Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Aventuralpines

Des montagnes et des livres

11 Mars 2017, 20:47pm

Publié par Aventuralpines

Des montagnes et des livres

" L'alpinisme n'existe pas sans récit " écrit François Damilano, alpiniste, guide et écrivain.

C'est en relisant cette phrase, dans un article de Montagnes Magazine de Février-Mars 2017, que j'ai repensé à la relation entre alpinisme, écriture et littérature. Et aux livres qui m'ont donné envie de grimper, de skier, ou tout simplement d'aller en montagne.

Parce que la montagne est affaire de transmission, d'échanges et de récits... Et que bien souvent, avant de se glisser dans les pas d'un alpinisme, on en parcours les lignes.

Mon premier contact avec la montagne s'est souvent fait à travers un topo. Celui papier, dont on tourne et retourne les pages, cornées à force d'appréhensions. Celui sur internet, dont on imprime les informations, ou télécharge les traces. C'est plus technique que littéraire... Mais pratique.

Je me souviens des pages de topos photocopiées que je sortais. J'étais obligé d'en parcourir les lignes que je ne pouvais pas déchiffrer sur la parois. Mais un peu de pluie, un peu de vent et... Poétique, mais pas très efficace.

Mon dernier contact avec la montagne, au retour de course, je l'ai avec mon carnet noir. Je le griffonne pour coucher sur le papier quelques souvenirs. Il y a aussi la bière échangée au refuge. Là aussi, on parle de sa journée et de ses "exploits".

Raconter toujours, échanger et donc écrire quelquefois... Sans être écrivain, on a tous un jour ou l'autre rédigé un compte-rendu de sorti pour son club. C'est souvent le début d'une vocation.

" L'aventure que nous vivons ou que nous croyons vivre aujourd'hui repose sur les mythes et les récits des grimpeurs d'hier, ce en quoi l'alpinisme est un acte éminemment littéraire " écrivait Sylvain Jouty, romancier et écrivain "de montagne".

Dans ma bibliothèque alpine, il y a peut-être plus de livres lus que sommets foulés. Il faudrait que je fasse le compte... Les uns comme les autres, je les collectionne. Parce que parcourir des pages, ou une parois est affaire de liberté et de curiosité. 

Adolescent, j'ai imaginé remonter une cheminée étroite, comme je l'avais vu faire Rebuffat dans Neige et Roc. Où je me voyais franchir le "Pas dans le vide" à la Grande Candelle. Je l'ai fait quelques années plus tard, avec le Mistral en plus...

 

 

Avec Rebuffat l'alpinisme est affaire de grand écart...

Avec Rebuffat l'alpinisme est affaire de grand écart...

Je voudrais aussi ici tourner les pages de deux "grands formats" des années 90" : "Rocs Nature" de Gerard Kosicki et Catherine Destivelle, aux éditions Denoël et de" L'aventure jusqu'au bout" de Françoise Boivin et Jean-Marc Porte sur Jean-Marc Boivin, aux éditions Recto Verso.

Ce n'est pas de la "grande" littérature de montagne, mais ces deux livres, chinés au marché de Chamonix m'ont inspiré. Il y a dans leurs pages, beaucoup de fluo, de rocher, de vide et d'aventure.

Ils consacrent l'avènement d'une société qui cherche le frisson et met en avant une nouvelle génération d'aventuriers. Enfermé dans une salle de lycée, je pensais souvent à leurs aventures en parois. La littérature de montagne est une évasion.

Dernièrement, j'ai lu "Ascensions" de Catherine Destivelle. comme si la boucle était bouclée. La célèbre alpiniste y revient sur son parcours, ses premiers pas en falaise. Elle raconte comment elle allait grimper le week-end. Un témoignage qui "parle" à tous grimpeur.

Du fluo et des montagnes... On est dans les années 90.

Du fluo et des montagnes... On est dans les années 90.

Difficile de ne pas rester "342 heures dans les Grandes Jorasses" avec Desmaison, aux éditions Flammarion. La montagne y est affaire d'engagement, de dépassement de soi, mais aussi de souffrance. Il y a dans ce livre une tension telle qui ne laisse pas indifférent. Le dénouement est terrible et la polémique, qui s'en suivit, rappelle que l'alpinisme est affaire de passion et d'ego...

Dans la même vaine dramatique, il faudrait ici parler de "La mort suspendue" de Joe Simpson. L'alpiniste et romancier anglais y raconte une incroyable histoire de survie dans les Andes. Après l'exploit, le face à face avec le vide et la mort... Il y a dans les pages de ce livre la même intensité dramatique, le même suspens - si l'on peux dire, le dénouement étant connu - que dans "342 heures dans les Grandes Jorasses". Couper la corde ou pas... Et au bout d'une incroyable histoire de survie, Jo Simpson revient à la... vie.

L'alpinisme n'est pas toujours heureux...
L'alpinisme n'est pas toujours heureux...

L'alpinisme n'est pas toujours heureux...

La montagne s'est aussi le désert, les grands espaces, le sable qui polit la roche, les voyages. "Escalades au Hoggar" m'a beaucoup inspiré, même si des montagnes d'Afrique, je ne connais à ce jour que l'Atlas.

Publié en 1952 par Hartaud, le papier est aussi jauni et rêche que le sable de Tamanrasset. Bernard Pierre y montre que l'escalade est aussi affaire d'horizons lointains et de gorge sèche. Grimper, c'est aller voir au delà du sommet. C'est rencontrer des personnes d'horizons différents. 

