Retour de course à l'automne : en descendant du Mont Neiglier la lumière de fin de journée vient donner des couleurs extraordinaires au vallon des lacs de Prals, au cirque de la Pointe André et du Neiglier, ainsi qu'aux montagnes de la haute Vésubie. Les images sont présentées dans l'ordre de leur prise de vue et la couleur est celle enregistrée par l'appareil photo. Un moment rare.

Les 5 lacs de Prals, en partie saisis par la glace. Au fond, la mer de nuage sur la Côte d'Azur. Le soleil va disparaître derrière les montagnes des préalpes de Grasse et du Verdon, tout au fond. Couleur surréliste pour descendre la sente qui conduit à la Pointe André et au Neiglier. L'orange domine toutes les autres couleurs, les absorbe et vient joliment compléter le bleu du ciel. De la baisse des 5 lacs, un dernier coup d'oeil aux arêtes de la Pointe André et du Neiglier, avec au centre son couloir (en neige). L'orange a fait place au rouge, de plus en plus faible, avec le gris, puis le noir.


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Personne à la Madone de Fenestre. Personne sur le chemin – verglacé – qui monte à la baisse des 5 lacs. Personne à la Baisse… A si pardon : premières traces de vie à la Baisse des 5 lacs : à notre passage une harde d’une quarantaine de chamois déguerpis dans de grands bonds. Leurs sabots résonnent sur le sol gelé. Il est 9 heures. Encore une heure de marche et voilà la brèche des arêtes de la Pointe André, entre le premier contrefort et le premier gendarmes.

 Sous le sommet, l’ambiance change encore une fois. Le soleil réchauffe bien les prises et à droite les spits de la dernière longueur du pilier Sud brillent. La vue sur les lacs de Prals reste un moment fort de cette course, comme celle sur le littoral, sous les nuages aujourd’hui, et derrière la Corse. Il est midi : sommet. Pause casse-croûte, photos et lecture du panorama, puis nous entamons la descendre, une désescalade toujours un peu délicate en face Nord.  Le rocher est plutôt froid et la présence d’un peu de neige poudreuse augmente la difficulté. Le rappel, de 40 mètres, est une formalité qui donne du piquant à la course. Adieu la Pointe André. Au tour du Neiglier maintenant. La première longueur, sur le fil de l’éperon se fait avec beaucoup de plaisir. Le rocher est vertical et les prises s’offrent facilement. L’escalade est très agréable et l’absence d’équipement oblige à se protéger intelligemment sur coinceurs et friends. Il vaut mieux être sûr de soi et de sa technique de pose de protections. Le premier relais renforce le caractère aventure de cette traversée d’arête : un vieux piton rouillé que l’on renforce avec des sangles sur un bon becquet. Ensuite, la traversée sur une vire ascendante en versant Nord est une formalité, même si le vide est bien présent. Un bon piton protège le « pas » de la voie. Cinq mètres plus haut, on gagne l’arête horizontale et la course perd un peu de son intérêt. Heureusement, le panorama prend le relais : du Gélas à la mer, le paysage se montre d’une très grand richesse. Attention, toutefois, à ne pas relâcher son attention : le rocher demande de l’attention et les gros blocs ne demandent qu’à tomber. La présence de névés donne à cette fin de course des airs de « mixte ». Du sommet, on peut admirer les lacs de la Gordolasque : le lac Autier et son noir profond, celui du refuge de Nice, déjà gagné par le gel et plus haut le lac Long, avec au dessus la Malédie et le Gélas. Pour rester dans l’esprit mixte, nous sortons le piolet pour descendre le couloir du Neiglier, déjà à moitié en neige. Le ciel est clair. L’air pur annonce les derniers jours de l’été indien.Côte Sud, le soleil réchauffe les rochers et donne à la course des allures de virée estivale. Côte Nord, quelques plaques de neiges et de glaces s’accrochent et le rocher – noir – est froid. En quelques centimètres l’ambiance change de saison. La progression est plutôt évidente, facile, presque ludique et le rocher très correct. Il suffit de jouer à saute mouton d’un gendarme à l’autre : on monte et on descend, on monte et on descend, sauf au troisième gendarmes. En contrebas, le petit lac du vallon du Ponset est gelé et la combe Nord a déjà des allures de mois de décembre : le soleil n’y descend plus et l’endroit à des airs lugubres, renforcés de temps à autre par les explosions des pierres, détachées de la face Nord de la Pointe André, qui vont s’y écraser.

