Au Malinvern, sur les pas de De Cessole

Publié le 15 Septembre 2006

 

 

Sortie alpinisme, Malinvern (2938 m), arête Est, dite De Cessole Samedi 13 mai 2006

 

8 heures au parking du GR du vallon de Terre Rouge d’Isola 2000. A ce moment là, nous partons encore pour une « petite » sortie reprise alpinisme. Nous ne savons pas que l’ascension de l’arête Est du Malinvern (ouverte par De Cessol et Jean Plent en 1899) va se transformer en expédition lointaine et longue. Ah, le charme des voie anciennes….

10 minutes de marche et voilà la neige. Tout le haut du vallon de Terre Rouge est blanc. On aurait pu porter les skis. Il fait beau, un peu chaud, mais déjà de longs voiles de coton traversent l’azur. Les sommets sont recouverts d’une poudreuse récente. 30 minutes de marche. La croûte de surface commence à céder sur nos pas. On ralentit la progression. Il fait toujours aussi chaud. 1 h 30 de marche… La pente se raidit. La neige est encore glacée. A chaque pas nous faisons bien attention de planter les semelles pour ne pas glisser. On sort les piolets. L’arrête approche. Hésitation pour le couloir Ouest. Mais non, il fait trop chaud pour avoir une neige sure. Ce sera l’arête rocheuse.

 

 

2 heures de marche. Après quelques pas dans un couloir en terre, nous stoppons contre les premiers rochers. On s’encorde : Bernard, Laurent et moi sur corde, Lorenzo et Lionel sur une autre. C’est parti. Le rocher est sec, facile, agréable, mais pas toujours franchement solide. Lionel et Lorenzo arrachent un peu trop de prises : «  hep les gars, faut en laisser pour les autres ! ». Le retour sur la roche du Mercantour est tout de même un régal. Pour l’instant, il fait toujours beau et chaud. En contrebas, la glace des lacs de Terre Rouge commence à fondre. Nos deux cordées progressent rapidement, corde tendue, avec un minimum d’assurance : un coinceur, une sangle, un becquet contourné de temps à autre.

 

 

11 heures. Surprise. Nous voilà sur un clocheton qui coupe l’arête Est en deux. Il y a 10 mètres de vide pour descendre rattraper le rocher, de l’autre côté d’un collet enneigé. Le topo ne mentionne pas cet obstacle. Que faire ? Le contourner, tirer un rappel. Non (erreur), ce sera une désescalade un peu hasardeuse sur du mauvais rocher. Et des prises qui restent dans les mains, avant de tomber se fracasser dans le couloir, avec des bruits lugubres Après un grand écart, je coince mon pied droit sur une grosse écaille. Pas d’autre prise. Je me baisse et attrape l’écaille avec la main droite et la descend sur 2 mètres pour rattraper une vire. Je contourne le clocheton et arrive au col. Un peu hasardeux pour une course en « PD ». J’installe une main courante. Avec la seconde corde, les autres posent un rappel et suivent ma corde. Tout le petit groupe se retrouve au col. La manœuvre est un peu longue et au moment de repartir, nous sommes dans les nuages.

 

 

Il y a du vent, moins de lumière et il fait froid. L’ambiance de la course change. Le rocher également. Il se fait plus vertical et de grandes flammes de roche, recouvertes de lichens jaune et blanc, donnent à l’arête des allures chamoniarde.

 

 

Entre ces échancrures, les nuages filent à toute vitesse. Nous accèlèrons le pas avec en tête le bulletin météo : « risque d’oranges en seconde partie d’après-midi ». Sur les 50 derniers mètres, les rochers sont recouverts de neige fraîche. Ambiance haute montagne garantie. C’est l’aventure !

 

 

13 h 40. Arête sommitale ! Nous laissons les sacs et filons au sommet pour remplir le carnet installé dans un tube sous la croix. 13 h 50. Il est temps de descendre. Crampons, piolet, encordement plus court. Nous prenons un couloir qui nous conduit aux névés suspendus. La face Sud est encore skiable, mais à cette heure du jour, la neige ne porte plus (de toute façon, on n’a pas de ski). A chaque pas, nous enfonçons jusqu’au genou. Quelquefois un peu plus haut. Epuisant.

 

 

14 h 40. Voilà la Baisse de Druos. Nous la passons et entamons la descente vers le lac de Terre Rouge. 15 h. Il est temps de faire une pose repas sur un rocher. Le soleil revient. Lionel dévore une mixture secrète à base de poisson séché, Lorenzo improvise une sieste Italienne, Bernard range son matos, Laurent mange et moi je loge mes cordes. Sur notre droite se découpe la longue arête Est du Malinvern. Dans le vallon, il n’y a personne. Pas un bruit. Seul un gypaête barbu (ou un gros aigle royal) plane au dessus des sommets. Prévoyant Bernard repart en tête. A 10 minutes de la voiture, il commence à pleuvoir. Il tombe une pluie mêlée de grésil et de flocons de neige, une « pluige ». A 2 mètres de la voiture, il nous tombe le ciel sur la tête : des litres d’eau bien froide. Heureusement dans la voiture, le climat est un peu moins humide.

 

Il est 17 h. Nous avons fait une course de 9 h (dont 4 h d’escalade). Un peu court pour une sortie alpinisme « reprise ».

Rédigé par Frédéric Delmonte

Publié dans #Mixte

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alain 12/11/2006 21:46

bonjour!
j'ai lu ces récits avec grand plaisir. bravo pour avoir pris des photos dans le mauvais temps, je sais d'expérience que ce n'est pas facile. on a surtout envie d'en sortir...
à quand de nouveaux récits?
bien sportivement,
alain passeron