Des page jaunes comme le sable du Hoggar...

Des page jaunes comme le sable du Hoggar...

Restons dans les "vieux" papiers avec " Au coeur des Alpes" de Jean Vernet dans la collection Sempervivum d'Arthaud. Un alpiniste du Sud, du Mercantour, qui avec son frère a formé dans les années 30 une des belles cordées de l'époque. Il n'est pas question ici d'aventures lointaines, ou de sommets "exotiques", ni d'exploit surhumain, ou de drapeau tricolore à hisser au plus haut.

Comme dans le titre, on reste "Au coeur des Alpes", avec un alpinisme humain qui me parle. Il y est ici affaire de découvertes, de premières et surtout de plaisir d'aller en montagne les fins de semaine. Deux ou trois jours hors du temps... Et le lundi, on revient au bureau, fourbu mais heureux du bon coup joué...

Un beau livre de littérature de montagne.

Un beau livre de littérature de montagne.

L'alpinisme est-elle affaire de vocation ?

C'est le propos du grand Armand Charlet dans "Vocation alpine" publié en 1949 par les éditions Victor Attinger. S'il y est bien entendu question de la Verte, la montagne de Charlet, ce livre est surtout une réflexion sur le guide face à son client et la relation humaine qui naît en montagne quand on est encordé. Aller en montagne oui, y aller en bonne compagnie c'est mieux. Avec le grand Armand Charlet, c'est un privilège.

L'alpinisme, un guide et le massif du Mont-Blanc.

L'alpinisme, un guide et le massif du Mont-Blanc.

L'alpinisme est aussi un voyage, intérieur ou pas. Une façon de vivre et de penser et d'aller voir les Alpes et le monde.

Plusieurs alpinistes écrivains progressent avec cette idée en sac à dos. C'est le cas du regretté Patrick Berhault. Si le texte n'est pas à la hauteur d'un Desmaison, Patrick Berhault raconte dans "Encordé mais libre" sa formidable traversée des Alpes, de la Slovénie à la Méditerranée. 22 sommets et 167 jours d'un périple hors norme que le niçois raconte avec simplicité et émotion. On a envie de le suivre.

Comme on a envie de suivre Lionel Daudet en parcourant "Le Tour de France exactement". L'alpiniste y est ici aussi prétexte à vagabondage et rencontres. Suivre le tracé exact de la frontière métropolitaine, plus la Corse.

Lionel Daudet montre aussi que l'alpinisme est la porte vers d'autres disciplines : VTT, canoé, marche, etc... J'aime ce côté multi-sport : passer d'une pratique à l'autre en fonction des saisons, du terrain, des envies et des compagnons.

J'aime aussi l'idée d'aller voir et de dessiner son aventure, quelle soit grande ou petite. Inventer où on met ses pas, c'est le début d'un récit. En tout cas, la même posture que l'écrivain devant la page blanche : on trace une ligne, on écrit sa route.

Cheminer... Et lire, Jacques Dieterlen et son "Chemineau de la montagne", publié chez Flammarion en 1938. Du 1er février au 1er mai 1933 Léon Zwingelstein entreprend le plus fantastique raid à ski de randonnée jamais réalisé à cette époque : Grenoble-Nice, puis Nice-Modane et Chamonix, Zermat, St-Moritz, Davos, Guarda et retour à Chamonix...

Ce livre est aussi et surtout l'histoire d'une rédemption. Gueule cassée brisée par la Grande Guerre, Léon n'a pas retrouvé sa place dans la société. Le grand Swing part alors en montagne, pour y vivre une fantastique itinérance. La montagne comme refuge, source intarissable pour se réinventer.

 

Dessiner son propre chemin...
Dessiner son propre chemin...

Dessiner son propre chemin...

Il y a encore tant de livres et d'écrivains alpinistes ou alpinistes écrivains dont il faudrait parler ici... "Au delà de la verticale" de Livanos qui conte si bien les Calanques et grandes parois des Dolomites. Il y son parler vrai ,ces galéjades. Il faudrait aussi relire "Carnets de solitude" de Nicolas Jaeger, du "Beatnik des neiges" de Mirella Tenderini, de l'italien Erri de Luca, ou de "Solos" de Christophe Moulin, sans oublier tous les autres... Comme Yannick Seigneur, avec " A la Conquête de l'impossible",ou de l'alpinisme, écrivain et homme politique Pierre Mazeaud avec son " Montagne pour un homme nu".

Je voudrais m'arrêter sur un dernier livre : " 20 ans de cordée " de Paragot et Bernardini. " Nous n'avions même pas besoin de nous parler pour dire assure, ou donne moi du mou. C'était instinctif " écrivent-ils. Parce que l'alpinisme est avant tout une affaire d'amitié.

On ne peut pas parler de littérature de montagne sans évoquer ici rapidement le travail de maisons d'éditions spécialisées, comme les Editions Guerins de Chamonix, maintenant membres des éditions Paulsen, ou plus récemment des éditions du Mont-Blanc, dirigées par une certaine... Catherine Destivelle. 

La montagne est bien une affaire de transmission, d'évasion et de récit... Un récit et un partage que l'on retrouve de plus en plus sur les vidéos et réseaux sociaux. Mais c'est une autre histoire.

Commenter cet article