Le retour se fait sous un coucher de soleil fantastique, dans le silence des vallons des  lacs de Prals. Seuls quelques chamois viennent donner une touche de vie à l’endroit. Dans la descente, le soleil disparaît et avec lui la lumière. La nuit prend le bas du vallon de la Madone, puis grimpe jusqu’au Gélas. Noir complet pour descendre les lacets – glacés – du chemin. Au parking, une voûte étoilée nous accueille.

Plus d'infos :

Traversée des arêtes de la Pointe André : niveau AD, emporter corde à double de 50 m et jeux friends, coinceurs + sangles.

Traversée du Neiglier : niveau AD, emporter corde à double de 50 m, et friends et jeux de coinceurs + sangles. Piolet et crampons utiles pour descendre le couloir.

 


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Regarder le paysage, ou le sentier ? Cruel dilemme pour le vététiste engagé dans la descente du col de Baratus vers Gars (-500 m pour 3 km) ! Le sentier est technique, avec ses virages en épingle, ses cailloux qui ne pardonnent aucune erreur. Quand à la pente, elle incite à rouler vite… Mais le paysage est à couper le souffle : au fond, les crêtes du Mercantour, un peu sur la gauche le village de Briançonnet, et plus bas la vallée de l’Estéron avec ses formations géologiques surprenantes. Sans parler du festival de couleurs offert par la forêt en cet automne. Alors, admirer le paysage, ou regarder la piste ? Une seule solution : s’arrêter régulièrement pour jeter un coup d’œil et prendre quelques photos.

Si le haut du sentier est fantastique, l’arrivée sur Gars réserve d’autres bonnes surprises. Au détour d’un virage, le village apparaît, éclairé par le soleil. Le sentier devient plus souple, mais aussi plus technique. Une pause devant la fontaine (à sec), puis c’est la traversée du village et la montée par la petite clue qui surplombe la chapelle et le GR.

Ensuite, on rejoint une partie de l’itinéraire VTT du Conseil Général pour descendre, par un vallon inhabité et glacial, vers les Mujouls et sa clue. Ambiance Grand Nord Canadien. On ne serait pas surpris de croiser au détour d’un chemin un Caribou, ou un Grizzly. On emprunte ensuite une portion du GR 4 pour traverser l’Estéron  au Collet des Tirasses, par un pont hymalayen impressionnant pour l'endroit. De là, il faut bien remonter sur les crêtes de Charamel. La piste forestière permet de gagner rapidement la ferme abandonnée des Abdoun, qui offre une vue imprenable sur la clue d’Aiglun, puis de récupérer le GR un moment, avant de porter son VTT pour atteindre le col à 1250 mètres (soit plus de 650 mètres de montée depuis le pont).

Du haut de cette crête, la vue est à couper le souffle sur la vallée de la Gironde, un affluent de l’Estéron. En face, les pistes de Gréolières. Plus bas, le village du Mas, qui disparaît derrière un écran de fumée. Les cheminées sont allumées. D’où nous sommes ces quelques maisons font penser aux villages de montagne de l’Atlas, ou de l’Hymalaya. La descente se fait à contre-jour, sur un sentier, très, très, très étroit, où toute faute est interdite, sous peine de faire une chute de 2 mètres et plus si affinité… On longe en effet des restanques, puis des barres rocheuses et on traverse aussi quelques éboulis.

Au Mas, une halte s’impose à l’auberge du village qui a rouvert. Une très bonne adresse. Il est plus de 17 heures et le soleil s’en va. Trop tard pour monter au col de Bane et rejoindre notre point de départ par l’Arpille. Ce sera la route… A la frontale à partir de l’embranchement avec le col de Bleine.

Infos pratiques : Départ : piste des Issarts après les Beaumelles, à St-Auban. 42 km pour 1200 mètres de déniv. Sur la carte, en pointillé l’itinéraire prévu… On est rentré par la route à cause de l'heure. Temps : un peu plus de 4 heures.


