Traversée du Pelvoux : la course qui n'en termine jamais

Publié le 20 Juillet 2016

La calotte du Pelvoux depuis la pointe Puissieux

La calotte du Pelvoux depuis la pointe Puissieux

J'en termine enfin avec les vires d'Ailefroide, après avoir fait comme beaucoup d'alpinistes qui descendent du Pelvoux : un peu de jardinage sur ces passages improbables, suspendus à flanc de falaise.

Les vires représentent un peu le "crux" de la traversée du Pelvoux, surtout quand on y a passé du temps. Avant d'entrer dans le sous-bois qui en défend l’accès, on sait que l'on va en baver et... c'est le cas !

Il faut commencer par traverser une forêt sauvage qui agrippe les sacs trop chargés.

Ensuite, on marche sur des rochers glissants.

Puis, on monte, on, descend, on s'accroche aux racines, aux branches et d'un coup le sentier s'arrête. Net.Il faut le chercher... La suite se cache derrière un gros rocher.

Après ce n'est guerre mieux : de la désescalade sur des terrains foireux, sans vraiment d'intérêt, surtout après les paysages traversés depuis le départ.

Dernière section des vires d'Ailefroide

Dernière section des vires d'Ailefroide

Parce ce que cette aventure alpine a commencé quelques heures au par avant, à 3 h 30, exactement quand on a franchi la porte du refuge du Pelvoux, pour se retrouver dans l'obscurité et le froid. A moitié endormi, il faut remonter la moraine, puis traverser le couloir du glacier de l'Homme, encombré par des blocs de glace tombés récemment... Il pue la trouille. Et la suite, ce n'est pas plus rassurant. Des moraines sans prise, des névés gelés qui glissent vers le vide et la nuit.

#nuit #lumiere #alpiniste #alpinism #alpes

Une photo publiée par aventuralpines (@aventuralpines) le

Le petit jour nous rattrape à la bosse de Sialouze. Enfin un "bon" glacier où il est facile de progresser.

Le prochain objectif est en vue : le couloir Coolidge qui donne accès à la calotte sommitale du Pelvoux, quelques 500 mètres plus haut. Ce fameux passage nos accueille avec une volée de cailloux tombés depuis le sommet. Pas bien gros, mais rapides et inquiétants, ils décident de venir droit sur nous. On s'allonge contre la neige, le casque en bouclier... Les projectiles passent sans nous toucher.

Le couloir se redresse mais les crampons mordent bien la neige. C'est le moment de se concentrer pour ne pas glisser et s'en coller une. Souffler, planter son piolet, inspirer, monter un pied, s'assurer que les crampons tiennent et recommencer. Des dizaines de fois, non des centaines de fois et s'adapter à la texture de la neige et l'angle de la pente qui se redresse.

Un passage en glace, puis le couloir se couche.

Je fatigue, mais persévère...

Couloir #coolidge #pelvoux #alpiniste #alpinism #montagne #alpes

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On en en finit avec le Coolidge ! Mes mollets apprécient. Les poumons également.

C'est à ce moment que le soleil vient nous réchauffer. La pente se fait plus amicale. La neige prend une teinte dorée. Voilà la calotte sommitale du Pelvoux, à 3800 mètres d'altitude.

La pente sommitale avec le soleil du matin

La pente sommitale avec le soleil du matin

Encore une centaine de mètres à gravir sur une pente débonnaire et c'est le sommet.

Moment hors du temps et du monde. Satisfaction d'avoir atteint une destination convoitée depuis trop longtemps.

En récompense le moment est magique, idéal. Pas un souffle de vent. Pas un bruit à part celui de nos crampons qui s'enfoncent dans la neige et le souffle de notre respiration. L'air est transparent, d'une pureté rare. Il n'y a pas une odeur. Personne, ou presque. Seulement une cordée et elle quitte le sommet quand on y arrive.

Il est 7 heures et le sommet du Pelvoux s'offre à nous !

Cordée sur la calotte sommitale du Pelvoux

Cordée sur la calotte sommitale du Pelvoux

Une cordée entame sa descente. Je sors mon appareil photo pour prendre quelques clichés rapidement. Ce sera l'image que je garderai de cette aventure : deux silhouettes noires qui se détachent sur une neige d'argent, avec en arrière plan le bleu de la ligne du Queyras.

Un rapide tour d'horizon, du Mont-Blanc, aux Alpes Suisses,en passant par le Ventoux, où j'étais il n'y a pas si longtemps et c'est le moment d'entamer la descente.

2 500 mètres de désescalade dans des terrains foireux, de rappels à enchaîner, de glacier à traverser, de pentes de neige à glisser.

Au Pelvoux, la course débute véritablement à la descente. Et elle n'en finit pas...

#glacier des violettes #pelvoux #montagne #mountains #myhautesalpes

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Parce qu'il ne faut pas trop traîner. L'isotherme est remonté à plus de 4500 mètres et il va transformer la neige glacée en soupe... Et nous avons encore à traverser le glacier des Violettes. Un joli non pour un endroit où il ne faut pas trop s'attarder. Les crevasses sont plutôt bien bouchées. Les séracs tiennent en place. Tout est OK pour traverser et attaquer les rappels.

Premier rappel entre deux portions du glacier

Premier rappel entre deux portions du glacier

Après les rappels, il reste le névé Pélissier et sa débonnaire pente de neige. C'est la fête ! A part les vires d'Ailefroide nous en avons terminé avec les difficultés, même s'il reste encore plus de 1 000 mètres à descendre.

Alors on se lâche avec une partie de ski-chaussures, ou de luge-pantalon...

La traversée du Pelvoux est aussi une fête. Une virée où on fait le plein de sensations. Un moment de vie intense. Une course d'exception pas vraiment difficile, mais jamais simple.

Une longue "bambée". On croit s'approcher de la ligne d'arrivée, mais elle s'éloigne. Elle nous échappe... Il y a toujours un nouvel obstacle à franchir avant de rejoindre la vallée et prendre, enfin, un verre à Ailefroide. La preuve ? En traversant un torrent d'un mètre de large, à 500 mètres du premier chalet, je m'en colle une ! Glissade sur un cailloux...

Le Pelvoux, c'est la course qui n'en termine jamais !

Rédigé par Aventuralpines

Publié dans #Aventures alpines

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