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Aventuralpines

Tourner autour du Gélas avec ses skis de rando

15 Septembre 2006, 13:44pm

Publié par Frédéric Delmonte

 
30 avril 2005

Récit de 1900 m de déniv' et de 9h30 de course...
 

Pour ce qui sera certainement notre dernière sortie ski de randonnée de la saison, le Gélas nous a offert ce qui se fait de mieux : des dénivelés conséquents, des passages techniques, une descente unique dans les alpes et de la neige de printemps de qualité.
Samedi, à 6 heures du matin, nous ne nous attendions pas à être autant  gâté par la montagne, au moment de garer notre véhicule sur le parking de la vacherie de la Madone de Fenestre. A part trois skieurs qui viennent de s’élancer avant nous et une fenêtre allumée au refuge de Fenstre, le vallon est désert. Il fait beau, mais pas très froid.
6 h 15 départ sur le GR, skis attachés sur le sac. Après une petite demi heure de marche, nous arrivons au replat à l’embranchement du  sentier pour le Pas du Colomb. Nous chassons sur une neige bien gelée en surface, mais peu épaisse.
Et c’est parti pour une des montées les plus longues du Mercantour. Le vallon Ouest du Gélas est toujours aussi éprouvant à remonter. Mais nous suivons un gars de Saint-Martin qui connaît bien le coin. Sympa, il nous guide sur des passages moins raides, dans la droite du vallon.

 

Il est 9 h 15. Nous voilà maintenant en contrebas du balcon du Gélas, juste en face le couloir Est, que trois skieurs sont en train de remonter. Petit conciliabule avec Hugues : «  que fait-on : sommet du Gélas, ou couloir des Italiens ? ». Après réflexion, nous décidons de filer directement au Balcon voir si le couloir des Italiens est praticable.
9 h 40, nous voilà à 3 050 d’altitude, seuls au Balcon du Gélas. D’un côté, nous contemplons  la Côte d’Azur et la Méditerranée, de l’autre l’arc Alpin, des Mont-Rose au Viso, en passant par le Cervin, le Mont-Blanc et les Ecrins. Je me restaure rapidement, pendant qu’Hugues prépare notre matériel : corde, sangles et coinceurs. Un coup d’œil sur la Malédie que des Italiens gravissent, puis sur le Clapier qui est bien recouvert de neige.

10 h. Nous enfilons les crampons et chassons un baudrier, ou l’inverse. Encordés, nous descendons sur quelques mètres l’arrête Est du Balcon. Petit hésitation : faut-il continuer sur l’arrête, ou descendre ce premier couloir ? La réponse nous vient du ciel : Christian C., qui fait aussi la course, nous indique le couloir des Italiens est tout de suite sous le Balcon. Je profite d’un solide béquet pour faire un relais. Ainsi assuré, Hugues se lance à reculons dans l’inconnu : le fameux couloir des Italiens, un passage qu’Hugues et moi avions envie d’essayer depuis longtemps. Le départ est assez raide et un peu impressionnant, puisque le bas du couloir disparaît dans le vide. Mais l’ambiance est unique.

En quelques mètres, nous avons quitté le soleil printanier et sa chaleur pour un couloir, presque une goulotte, plein Nord, sans soleil et qui nous ouvre les portes du vallon Italien du Gélas. Le panorama est à couper le souffle. A bout de corde Hugues se rapproche d’un rocher et y installe un premier point d’assurage sur coinceur. Il poursuit sa descente et je m’élance à mon tour. Nous descendons en corde tendue jusqu’au milieu du couloir, nous assurant de tant à autre à des rochers gelés. La neige porte bien et c’est un vrai régal de cramponner. Avant le passage le plus étroit et le plus en pente et le plus gelé… Hugues installe un relais sur piolet. Je le rejoins, puis m’élance dans le bas du couloir que nous terminerons en cordée réversible, vers 11 h 20 

 

Sortis du couloir, la pente du glacier de la Siula est encore bien prononcée. Nous établissons une petite plate-forme pour chausser. Là, je montre à Hugues qu’en donnant que coup de pieds involontaire à son sac, celui-ci peut descendre très vite les premiers 200 mètres du vallon. Il n’y a pas de mot assez fort pour décrire l’ambiance sauvage de ce vallon perdu. Sous le regard des cimes de la Cresta della Maura, nous entamons cette descente, à juste titre qualifiée d’ « une  des plus belles des Alpes ». La pente est prononcée et soutenue. De 2 850 m, ce toboggan naturel et immense nous conduit à 1 800 m au refuge Italien Soria.

 

 

 Il est 12 h 20 et nous décidons de faire une pose un peu au dessus du refuge, pour nous remettre de tant d’émotions. Le vallon Nord de Fenestre est austère et isolé. L’ambiance est déjà formidable, mais les falaises Est des Gaïsses décident d’en rajouter un peu au spectacle. Par intervalles réguliers de 5 minutes, les pentes supérieures de la Cougourde, des Gaïsses et du Lombard envoient au fond du vallon où nous sommes, des quantités impressionnantes d’eau, de neige, de pierres et de terre. Des avalanches monstres partent des crêtes dans un bruit de détonation, puis descente dans des ravins, ou sautent des barres de 100 à 200 mètres pour venir s’écraser à quelques dizaines de mètres de nous. Ce nettoyage de printemps est explosif. Vu d’en bas, le spectacle est magnifique, mais  pas très rassurant, d’autant plus que remonter ce vallon est la seule solution pour regagner notre voiture.


Nous profiterons de ce spectacle tout au long de la montée au col de Fenestre, en gardant une bonne distance de sécurité et surtout en remontant bien sur la gauche, ce qui nous laisse, en principe à l’écart des avalanches.


14 h 40. Nous voilà au col de Fenestre, à 2 450 m. Il fait très chaud, mais heureusement, les nuages ont un peu protégé la neige du soleil. Nous avions conscience d’être là un peu tard dans la journée et pensions trouver une neige pourrie. Elle n’était pas au mieux de sa forme, mais encore très facile à skier. Nous avons suivi le fond du vallon, puis le torrent qui coupe le GR, où une bande de neige de 20 mètres ( la dernière du secteur à cette altitude) nous a mené à une altitude de 1 900 m skis au pied.
Après 20 minutes de marche, nous sommes retournés à la voiture à 15 h 30, après plus de 9 heures de course et le sentiment d’avoir réalisé une belle course de printemps.

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