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Le Cayre Colomb ? Un gros caillou posé à côté du Ponset, son imposant voisin. Une dent, suivant d’où on le regarde. On ne peut pas vraiment parler de montagne. Pourtant, dans le cirque du Gélas, le Cayre Colomb est une destination originale pour faire de l’alpinisme. Sa traversée est une « petite » course complète : aucun équipement (sauf le rappel), un couloir d’attaque à faire en neige dure, une traversée d’arête aérienne, des gendarmes à escalader et descendre, un rappel, et vue à couper le souffle sur la Gordolasque, l’ensemble Gélas Saint-Robert, sans oublier le Clapier… et même la Corse. D’un niveau très facile (PD), elle n’est tout de même pas à prendre à la légère, et suivant son humeur, on peut compliquer un peu les choses en restant tout le temps sur le fil de l’arête. Enfin, cette course est plutôt en entreprendre en début de saison, ou en fin, quand la neige, présente, ajoute un peu de piquant.

C’était le cas samedi. Dans le vallon du Pas du Mont Colomb, on s’enfonce dans 30 à 60 cm de neige fraîche. Le soleil ne franchit pas les crêtes du Ponset et la température tombe : c’est presque l’hiver ! Ambiance ski de rando... Enfin, presque. Au Pas du Mont Colomb, on retrouve le soleil. Au lieu de longer la base de l’arête et d’attaquer par le couloir, en neige trop molle, nous partons du Pas du Mont Colomb par des rochers faciles et ludiques. La neige donne des allures de « mixte ». Sur cette première partie, on peut jouer à chercher des passages plus ardus.

Puis, on débouche sur un gendarme. Il ne s'agit pas encore de ceux de l'arête principale. Derrière, la mer se détache en orange sur l’horizon et les crêtes des montagnes Corses apparaissent en plus sombre. De là, il faut redescendre quelques mètres, puis prendre une rampe en mauvais rocher et en herbe, sur laquelle on ne peut pas vraiment bien s’assurer, pour passer entre une étroite brèche et basculer en versant Sud. La vue sur la Gordolasque enneigée est toujours aussi impressionnante. On domine le refuge de Nice de prés de 800 mètres. Ensuite, la course se poursuit, toujours corde tendue, par quatre petits gendarmes où on peut s’amuser à grimpouiller sur du beau rocher.

Puis voilà l’arête sommitale, horizontale, sur laquelle on court, en équilibre, un pied dans le vallon de la Madone de Fenestre, l’autre dans la Gordolasque.

Le sommet. Dix mètres de descente pour trouver le relais du rappel : 2 vieux pitons, avec 4 vieilles sangles. Un rappel de 15 mètres. Quelques mètres de descente sur un bout d'arête branlante, puis c'est la descente par un couloir enneigé et le retour au refuge de la Madone, avec un les couleurs de l'automne sur le Gélas et le St-Robert.

Infos pratiques :

Niveau PD, à AD suivant les conditions. Pas d'équipement en place, sauf pour le rappel. Emporter sangles, friends et quelques coinceurs. Corde de 40 m. Course n°700 sur le Gass, avec variante (départ sur l'arête depuis le Pas du Mont Colomb).

Horaire : 1 h 30 à 2 h d'approche. Course de 1 h à 2 h 30. Corde tendue.


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Une photo du Mercantour, aperçu vendredi depuis le col de Baratus, au dessus de la vallée de l'Estéron. A droite de l'image, le Gélas et le Ponset et le Clapier, apparemment bien enneigés. Pour en avoir le coeur net, une seule solution : s'approcher ! Et de près, on constate que la neige est bien présente, même en face Sud, au dessus de 2300 mètres sur les pentes de la Cime Cabret, du Gélas et du St-Robert, sur la gauche. A droite, le couloir en Y du Ponset est blanc, mais les Cayres de la Madone sont secs. Ce samedi, il y avait du monde dans les voies, notamment dans l'arête de la Fenestre. Du monde aussi au sommet du Ponset, ou au Balcon du Gélas. Aperçu, deux skieurs qui descendaient du Pas des Ladres. Suivant les accumulations, on note 30 à 60 cm de neige dans les versants Nord Ouest. Pour monter au Pas du Mont Collomb, une sous couche est en train de se former. Du sommet du Cayre Collomb, la vallée de la Gordolasque, avec le refuge de Nice, en bas, le Clapier, ou les Basto sont bien blancs. Le lac Niré n'est pas encore gelé.


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Nouvelle offensive de la neige cette nuit. Il est même tombé quelques centimètres sur le Cheiron. Les équipements ne sont plus obligatoires pour monter à Isola.

