A la conquête de l'impossible

Publié le 13 Août 2008


A la conquête de l'impossible

Yannick Seigneur

Flammarion, 1976

Yannick Seigneur ? Aujourd’hui plus grand monde n’en parle… L’alpiniste, qui est décédé d’un cancer en 2001, semble tombé dans l’oubli. Pourtant l’alpiniste a fait parler de lui dans les années soixante-dix, réalisant quelques belles premières et de nombreuses ascensions de grand talent.  Sa spécialité ? Les directissimes effectuées aussi bien en été qu’en hiver. Touche à tout,  il a surtout fréquenté le massif de l’Himalaya, ajoutant à son carnet de courses quelques beaux sommets : pilier Ouest du Makalu avec Paragot, première du Tawesche, nouvelle voie au Gasherbrum II, Broad Peak, face Nord de l’Everest, etc… En 1982, il échappe à une avalanche au Nangat Parbat.

Pour suivre une partie de l’itinéraire de Yannick Seigneur on peut lire « A la conquête de l’impossible, publié en 1976 chez Flammarion. Seigneur y raconte l’histoire d’une vocation, celle d’un jeune sportif qui découvre la montagne à l’âge de 20 ans. Le premier chapitre de ce livre est certainement le plus intéressant. Comment devient-on alpinisme ? Pour quelles raisons ? Yannick Seigneur y répond à sa manière avec quelques belles histoires de montagne, des aventures de «  gamins » qui se frottent à la paroi. Il grimpouille du côté de St Etienne, puis découvre le Dévoluy et le Vercors. «  Nous choisissions chaque fois une voie plus ardue que la précédente, mais notre enthousiasme eut tôt fait de nous faire sauter des barreaux dans notre échelle de progression. Et c’est ainsi qu’il m’est arrivé mon premier très grave accident de montagne » écrit-il. Novembre au hameau de la Richardière. Les premières neiges ont fait leur apparition. Mais il y a le mont Aiguille. Fascinant Mont Aiguille, forteresse protégée par de verticales falaises qui offrent à l’alpiniste autant de raisons d’y aller. Les longueurs s’enchainent, les difficultés s’accentuent, les pitons se font de moins en moins nombreux dans la voie… Et puis : «  je ne sais pas pourquoi mais le piton de relais ne m’inspire pas confiance » reconnaît Yannick Seigneur. Effectivement : il est planté la tête en bas. Et au moment où se dernier pense à la chute de son camarade, elle arrive. «  Bernard tombe droit sur moi. Je vois son visage qui se rapproche et disparaît pendant que naît entre mes mains une horrible brulure… ». Heureusement la chance du débutant sourit à cette jeune cordée. Et l’aventure continue.

«  A la conquête de l’impossible » ne raconte pas seulement les premiers pas de Seigneur en montagne. Il y décrit quelques-unes de ses grandes ascensions, aussi bien dans les Alpes qu’en Himalaya. Le texte est bien écrit, simple, clair, sans sensationnalisme. Un seul bémol, les rares images en noir et blanc qui ne sont pas à la hauteur du texte.

Tout au long de son livre Yannick Seigneur explique sa façon de concevoir la montagne, parle de son style et de son étique. «  Ces tas de cailloux, de glaise, de calcaire, de granit, on les gravit, non pas parce qu’ils sont là, mais parce que nous prenons à leur contact une autre dimension : nous devenons des hommes, des hommes qui s’accomplissent, qui se cherchent, qui, parce qu’ils se sont cherchés, se révèlent quelquefois à eux-mêmes ». Quant à la dernière phrase de son livre, elle annonce le tournant amorcé par Berhault avec sa traversée des Alpes et repris par de nombreux alpinistes amateurs : «  il faudra que les Alpes redeviennent des montagnes naturelles et sauvages et les hommes des enfants qui aiment jouer sur un terrain de jeu qu’ils respectent ».

Rédigé par Fred06

Publié dans #Livres de montagne

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