Gary Hemming : le beatnik des neiges

Publié le 6 Mai 2008

Gary Hemming : le beatnik des neiges


"Le beatnik des neiges"
Mirella Tenderini
Editions Denoël, 1991
En occasion, entre 15 et 20 euros

 

Il y a 39 ans le corps de Gary Hemming était retrouvé sur les bords d'un lac dans le Wyoming, une balle dans la tête. Suicide ou meurtre ? La première hypothèse était retenue, même si dans l'ouvrage qu'elle a consacré à ce « Beatnik des neiges », paru en 1991 chez Denoël, Mirella Tenderini se pose encore la question.

Gary Hemming ? C'est ce grimpeur américain qui fréquente Chamonix dans les années soixante, âge d'or de l'alpinisme. Un grand gaillard yeux bleus, aux cheveux blonds éternellement en bataille qui a défrayé la chronique. De lui, les alpinistes ont retenu son ouverture de la Directe américaine, au Dru, ou de la face Sud du Fou. Quant au grand public, il a gardé en mémoire la « Une » de Paris Match évoquant sa participation avec Desmaison  au sauvetage d'une cordée allemande dans des conditions rocambolesques au Dru.

 

C'était en 1966 dans la face Nord. Sur la photo qui est entrée dans l'histoire de l'alpinisme et du journalisme, on le voit accroché à la falaise, debout sur une minuscule vire en compagnie des rescapés. Sur cette image la verticalité de la paroi, renforcée par la couleur sombre du granit mouillé, plonge dans un inquiétant brouillard. Lui, calme, pose sa main grande ouverte sur le rocher, comme s'il maîtrisait la situation. Sa participation à ce sauvetage, auquel Desmaison devra son éviction de la compagnie des guides de Chamonix, a marqué les esprits et a fait d'Hemming une vedette internationale. Cette soudaine notoriété l'aura beaucoup affecté.

Le livre de Tenderini, chroniqueuse dans diverses revues alpines italienne, a le mérite de rappeler cet épisode de la vie d'Hemming, personnage attachant, fragile, un peu anarchiste et profondément égoïste ou libre, c'est selon.

 

 

Pour les amateurs de littérature alpine Gary Hemming est une figure récurrente. On croise sa silhouette dégingandée entre les lignes de Desmaison, Rebuffat, ou Bonatti, ou plus tard d'un Jean-Michel Asselin, sans parler des revues spécialisées de l'époque. Il passe dans une page, apparaît dans un autre chapitre, sans jamais pour autant avoir le premier rôle. On aurait même pu oublier Hemming !

Alpiniste de haut niveau, il n'est pas arrivé à s'imposer durablement sur le devant de la scène par ses seules réalisations, ou la façon de les médiatiser. Il n'a pas écrit de livre par exemple, n'est pas devenu guide et n'a pas vécu de ses ascensions.  Il ne pratiquait pas l'alpinisme pour ces raisons. 

 

Grimper était son mode de vie, sa philosophie : «  la montagne, pour moi, n'est pas une fuite mais une expérience physique complète, l'engagement absolu. Je mes ma vie en jeu. Une erreur et je la perds » écrit-il. Comme certains à l'époque se retiraient à Katmandou, lui vivait en «  beatnik des cimes » grimpant sans jamais trop se prendre au sérieux, ni en faire une affaire. Inconstant, voulant rester libre de ses actes et de ses méthodes, il démissionne de l'école des guides, vivote de petits boulots, un coup en France, l'autre au Canada, le plus souvent en Amérique. C'était un clochard des cimes. En ces années de révolution sexuelle (1968) était partisan de l'amour, faisant un enfant à une femme, mais vivant avec d'autres. Ses ascensions sont un peu comme sa vie : décousues, mais osées. Personnalité plus fragile qu'il n'y paraît, il grimpe souvent en solitaire, à la limite entre le suicide et le solo intégral. Boit, goutte aux drogues... Il n'arrive pas à trouver sa place dans la vie, jusqu'à cette funeste soirée dans le Wyoming où on le retrouve mort, une balle dans la tête.

 

Aujourd'hui, on peut relire d'une façon différente son parcours d’alpiniste. Et c’est la thèse de ce livre. En avance sur son temps, Hemming introduit des techniques de grimpe modernes, en utilisant du matériel emmené directement des Etats Unis. Il se fait surtout le représentant d'une nouvelle approche de la montagne. Formé dans sa jeunesse au Sierra Club, une association plus tournée vers la nature que l'alpinisme, il conçoit l'escalade comme un mode de vie et une expérience personnelle, une pratique où l'on doit laisser le moins de trace possible de son passage pour ne gêner ni les alpinistes suivants, ni la nature.

C'est sur ce point que le parcours de Gary Hemming est intéressant. En avance sur son temps, il annonce les prémices de la grimpe moderne, telles que des figures comme Berhault ou Edlinger la vivront à la fin des années 70, début 80.

 

Pour aller plus loin :

L'alpiniste et réalisateur Jean Affanasief a consacré un film sur l'itinéraire d'Hemming.

 

Rédigé par Fred06

Publié dans #Livres de montagne

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