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Les horizons vaincus, la face Nord de l’Everest en solo

Reinhold Messner

Arthaud, collection « Altitudes » Edité en 1983

Disponible en occasion : environ de 12 à 18 euros

En 1980, Reinhold Messner repart à l’ascension de l’Everest. Deux ans plus tôt, il a été le premier alpiniste à atteindre le toit du monde sans oxygène, un exploit qui a fait de ce Sud Tyrolien, une figure mondiale, célèbre bien au-delà du cercle des alpinistes. Cette fois, Messner veut aller encore plus loin : il prévoit de gravir la face Nord de l’Everest en solo, dans le cadre d’une expédition très légère et sans oxygène. Il part avec sa compagne de l’époque et une poignée de sherpas, sans grand moyen, ni logistique démesurée. Et c’est ce qui frappe dans cette aventure hors norme. En accompagnant Messner dans son voyage d’approche, puis son acclimatation, on a l’impression d’assister à une partie de camping sur les bords de l’Everest, à un voyage touristique, ou un insouciant trekking. Pourtant Messner s’apprête à réaliser un exploit hors norme, et d’un engagement total. Une erreur et notre homme ne pourra compter sur personne d’autre que lui. Ainsi, trois jours avant d’arriver au sommet, il tombe dans une crevasse : «  si j’arrive à m’en sortir vivant, je redescendrai, je renoncerai. Jamais plus de 8000 en solo » écrit-il. Sorti de ce mauvais pas, il se redresse et reprend sa marche vers le sommet !

 

 

Quelle force pousse cet alpiniste à marcher, seul, sans oxygène, et avec comme unique protection sa tente « escargot » qu’il trimbale sur son dos ? Messner a une volonté phénoménale. Page 201, il écrit : « Tout là haut, je le sais, il n’y aura plus que ma volonté capable d’arracher mon corps à la léthargie pour qu’il accomplisse un nouveau pas ». Et un égoïsme aussi grand ! Ce livre est écrit à deux plumes. Messner a intégré des passages du journal de bord, tenu au camp de base par Nema, sa compagne. Elle présente Messner comme un «  homme fort », à la «  personnalité originale », mais reconnaît aussi que Messner la « rend folle ».

Cette ascension, Messner la vit dans le souvenir de celle, tragique, de ceux qui sont rentrés dans la légende de l’Everest, et notamment de celle de Mallory et Irvine en 1924. Il se met dans les pas de ces prédécesseurs et, à plusieurs reprises, se sent accompagnés par eux. Il y a dans cette obsession, plus qu’une démarche historique, presque une quête mystique. A chaque passage clef de l’ascension, il se demande comment ont fait, avant lui, les autres prétendants au sommet. «  Mallory n’a pas pu gravir le deuxième ressaut, il a essayé de la faire, mais sans succès. J’en suis aussi sûr que je suis là à étudier cette dernière partie de l’ascension » écrit Messner.

En réussissant cette ascension, Messner ne suis pas seulement les pas de Mallory et Irvine, avec son style d’ascension, en solitaire et sans oxygène, il ouvre un nouveau chemin extrême vers les sommets. Chemin qu’un Lafaille, par exemple, suivra et compliquera en s’attaquant en solo, à des voies encore plus engagées. Avec la fin tragique que l’on connaît.


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Il neige sur le Mercantour. La route du col de la Bonette vient de fermer pour une durée indéterminée. C'est le mot indéterminé qui est important !!!

