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Aventuralpines

Un regard sur Chamonix

22 Septembre 2006, 13:36pm

Publié par Aventuralpines

"Chamonix, 40 ans dans la Vallée"

Jean-Philippe Charbonnier

Editions Glénat

 

 

 

Chamonix, 40 ans dans la vallée

Jean-Philipe Charbonnier

Editions Glénat

1992

Chez les bouquinistes et internet

 

 Commentaire :

Avec « Chamonix, 40 ans dans la vallée », Jean-Philippe Charbonnier offre un très beau cadeau à son lecteur. Il lui donne la sensation d’habiter cette haute vallée, de fréquenter les lieux depuis des années. A force de tourner et retourner les pages, les personnes photographiées, des habitants d’Argentières, de Vallorcines, des guides, des hôteliers, un ramoneur, deviennent des connaissances. On est en famille. On est dans notre vallée.

Jean-Philippe Charbonnier est peu connu du milieu de la montagne. Il est né le 28 août 1921 à Paris, d’un père peintre et dune mère écrivain. Il fut metteur en page, avant de devenir journaliste, puis photographe, un grand photographe, mais pas un photographe de montagne à l’image des Tairraz, ou plus récemment d’un Mario Colonnel. Il a été photographe de 1950 à 1974 au mensuel Réalités. Parallèlement, il a réalisé des albums de prestige, sur commande. En 1989, il participe à un concours photo dont le thème est « 3 jours en France » : il choisit la vallée de Chamonix ».

Pourtant, ce n’est pas un alpiniste, ni un Chamoniard. Dans sa jeunesse, il a passé de nombreuses vacances en Savoie, du côté de Mégeve. Il a ensuite fréquenté les camps de Jeunesse et Montagne, où il fait la connaissance notamment de Louis Lachenal. Il a été ami avec Gaston Rebuffat, mais comme il l’écrit, «  je ne faisais pas d’alpinisme et malgré ses tentatives habiles et désintéressées, Gaston n’a pu éradiquer… ma trouille ». Pas de grande course pour Jean-Philippe Charbonnier, mais un amour « profond et simple de la montagne ». Il a fréquenté la vallée de Chamonix en ami et en résident régulier et discret.

C’est certainement pour cette raison qu’il a su se faire accepté aussi longtemps dans ce milieu chamoniard très  fermé. Dans ses photos, pas de traces d’exploits alpins. Il a immortalisé les gens de la vallée, essentiellement ceux qu’il a côtoyés : des amis, des voisins, des connaissances parmi lesquelles on trouve des figures de la vallée, des hôteliers célèbres, des guides de renom, etc… Il a cherché à les photographier dans leur univers, leur intimité. Ainsi, Gaston Rebuffat, qui fut un des amis de Jean-Philippe Charbonnier (ils ont fait ensemble Chamonix-Zermatt), est pris dans la cuisine de l’hôtel Bellevue d’Argentière, en train de discuter, et sans son éternel pull Jacard. James Couttet est chez lui. Ainsi cette photo de l’intérieur du Dahu, un hôtel restaurant d’Argentière : au centre un bébé, derrière, en train de le regarder, sa maman, en arrière plan, le père. La légende raconte l’histoire de la photo, celle du Dahu et de la famille Devouassoux. Il y a aussi ces photos de Vallorcine, prises au début de l’hiver 1957. Un autre monde. D’autres sont plus récentes, comme celle-ci, prise en 1991 à Argentière et qui représente un homme au balcon d’une des grandes résidences secondaires construites à côté du télécabine des Grands Montets.

Il a aussi immortalisé d’un regard amusé ceux qui étaient de passage dans la vallée : touristes, alpinistes en vacances, skieurs de Noël, etc… «  Il n’y a pas que des gens du pays. On rencontre des gens surprenants. Le résident secondaire primaire muse aussi ». C’est une partie de son travail qui est particulièrement intéressante. J’aime cette photo, prise dans la benne des Grands Montets. Dans le champs, 4 jeunes alpinistes qui visiblement sont déjà plongés dans leur course : angoisse, appréhension de l’inconnu, désir de vaincre, tout est dans leur regard. Une autre est amusante. Hiver 1960. La scène se passe dans la benne de l’aiguille du Midi. Celle de 1960, plus une boîte de sardines qu’une benne de télécabine. Au milieu des passagers, une jeune femme ouvre les yeux, la bouche. On devine à son expression qu’elle a poussé un cri, surprise certainement par la vibration de la cabine au moment de franchir un pylône. Comme elle, on sent son ventre se contracter, souvenir d’une descente en télécabine de l’aiguille du Midi. C’était certainement le moment le plus impressionnant de la course.

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