Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Aventuralpines

Cime de Tavels

15 Septembre 2006, 13:46pm

Publié par Frédéric Delmonte

 

Samedi 11 avril 2004

 

Après avoir renoncé au balcon du Gélas (trop loin, la route est encore fermée), nous nous retrouvons Christian et moi, à 8 h 30, en ce matin du 11 avril aux pieds des pistes d’Isola 2000, par un temps radieux, mais un froid digne du grand Nord. Il a neigé toute la journée de vendredi et une partie de la nuit. Les arbres sont recouverts d’une bonne couche de poudreuse et la vallée d’Isola est replongée, pour quelques heures, en plein milieux de l’hiver. Au lieu des 10 à 20 cm de neige annoncés sur le bulletin météo, nous nous trouvons avec au moins 30 centimètres de poudreuse froide et légère.

9 h 05 : nous chaussons les skis. La station est encore déserte.

Nous remettons pour une prochaine fois le tour du Malinvern et son ascension, jugés trop dangereux en raison de l’abondance de neige fraîche et de la physionomie des couloirs à franchir et nous nous dirigeons vers le col Mercière (2342 m), pour entamer le tour de la Cime de Tavels.

9 h 50. Le col est atteint et le soleil commence à réchauffer le fond de l’air. Il fait très beau. Pas un nuage à l’horizon. Drôle d’impression de se retrouver au dessus du vallon de Molières entièrement recouvert par une neige fraîche comme en plein hiver, et de bénéficier d’un soleil de printemps. Au loin, on découvre le Mont Archas la cime des Adus (souvenir de la première sortie ski de l’hiver), le Pépoiri, etc… La neige fraîche, le soleil et l’air sec rajoutent à ce tableau de magnifiques détails.

Nous enlevons les peaux pour descendre, à travers les mélèzes enneigés, vers le vallon de Tavels. Il est 10 h 30, altitude 2 100 m. Nous remettons les peaux. Nous suivons en partie le chemin d’été, avant d’attaquer la montée du vallon dans une ambiance époustouflante. Sur notre droite, les falaises des crêtes de Plagels, qui nous dominent de plus de 600 mètres, sont plâtrées de neige, ainsi, un peu plus haut, que celles de la Tête du Claus. On ne se croirait pas dans le Mercantour. A l’exception de deux traces de skieurs, nous avons l’impression d’être seuls au monde.

Notre progression, qui jusque là avait été honorable, est maintenant contrariée, un peu au dessus du lac de Tavels, par la poudreuse qui, en raison du soleil,  commence se réchauffer et à coller (lourdement) sous nos skis. Nous remontons avec nous de gros paquets de neige. Tous les 10 à 15 mètres, il faut soulever les skis, taper dessus rageusement avec ses bâtons (pas trop tout de même). Cette gymnastique nous fait perdre un temps fou et brûle notre énergie pour rien. Pour en rajouter une couche, le soleil depuis 30 minutes cogne comme en plein été. Il se met à faire très chaud. Nous attaquons la baisse de la Lause, avec la désagréable impression de tirer à chaque pied un lourd boulet et de griller comme des saucisses. Mais, à quelques mètres du col, le temps se met à tourner. Les nuages arrivent vite. Il se met à neiger et le vent rafraîchit considérablement la température.

Il est 12 h 45, nous sommes au col (2 639 m). Nous avons perdu trop de temps pour faire l’ascension de la cime de Tavels et surtout la météo nous pousse à rentrer au plus vite. Nous avalons en vitesse quelques nourritures de course et entamons la descente vers l’Italie et la haute vallée de Valescure, que nous appellerons ici, « vallon des malheurs da Frédéric ». En effet, après avoir entamé un second virage, dans plus d’un mètre de poudreuse lourde, mon ski gauche se bloque et la fixation saute. M….

 Bon, ne pas paniquer et réfléchir à la situation:

1 : le vent du Sud a provoqué une accumulation de neige, derrière le col, sur une pente à plus de 30 degrés… Qu’est ce qu’il disait le guide au stage « Neige et avalanche » ? Heureusement, le neige semble plutôt bien accrochée à la pente.

2 : je me trouve sous une barre de plus de 100 mètres de haut, qui lâche te temps à autre de petites coulées de poudreuse. Amusant et surtout très joli de voir descendre ces filets de neige sur les rochers.

3 : il neige et il fait froid.

4 : comment est ce qu’ils disaient dans le manuel Dynafit, pour chausser ces P… de fixation dans une pente et surtout dans de la poudreuse ? Au fait comment on rechausse, quand on ne voit même pas son genou, et encore moins ses skis ?

Après une bonne dizaine de minutes à batailler dans la poudreuse, je construits une plate forme de fortune, pour chausser plus tranquillement. Et c’est reparti… pour 300 mètres de descente seulement, juste le temps de rejoindre Christian, qui m’attend sur une pente plus accueillante et la chaussure saute une nouvelle fois. Je n’arrive plus à rechausser. J’inspecte la fixation. Christian également : est ce qu’elle est cassée ? Non ! C’est bon à savoir pour ceux qui ont les mêmes fixations : une plaque de glace s’est formée sous le ressort avant et empêche ce dernier de descendre pour bloquer ma chaussure. Nous l’attaquons au couteau Suisse. Au total, cette P… de fixation nous a bien fait perdre 30 minutes.

Il est 13 h 30, nous sommes à 2 300 mètres. Au fond, du vallon, on aperçoit  le lac et le refuge de Valescure. Pas le temps de descendre en Italie acheter des pâtes, du Chianti et du Vuitton de contrefaçon sur le marché de Vintimille. Nous remontons en France, via la Baisse du Druos, qui ouvre l’accès au vallon de Terre Rouge.

Voilà le col, à 2 628 m. Il est 14 h 15 et le temps est toujours aussi mauvais : il fait froid, il neige à gros flocons et on n’y voit pas grand-chose. Grande ambiance encore, quand on regarde à notre droite les crêtes du Malinvern disparaître sous la poudreuse. Nous buvons un coup, enlevons nos peaux et hop, un coup de rein et nous voilà de l’autre côté de la montagne, de retour en France.

 15 heures : après une très belle descente dans de la bonne poudreuse, nous rejoignons la voiture, garée à Isola, avec dans les jambes environ 1 200 mètres d’ascension, 6 heures de course et le sentiment d’avoir traversé plusieurs saisons et des paysages très différents, dans une seule et même journée. Décidemment, le Mercantour est un massif qui réserve bien des surprises.

Rando effectuée sans appareil photo...

Commenter cet article