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Le départ du Roc d’Azur, 55 Km, reste un grand moment. Quand la corne de brume donne le « top », une énorme vague de concurrents s’élance. Dans la poussière, le cliquetis des pédales automatiques qui s’enclenchent, les craquements des chaînes de pédalier qui forcent, et les cris de joie, on se sent comme transporté, obligé de suivre le rythme… ou de se laisser piétiner ! L’impression de puissance collective dégagée par cet instant est grisante.
Moins d’un Km plus loin, cette vague vient se briser sous le pont qui traverse l’Argens. Juste le temps de reprendre son esprit et son souffle. Et puis le mouvement reprend : voilà l’étang de Villepey, la traversée du camping et enfin la première montée sur piste. Le souffle est court. Les jambes brûlent. Les poumons s’affolent. Le corps cherche encore à trouver le rythme de la course, mais déjà il faut en changer. Tout le temps.
Groupée, la foule des coureurs s’étire, puis se reforme. Lors de la troisième montée, plus technique après le domaine viticole, le serpent multicolore du Roc glisse le long des collines. On l’aperçoit jusqu’au sommet de la Flûte. Et justement, sur la piste de la montée de la Flûte, la magie de cette course est au rendez-vous. Devant ? Des centaines de coureurs à l’assaut de la colline. Derrière ? Des centaines de poursuivants qui soulèvent un nuage de poussière.
Km 11. Après le premier faux plat qui permet de prendre son rythme, la longue montée met les jambes à rude épreuve. Au fur et à mesure la pente se redresse et de plus en plus de pilotes mettent pied à terre, pendant que des avions, restés sur leur monture, doublent à toute vitesse, se frayant un passage à coup de sonores « à droite », «  à gauche », «  au milieu ». Au dessus, un hélicoptère filme la scène.
La descente dans le vallon de Vaucoulongue prend des airs d’enduro géant, ou de chevauchée fantastique : de la poussière, des machines lancées à toute allure et des suspensions malmenées… La piste est rapide, les virages serrés, les pièges à éviter constants. Et dans ce vallon, dévasté par les flammes il y a quelques années, l’ambiance est sévère et les branches des arbustes calcinées attendent qu’une chose : agripper le pilote trop généreux dans sa trajectoire. Doubler ? Oui, c’est possible, mais à condition de tout lâcher, de s’accrocher fermement à son guidon et de tenter le tout pour le tout. Pour les croyants, il est conseillé de prier. Pour les autres, la concentration et l’appel aux techniques de pilotage sont recommandés. Pour les étourdis, regarder ses serrages de roue… Grisant ! A ce petit jeu-là, certains ont moins de chances que d’autres. En vas du vallon, plusieurs pilotes réparent une crevaison, une chaîne cassée, ou un pneu qui a explosé. Quand se n’est pas le bonhomme qui a morflé…
Et après la descente, la montée. Les traceurs du Roc d’Azur ne connaissent pas le mot « plat ». Il faut maintenant filer vers la Bastide Neuve. Bien se caler sur sa selle. Essayer de trouver le bon rythme, celui qui ne brûle pas trop de forces, mais permet tout de même de rester dans le jeu.
Km 26. Au Carrefour de Peygros, des dizaines de VTT sont couchés à même la piste. Des concurrents qui ont abandonnés ? Non, plutôt ceux qui s’arrêtent au ravitaillement. Celui-là, il est le bienvenu ! Mais pour atteindre la table, avec ses ¼ d’orange, ses verres d’eau et ses morceaux de banane, il faut faire preuve d’agilité et enjamber ses tas de cadres et de roues. A 1 mètre du banquet, nouvel obstacle ! Des gars en sueur, recouverts de poussière et à l’hygiène douteuse s’agglutinent devant la bouffe. Il faut jouer des coudes dans une joyeuse ambiance pour se restaurer, vite ingurgiter quelques nourritures, puis reprendre la route en essayant de retrouver son VTT dans le tas de bécanes qui ne cesse de s’agrandir.
On reprend la route, mais au bout de 200 mètres, la piste est bloquée : embouteillages ! Tout le monde met le pied à terre. Pour les parisiens qui ont fait le déplacement, il n’y a rien de dépaysant là-dedans. Les habitués des grands rassemblements de VTT n’y voient rien de surprenant. Ceux qui font régulièrement le Roc sont également habitués. Difficile de faire passer 4 000 coureurs, même lancés par vague de 400, sans encombre. A un moment, tout le monde se rejoint et ça bloque.
Je ne préfère pas parler de l’affreuse montée qui va suivre, pour s’échapper du vallon de la Garonette et gagner la piste de Cabasse, qui offre un petit moment de répit, avant de descendre dans le vallon du Bernard. La piste est bien cassante la montée par fatigante. Enfin un autre ravitaillement, à 2 km du col du Bougnon. Le col du Bougnon. Dans le petit monde du VTT, ce lieu est mythique. Pourquoi un tel engouement ? Pour le public : à cause de l’accès facile, et de la piste raide et courte qui offre un beau spectacle. Pour les coureurs : pour la vision sur la mer une fois le col passée, parce ce que les grosses difficultés sont maintenant derrière. Il reste à partir de là moins de 17 km, mais la course n’est pas terminée pour autant. Au non !
Il faut remonter au sommet de la colline de la Lissandre par une courte, mais fatigante côte, après 43 Km de course dans les pattes. Puis la descente dans les bois de la Gaillarde est cassante. Il faut rester concentré et faire attention à ne pas crever ou casser. Quant à la montée par les Terrasses vers le Boucharel, c’est une belle vacherie : une pente très raide sur une dalle de goudron au départ, puis un faux plat et encore une belle grimpette dans 2 virages. A partir de là, la course contre la montre s’engage. Il faut rallier l’arrivée le plus vite possible, sans faire de faute, et en ménageant ses jambes pour éviter la crampe. C’est à ce stade là que les effets d’une bonne, ou mauvaise, gestion de course se font sentir. La sanction est sans appel : on se jette à terre, le visage crispé et la jambe raide, comme plusieurs coureurs en font la démonstration, allongés au bord du chemin.
Ensuite, le sentier suit les courbes de la colline de St-Aygulf. C'est-à-dire qu’il monte, descend, monte et descend sans trop se soucier de l’état de fatigue des coureurs. C’est nerveusement épuisant. Enfin la dernière descente dans le vallon du Reydissart. Il reste moins de 7 km de course et à part la traversée de la plage, les difficultés sont TERMINEES !
Km 51. Voilà la plage de la Galiote. On doit la traverser une première fois. Monter des escaliers et rejoindre le fameux passage du sentier du littoral. Il n’est pas comparable à celui de Ramatuelle, mais le charme des passages techniques en bord de mer opère. Revoilà la Galiote et son sable fin. Le passer en courant, un main sur le tube de selle. On s’enfonce moins qu’en marchant. Et sauter sur le vélo pour rejoindre la piste cyclable. 3 Km de plat et de bitume à faire à fond, les jambes qui brûlent et le cœur qui s’affole. Pédaler parce que cette piste cyclable semble ne jamais se terminer. Enfin le pont sur l’Argens. Dans moins d’un Km la ligne d’arrivée. La fin se fait sur une piste sinueuse. Elle ressemble presque un parcours de BMX sur lequel on peut se faire plaisir à prendre un virage relevé, ou un saut. Et au bout, la prairie de la base nature, avec le chemin balisé vers cette ligne d’arrivée qui semble ne jamais vouloir se rapprocher. Pédaler comme un dératé, tout donner et enfin entendre le « bip » qui flashe la puce électronique de son dossard.
Je n’ai pas vu passer les 4 h 58 mn de mon Roc d’Azur.
Savoir +
Parcours : 55 km et 1 450 m de dénivelé positif.
Premier : 2 h 15. Dernier : 7 h 50.
Mon classement : 2 308 sur 3 750 à l’arrivée. Plus de 4 000 au départ.

