Une heure quarante plus tard nous y voilà. On s’équipe sur les restes d’une coulée d’avalanche qui a dévalé le bas de la diagonale. Surprise : dans le bas du couloir la neige porte moins et elle est même cassante sur une dizaine de centimètres et un peu plus haut sur une vingtaine. Le dessus part en plaque. Heureusement on peut bien ancrer ses piolets et crampons dans la sous-couche dure. Le premier passage technique est en glace. Il se franchit rapidement.
Plus haut le couloir bifurque vers la gauche et monte directement en diagonale vers le sommet. Un grand toboggan blanc. Nous y
sommes ! Sans corde on évolue plutôt rapidement, seulement freinés par cette neige traître qui oblige à doubler ses efforts et son attention pour ne pas glisser tout en bas… Le second
bloc coincé se passe sur la droite par une coulée en glace. Les pointes des piolets y mordent bien. 
On continue sur le grand couloir qui s’élève de plus en plus entre le haut de la paroi Ouest et son bas.
Pour l’instant les rochers qui bordent la diagonale sur la gauche protègent du vide. Un peu plus haut ils disparaissent et le toboggan a
une fâcheuse tendance à glisser là où il ne faut pas… Rester concentré. Bien planter les piolets et les crampons. Faire attention à son équilibre. La première arête de neige est franchie. La
seconde semble foireuse avec sa petite corniche et sa neige qui semble nous cacher une belle plaque. Relais sur piolet. On sort un brin de corde pour terminer plus en sécurité.
Un peu sous l’arête sommitale le soleil vient nous cueillir pour continuer par quelques passages en rochers faciles, avec en arrière plan le Gélas.
Enfin le sommet. Pas de vent, un soleil chaud et une vue imprenable sur le Mercantour et le cap d’Antibes. Il y a du monde de partout en montagne : sur le Neiglier, la Pointe André, le Gélas bien sûr et même dans une des voies difficiles de la face Ouest du Ponset. On redescend par la face Sud sous l’œil indifférent d’un gros bouquetin.
Sept heures du matin à la Madone de Fenestre. On n’en croit pas nos yeux : depuis 5 minutes on roule entre 2 murs de neige d’une quarantaine de centimètres. Pour la
fin du mois d’Avril cet enneigement est inespéré. A la même période l’année dernière, il fallait porter une trentaine de minutes pour chausser ses skis. Là, on peut commencer à glisser dés le
pont de la vacherie. Seule ombre au tableau, le ciel est couvert et le Gélas, notre objectif du jour, reste caché. Heureusement la nuit a été claire et la couche de regel semble plus que
correcte. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée : grimper sur le toit des Alpes-Maritimes à 3 143 mètres. Au replat du Gias Cabret, on distingue pas mal de skieurs. Au
nombre d’un groupe, on devine le CAF de Nice.
Allez, ne pas
traîner : plus haut le soleil semble là et le couloir Est doit déjà prendre le soleil. Au fond du vallon du Cabret, les faces Nord Est du Grand Cayre et des Cayres Barel
s’illuminent.
La neige commence à transformer, mais elle cramponne bien. A la Selle, il y a encore de la neige pour passer le ressaut rocheux. On plante bien les
skis, pour les retrouver tout à l’heure et on continue en direction de la crête sommitale recouverte d’une bonne couche de neige. 10 h 30. Sommet. Tout autour de nous la mer de nuage bourgeonne
et seuls au Nord l’Argentera et le Viso pointent le bout de leur nez. Au Sud, on n’aperçoit que le Clapier. La Madone de Fenestre reste cachée. Moment de calme et de contemplation. Pas de vent.
Un soleil qui réchauffe. Et l’impression d’être arrivé sur le toit du monde, ou sur une île.
Et un premier virage : impression de sauter dans le vide. Les skis font
face à la pente un court instant puis les cares viennent mordre la neige… Tiens pas trop ! Un second virage et la neige fout le camp sous le poids des skis. Je pars en glissade sur 1 mètre,
juste le temps de planter mon bras aamont dans la pente. Pas de mal. On se relève pour terminer le couloir avec quelques virages. Un peu aprés nous, un skieur a fait 







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