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Les cinq trésors de la grande neige

par Fred06 9 Février 2009, 17:41 Livres de montagne

Les cinq trésors de la grande neige

Pierre Beghin

Arthaud,  1985.

 

«  Deux secondes au plus se sont écoulées. Juste assez pour que le «  friend » -l’ami – gicle de sa fissure avec la soudaineté d’un bouchon de champagne. Le précipité des évènements est instantané. La corde, fouet désemparé, file et claque à proximité. Et je vois Pierre partir, la tête tournée vers le ciel, les bras impuissants, le dos lesté par son gros sac  ». 11 octobre 1992. Pierre Beghin disparait en tentant la face Sud de l’Annapurna, en compagnie de Jean-Christophe Lafaille. Ce dernier mettra 5 jours pour redescendre, seul et blessé. Dix ans plus tard, voilà comment Jean-Christophe raconte les derniers instants de Pierre Beghin, dans « Prisonnier de l’Annapurna », paru aux éditions Guerin.

Mais pour retrouver Pierre Beghin, on peut surtout lire, ou relire, «  Les cinq trésors de la grande neige », qu’il a publié en 1985 chez Arthaud.

Pierre Beghin ? Aujourd’hui, cet alpiniste des années 70 et 80, est un peu oublié. C’était l’époque des tenues fluos, gros boudins gonflés de duvets, ou laines polaires pleines de pluches. Ingénieur grenoblois, il a appartenu à cette génération d’alpinistes arrivée après les grandes hivernales alpines. Il en réalise quelques-unes, comme la voie Devies-gervasutti à l’Ailefroide. Mais c’est surtout en tant qu’himalayiste qu’il laissera une trace. Et là aussi, il arrive à la fin d’une période : celle des grandes expéditions lourdes du début des années 50 à la fin des années 60. Son livre est intéressant sur ce dernier point. Impressionné par un Messner, Pierre Beghin symbolise la transition, en Himalaya, des techniques d’ascensions. «  Les 5 trésors de la grande neige » sont la traduction du mot Kangchenjunga, mais surtout le récit de 5 expéditions réalisées par l’auteur : K2, Manaslu, Jannu, Daulaghiri, et Kangchenjunga qu’il gravira en octobre 1983 en solitaire et sans oxygène.

Le récit commence à l’été 1979. Pierre Beghin participe à l’expédition française sur l’arrête Sud-Ouest du K2. Un échec. Pierre Beghin semble y participer un peu en étranger, comme quelqu’un qui n’est pas à sa place. Il confie son «  impression étrange d’entrer d’un seul coup dans un film à grand spectacle ». «  La chaleur est infernale, une véritable fournaise. Au milieu des cris, des engueulades, des bousculades, 20 tonnes de matériel sont déchargées des remorques » écrite Pierre Beghin. L’expédition s’élance à l’assaut du K2 avec 1 400 porteurs… On sera tenté de penser tout çà pour de l’alpinisme, pour que quelques hommes enfoncent leur piolet sur le sommet glacé d’une montagne. A la lecture du récit de Beghin, on a plus la sensation de se retrouver dans un « Tarzan » des années 30, quand des colonnes entières de pauvres porteurs se faisaient bouffer par des bêtes sauvages.

Quatre ans plus tard, Pierre Beghin se retrouve sur les pentes du Kangchenjunga, qu'il gravit seul et sans assistance à la manière d’un Messner. Même le nombre de ses porteurs, pour aller au camp de base, est très réduit. Ils ne sont qu’une poignée. Pierre est également accompagné de sa compagne et d’un ami médecin. Ils ne participent pas à l’ascension. Ce dénuement de moyen et cette solitude face à la montagne préfigure ce que Jean-Christophe Lafaille tentera, une dizaine d’années plus tard, avec l’issue fatale qu’on connaît. Pourquoi le Kanch’ ? Pourquoi seul ? A son, habitude Pierre Beghin se livre peu sur ses motivations. Il raconte seulement ses lectures d’enfants sur les grandes expéditions en Himalaya. En revanche, il n’élude pas la difficulté de se retrouver seul à 8 000 mètres, la douleur physique, le doute moral, les conditions très difficiles. Il n’y a pas d’héroïsme dans son récit, de forfanterie d’aventurier… Pierre Beghin se livre, à nue, et fait partager un certain malaise. A l’occasion d’un dialogue reconstitué au camp de base, il écrit :

Pour essayer d’en savoir plus sur la personnalité de Pierre Beghin, on peut se plonger dans le premier chapitre. L’auteur y livre quelques-uns des ses rêves de jeunesse. Il raconte surtout quelques anecdotes sur ses débuts en montagne. Sa première course sérieuse, il l’a réalise avec Claude son frère, en 1968 sur la face Est du Grépon. Mais sur ses motivations, peu de mots. Discret, Pierre Beghin n’a pas été un alpiniste comme les autres, dans le sens où l’alpinisme n’a pas été son métier, comme ce fut le cas pour un Desmaison, ou un Berhault. «  La profession de guide ne me tentait pas vraiment. Ce que je désirais : un métier intéressant sur le plan intellectuel, me permettant de continuer à pratiquer l’alpinisme au plus haut niveau » .

Pour aller plus loin un site est consacré à l’alpiniste.

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