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J’avais laissé le Roc d’Azur à Ramatuelle, une journée d’octobre 1995. C’était, je crois, sa douzième édition. Douze ans plus tard, à Fréjus, cette épreuve de VTT est devenue un gigantesque barnum : 15 000 participants, 100 000 spectateurs, des courses toute la semaine et un salon où l’on peut constater l’évolution de la planète VTT. Les grandes marques ont déboulé avec leurs nouvelles machines (en vente d'ici quelques semaines), leurs mécanos (pour l'assistance gratuite aux coureurs), leurs catalogues sur papier glacé (pour baver), leurs commerciaux (pour vendre les vélos) et ce cirque n’a rien à envier aux salons automobiles, à la foire de Nice, ou à la fête de la Bière à Munich (bon, j'exagère un peu...). Ambiance société de consommation et une première impression : le Roc d’Azur s’est transformé en fantastique machine à faire du « cash ». Il est loin le petit salon de Ramatuelle, où les marques exposaient sous quelques dizaines de tentes. Où l’on s’alignait avec un vieux Gitane sans suspension et avec un maillot fluo, un survet’ Adidas et des chaussures de rando. Quelques souvenirs du Roc de Ramatuelle reviennent : la dernière montée pour aller au château Voltera après le fantastique parcours sur le sentier du littoral, la vue sur le golfe de St-Trop’ et la dernière descente, que j’ai presque toujours faite sur la jante…

Douze ans plus tard, sur la base nature de Fréjus, il y a un peuple pas possible, des montures à plusieurs milliers d’euros, des snacks et bars où l’on peut se restaurer, des stands où se vendent, ou alors se font désirer, des super chaussures, des maillots anti-transpiration, et du matos avec des lignes, des suspension et un poids pas possible… En parallèle au Roc, une compét’ de Bi-Cross fait un chahut très jeun’s. Après avoir retiré dossard et plaque, vérifié l’heure de ma vague de départ pour dimanche, sur le Roc 55 km, un petit tour sur la ligne de départ, où s’alignent les coureurs du Master Roc.

