d’un vent assez fort, mais finalement bref, le doute s’installe. Encore 400 mètres de montée… Au sérac qui défend l’accès à la dernière pente, celle de la fenêtre du Roc, un dernier coup de cul est à donner. Est-ce que j’y arriverai ?

Au dessus, mes compagnons se trouvent à quelques minutes du col. Bientôt le sommet pour eux. Il est 9 h 50 et maintenant les pentes baignent dans un soleil très doux. Tout autour de moi le panorama se dégage, se dessinant tel une carte en 3 dimensions. Le vent s’est arrêté. L’air est frais, mais pas froid. La neige porte très bien sans être glacée. Derrière moi, seul 2 skieurs apparaissent, mais beaucoup plus bas. Au Nord, le Mont Blanc observe toujours notre ascension. Ce serait dommage d’abandonner si prés du but. Alors je monte un ski, puis l’autre, prend une bonne inspiration, calme les battements du cœur et pousse sur les bâtons. Une première conversion, puis une autre et enfin la dernière. Dans l’axe des pointes de mes spatules, je calle la fenêtre du Roc. La dernière pente, enfin.

 

 

10 h 10. Toujours seul avec le Grand Paradis. Je plante les skis dans la neige, les bâtons, sort le piolet et attache les crampons. La pente est raide, mais la neige porte bien. C’est un plaisir de cramponner à plus de 4 000 mètres en direction de l’arête terminale du Grand Paradis où les autres m’attendent. Je termine l’ascension avec Emmanuel qui, comme Laurent, s’offre son premier 4 000.

 

 

Voilà les rochers. Je grimpe sur l’arête et d’un coup, l’immense glacier « della Tribulazione » apparaît, en contrebas. Quelques minutes pour profiter du panorama à 360 degrés : le Mont Blanc, la Vanoise, plus loin les Ecrins et le Viso. Ils sont tous là.

 

 

J’attaque enfin la traversée, un peu gazeuse, mais très facile, pour rejoindre la vierge et aller la saluer. 10 h 20. Je suis seul au sommet du Grand Paradis, à 4 061 mètres d’altitude. Moment rare de satisfaction. En bas, deux skieurs arrivent à leur tour à la fenêtre du Roc. Nous descendons, pour reprendre les skis et attaquer les 1 300 mètres de glissade jusqu’au refuge, avec en toile de fond le massif du Mont Blanc et la Vanoise.

 

 

11 h 50. Revoilà le refuge Victor Emmanuel. Petite pose pour refaire le plein d’eau et payer nos nuitées, puis nous repartons sous un soleil de plomb et une chaleur digne du mois d’août.

 

 

Direction le passage à 2 900 m sous la crête du Ciartoron. Pour garder les skis le plus longtemps possible, nous décidons de rejoindre le glacier du Grand Etret, et le vallon de Seiva, encore bien enneigé. La montée, puis la longue traversée sous les pentes de la Trenseta, du Ciartoron et du Bec de Monciair se fait dans une ambiance haute montagne. A 2 700 mètres, nous entamons la très longue descente du vallon, sur une neige un peu lourde, mais qui se laisse skier.

 

 

A 2200 mètres, c’est la galère ! Il est 14 h et la neige est pourrie : on passe à travers les 50 centimètres pour aller buter contre les rochers. Les ponts de neige cèdent et nous transformons notre virée alpine en canyonning, puis en accrobranche, avant de retrouver un sentier et enfin la piste de ski de fond de Pont, qui garde 1 à 2 cm de neige humide pour nous transporter jusqu’au parking. 14 h 40, fin du voyage et retour du Paradis.

Notre parcours :


 

En savoir + :
http://skirando.camptocamp.com/guide.html?reason=sdetail&ids=31579

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vidéo sympa trouvée sur You Tube :

Rédigé par Frédéric Delmonte

Publié dans #Aventures alpines

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