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40 barbares sur la piste du trail de la Meije

par Aventuralpines 21 Juin 2016, 19:45

La Meije et le Rateau, le samedi, avec un peu de soleil

La Meije et le Rateau, le samedi, avec un peu de soleil

7 heures du matin. Sur la ligne de départ du 42 km du Trail de la Meije, je ne fais pas le malin... Pas parce qu'il a plu et, en altitude, neigé toute la nuit, rendant le parcours glissant et plus technique.

Les conditions météo difficiles ont obligé les organisateurs à modifier le parcours sur sa partie la plus haute. Pas de passage au Cruq des Aiguilles. Il y reste 50 cm de neige de l'hiver, plus 10 cm de fraîche tombée dans la nuit. Ce passage, je l'ai pourtant repéré la veille. On s'y enfonce jusqu'aux genoux et il est trop dangereux d'y faire passer des coureurs. Pas de Signal de la Grave, non plus... Je suis soulagé et en même temps déçu...

Je ne pense, pas trop, non plus, aux 42 km à courir, ou aux 3000 mètres à grimper. J'ai fait le déplacement pour çà. Je suis même content de revenir au pays de la Meije, avec qui j'ai un rdv...

Non. Je ne fais pas le malin parce que je suis entouré d'une petite quarantaine de "barbares", des montagnards habitués aux trails au long cours et en altitude. 40 gars et filles qui n'ont pas eu peur des mauvaises conditions météo. Des malades quoi... Prêts à en découdre. Et au milieu moi.

Top départ ! La petite troupe s'élance rapidement en direction des Clos, puis du Lac du Pontet et enfin du col de l'Aiguillon à 2000 mètres. Le sol est détrempé et le sentier collant, mais le paysage époustoufflant et automnal. Avec l'altitude, que je subis un peu faute d'acclimatation suffisante, il faut que je trouve mon rythme et rentre doucement dans cette course.

A la première descente, en direction du hameau de Valfroide, c'est holidays on ice. Impossible de se lâcher sans s'en coller une... Vérification 100 mètres plus loin : ma chaussure se dérobe, je glisse sur le côté et continue, sur le sol, comme si je faisais du toboggan. Me voilà plein de boue (collante) sur tout le côté droit.

Récapitulons : dans les montée ça colle, dans les descente ça glisse. On va donc s'amuser dans les 35 prochains kilomètres.

Avant le refuge du Goléon, des guides nous font redescendre. Trop de neige !

Avant le refuge du Goléon, des guides nous font redescendre. Trop de neige !

Seconde montée. Direction du refuge du Goléon, que l'on n'atteindra finalement pas... La limite de la neige est descendue sous le verrou rocheux qui barre le fonds du vallon. La virée en altitude se fera donc en aller-retour, arrêtée par deux guides qui assurent la sécurité.

C'est la descente qui est le plus fatigant. Extrême vigilance oblige, il faut tout le temps regarder où on met les pieds et rester en contrôle permanent. La neige recouvre en partie le sentier et quand ce n'est pas la neige, c'est un torrent qui y coule. Les rochers, eux ils glissent. Alors pour poser ses pieds... Peu de place.

Difficile aussi de garder les arpions au sec et au chaud... Là aussi, il va falloir s'habituer à l'humidité. Heureusement, j'ai enfilé des chaussettes d'hiver qui sèchent vite et gardent (un peu) la chaleur.

Printemps, en bas du vallon, hiver en haut

Printemps, en bas du vallon, hiver en haut

La troisième montée, celle qui reprend le parcours du 22 km, pour rejoindre la Celle des Juges, puis Côte Rouge, est à mon goût horrible. Put... mais pourquoi je suis dans cette galère ? C'est raide, avec de grosses marches bien glissantes à franchir. Il faut pousser sur les bâtons et rester concentré, sans perdre trop de forces.

Parce qu’après la descente vers le Chazelet, la quatrième montée, s'annonce longue, très longue et presque démoralisante. Il faut grimper à travers un alpage, puis des tourbières, afin de gagner la Brèche, à 2300 mètres d'altitude, qui ouvre sur le plateau d'Emparis. Même les vaches me regardent avec compassion et dérision aussi.

D'en bas, on voit les silhouettes des concurrents franchir le pas. De minuscules points... Ils ne grossissent pas suffisamment vite à mon goût. Je garde le rythme et y arrive moi aussi..

De grands espaces, un ciel gris et menaçant, du vent qui siffle aux oreilles, la pluie pas loin. Il se dégage de cette ambiance et du petit nombre de participants une rare impression de solitude. A 40 coureurs, et les meilleurs sont déjà loin, la montagne parait vide. Et elle l'est !

Plateau d'Emparis, sous la neige fraîche

Plateau d'Emparis, sous la neige fraîche

Je suis content de (re)voir Emparis. Revoilà la neige et le froid. Celle-là, elle a eu la bonne idée de tomber sur un sentier en dévers. J'enfile un coupe vent, des gants et repars en courant. Enfin, pas longtemps, parce que ça glisse.

Col du Souchet. Un manteau de pluie et de neige monte depuis la vallée de Besse. Les gouttes arrivent, un peu de neige fondue aussi. Il faut foutre le camp d'ici au plus vite, redescendre dans la vallée, avant d'être trempé.

La descente vers le Chazelet est longue, mais amusante à courir, même avec les pieds trempés et glacés. Je l'avais faite en VTT, il y a quelques années pour l'Ultra Raid de la Meije. Cette fois, je me paye une nouvelle belle chute, sur un rocher moins accueillant que la boue de toute à l'heure. Après le Chazelet,il faut continuer à descendre vers la Grave, à travers les hameaux. Cette partie du parcours est si pentue qu'on a l'impression de faire de la chute libre. Elle est traumatisante pour les articulations.

La dernière montée est belle sous les mélèzes, mais looooongue. Idem pour cette interminable ligne droite qui longe la Romanche, en sous bois, jusqu'à la ligne d'arrivée qui... n'arrive jamais !
Faut voir le bon côté des choses : comme çà, on a te temps de se préparer psychologiquement à terminer cette belle virée : plus de 7 h à courir la montagne sur les traces du trail de la Meije.

Je suis content d'en terminer. Une sacrée aventure. La dixième de mes 40 sommets. Il en reste 30...

La carte et le profil du parcours

Le parcours initial, avant modification à cause de la météo

Le parcours initial, avant modification à cause de la météo

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