L’instant rappelle les départs de Ramatuelle : le speaker, le décompte, la tension qui monte et les premiers coups de pédale avec le rythme cardique qui s’affole. Mais où est passée la fameuse rivière en crue à traverser et la boue des sentiers de Ramatuelle ? Réchauffement de la planète oblige, il ne pleut plus avant et pendant le Roc. En avant pour une nouvelle reco. Le parcours est bien fléché, les secours présents aux descentes délicates, aux carrefours les organisateurs très sympas. A la route, je file au col du Bougnon pour m’intégrer aux coureurs Roc Marathon et au Master Roc, histoire de retrouver des sensations. 1995, c’était hier. Dans la course, les vélos sont plus techniques, mais l’ambiance est quasi identique avec un peu moins de stress (on est sur des Roc plus cool que la compèt’ et j’ai retrouvé ceux des dernières vagues). Dans les montées les coureurs se parlent, s’encouragent. Au bord des chemins, certains s’étirent, d’autres se ravitaillent, ou récupèrent. Plusieurs changent la chambre à air… Dur le Roc 88 km. 

La fin du parcours, avant de retrouver la plage est bien technique, et le passage sur la plage plutôt fatigant, même si je n’ai que 30 bornes dans les pattes. Comment je serai dimanche, avec 50 km au compteur et encore 5 à faire ?

Pour tout savoir sur le Roc : www.rocazur.com


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Parking de la vacherie de Salèse. Les vélos sont montés, les gants enfilés, le casque ajusté et c'est p... Une goutte. Puis une autre. Et maintenant se sont des centaines de milliers de gouttes, mouillées, qui nous tombes dessus. Bon. Rester zen et rentrer dans la voiture, un peu égoïstement en laissent, dehors, le vélo se tremper. Puis attendre que ça se passe. 15 minutes plus tard, les gouttes ont cessé de tomber. Le soleil revient. Donc, sortir, ajuster le casque, mettre les gants, etc... 30 minutes plus tard voilà le col de Salèse, à 2031 mètres. Place à la descente, sur une piste trés roulante qui file à travers les mélèzes et les alpages, puis devient bétonée ou goudronnée. Ce revètement urbain gâche un peu le plaisir, mais il permet aux résidents du hameau de Mollières de s'y rendre en voiture sans jouer au Paris-Dakar. Une dizaine de minutes plus tard (on peut rouler trés vite sur cette piste, environ 40 km), voilà le hameau de Mollières et ces quelques maisons du bout du monde. Aujourd'hui, nous n'avons pas rencontré de loup. Visite des lieux et casse-croûte?  Il faut maintenant remonter au col de Salèse, soit 8 km à rouler et 400 mètres à monter. Un peu avant le col, au pont d'Ingolf, l'ancienne piste militaire permet de pénétrer au coeur du Mercantour en VTT (le passage à VTT est autorisé, se montrer discret et ne pas quitter la piste). Au départ la piste est recouverte de pierres, qui aprés la pluie glissent. Ensuite, le chemin évolue en balcon, entre les mélèzes. Le vélo roule tout seul... Il faut juste penser à laisser la priorité aux chamois qui traversent sans prévenir. On grimpe sans trop forcer vers le col Mercière, en remontant le vallon de Mercières et son torrent. Pas un bruit, personne... Le Mercantour s'isole avant de retrouver la neige.  Au vallon de Tavels, étrange impression : le lieu est plus famillier avec de la neige et des skis de rando au pied. Enfin, à VTT, ce n'est pas si mal. Encore quelques coup de pédales pour sortir de la forêt. Le sentier monte toujours régulièremenet vers le col Mercière. Le VTT roule toujours tout seul. En se retournant, on peut admirer le vallon du Barn, ou celui de Magés et les crêtes qui dominent les Milles Fonds, avec sur la gauche le Cayre Archas. Le col Mercière, ce sera pour une autre fois. Demi tour, et retour vers le parking de Salèse.

Savoir +

Départ parking de Salèze, à 1600 mètres, dans la Vésubie. 40 km, pour 1000 m de grimpette. Attention, on évolue dans le parc du Mercantour, sur 2 pistes autorisées aux VTT, ce qui est execptionnel. Respecter les consignes du Parc National.


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René Desmaison nous a quitté en fin de semaine dernière. Les grands médias se sont fait l'écho de la disparition de cet alpiniste aux « 114 premières », de ce « pionnier de l'alpinisme moderne ».  La nouvelle de son décès a pu surprendre, tant René Desmaison semblait solide comme un roc. Il avait
échappé à tant de dangers et de situation à la limite de la mort qu'on le pensait invincible. Celui que tout le monde disait « dur au mal » est parti d'un cancer. Contrairement à d'autres très grands de la montagne, dont l'image a été rendue mythique par leur départ prématuré, René Desmaison est mort dans un lit d'hôpital. Pas de chute, ni d'avalanche pour fixer à jamais une gloire en pleine ascension. A chaque fois, René Desmaison est rentré vivant, il est redescendu et le temps est passé, le
rendant à un certain anonymat. Ces dernières années, il s'était retiré dans le massif du Dévoluy, profitant encore de son « île » et des joies de la montagne : VTT, escalade, randonnée.
René Desmaison a été un très grand alpiniste dans les années 60-70, peut-être le plus grand, en tout cas un précurseur. Il a suscité autant de passions pour ses grandes hivernales, que de polémiques pour son sauvetage dans les Drus, ou la mort de son compagnon dans les Grandes Jorasses. Il a osé ouvrir la voie au grand alpinisme hivernal, n'hésitant pas à rester des jours et des jours dans l'enfer de faces Nord  pour gagner d'improbables sommets. On se souviendra aussi de
lui pour avoir ouvert l'alpinisme à la médiatisation moderne : ascension en direct à la radio, vente des photos de son sauvetage des Drus à Paris-Match, ce qui lui vaudra d'être exclu de la compagnie des guides de Chamonix, ascension publicitaire du Mont-Blanc avec installation d’une tente au sommet pour faire la pub d’une grande marque.
Récemment, René Desmaison avait fait à nouveau parler de lui, lors de sa réintégration dans la compagnie des Guides de Chamonix, en 2002, et il y a 2 ans, lors de la parution de son autobiographie « Mémoire d'Altitude », où il revenait sur une vie consacrée à la montagne et reprenait de larges passages de certains de ses livres de montagne. Intéressant, mais pas aussi fort que ses premiers libres.

 

En souvenir de ce grand alpinisme, on préfèrera relire «  342 heures dans les Grandes Jorasses », un des grands classiques de la littérature de montagne. Un livre fort, aussi fort que le caractère de Desmaison qui ne laisse pas insensible. D'une plume précise, sans fioriture, mais pleine de réalisme, Desmaison tient le journal d'une ascension exceptionnelle, qui en 5 jours tourne au
drame. Et René Desmaison poursuit le journal de la lente agonie de son compagnon de cordée, comme il entame le journal de la sienne. Il y a un peu d'impudeur à  suivre la mort lente de ce jeune homme et l'impuissance de Desmaison. A la fin, René Desmaison en profite aussi pour régler quelques comptes, notamment avec Herzog, alors président des secours en montagne et maire de Chamonix. Desmaison se justifie, également sur le choix de son compagnon de cordée, évoque ses faiblesses, sa maladie et ses capacités de grimpeur aussi, comme pour se dédouaner.

 

En refermant se livre, on a l’impression d’avoir grimpé avec Desmaison, attaché à sa corde. D’être resté bloqué avec lui et Serge Gousseault sur cette vire gelée. Attaché à un piton. «  342 heures dans les Grandes Jorasses » reste un grand livre de montagne. Certainement le plus grand, le plus fort en tout cas avec la « Mort suspendue » de Joe Simpson. 

"342 heures dans les Grandes Jorasses"

Collection "L'aventure vécue" chez Flammarion

1973

On trouve facillement ce livre chez les bouquinistes. Environ 15 à 18 euros.


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