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Aventuralpines

Traversée alpine du Gélas par les arêtes Sud et Est

21 Septembre 2015, 19:54pm

Publié par Aventuralpines

Douze heures de course en montagne, du départ au retour au refuge de la Madone. Trois heures de montées, autant de descente depuis le balcon, et 6 heures dans les arêtes... Une neige qui s'invite à la dernière minute, au dessus de 2700 mètres, un piton qui saute à mon passage. Pendant longtemps je me souviendrai de cette traversée alpine du Gélas, par les arêtes Sud, le sommet Sud, la Selle, le sommet principal, puis (enfin) l'arête Est, entre Italie et France.

Une belle "aventuralpine" pour commencer le périple des 40 sommets que je veux faire pour mes 40 ans.

Pourquoi le Gélas ?

Il a longtemps exercé une sorte d'attirance pour moi. Quand on est sur la Côte d'Azur, le Gélas se détache au loin, sur la ligne d'horizon frontalière. Comme une évidence, il appelle l'amateur de montagne. Il a aussi une belle histoire. On pourrait rappeler ici brièvement les débuts d'un Patrick Berhault sur ce même sommet. Il faudrait aussi évoquer la phrase de Coolidge : " nulle par ailleurs, la vue de s'étend de manière aussi exceptionnelle". Et aussi, sa première ascension, épique, par les Italiens appartient à l'histoire de l'alpinisme. C'est enfin, l'un des derniers rendez-vous de la saison pour les skieurs de rando niçois. Un pèlerinage du 1er mai, avec l'ouverture de la route, auquel je sacrifie presque chaque année.

D'un point de vue plus personnel, à chaque ascension du Gélas, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir, que ce soit en ski de rando, par le couloir Est, le tour par le couloir des Italiens, ou en alpinisme par l'arête Ouest, Est, ou Sud, sans oublier la randonnée jusqu'au balcon.

Deuxième longueur.

Deuxième longueur.

L'ascension par l'arête Sud est logique et esthétique. C'est celle qui se détache dans le ciel quand on l'observe depuis la Madone. Sur la photo ci-dessous, elle démarre à droite, remonte l'éperon Sud et traverse toute la crête sommitale et les deux sommets pour arriver à la frontière Italienne.

C'est cette voie que nous avons choisie avec Hugues.

Le Gélas au petit matin, avec son arête Sud qui barre l'horizon

Le Gélas au petit matin, avec son arête Sud qui barre l'horizon

Pour notre ascension, le froid et la neige ont rendu un peu plus complexe cette course notée AD. La marche d'approche est toujours aussi longue et c'est avec le jour que nous nous apercevons que la neige a tenu. Nous continuons.

Les deux premières longueurs se font dans le froid. On a même du mal à démarrer... Ambiance hivernale, avec des doigts qui s'engourdissent. Le passage en V n'est pas aisé dans ces conditions et c'est Hugues qui le franchit en tête. A mon passage, mes "grosses" glissent et j'emporte l'un des deux (vieux) pitons du passage.

Un peu plus haut, la grande dalle est esthétique et se franchit sans encombre. La sortie vers l'arête sommitale n'est plus alors qu'une formalité, même si la route reste longue jusqu'au sommet.

Sur l'arête sommitale

Sur l'arête sommitale

Le soleil revient. Le vent se calme. La traversée de l'arête horizontale vers le sommet Sud est un plaisir, décuplé par la sensation de marcher en plein ciel, le vide à droite et à gauche s'ouvrant vers l'Italie, la Côte d'Azur ou au loin les préalpes de Grasse. Drôle de sensation d'avancer en altitude, comme sur un fil élevé, isolé du reste du monde par quelques centaines de mètres de roches.

Le sommet Sud arrive. La descente à la Selle est un peu délicate avec des rochers recouverts par la neige et le grésil. Puis il faut remonter dans de la mauvaise roche.

Sommet. 3143 mètres ! Le toit du monde... Presque. En tout cas, ce sera notre sommet. Le mien. Le premier d'une longue série. Le premier de 40 sommets, si tout va bien.

Sommet avec vue sur le Cap d'Antibes et la Méditerranée

Sommet avec vue sur le Cap d'Antibes et la Méditerranée

La vue depuis le Gélas est toujours aussi époustouflante. Elle s'entend du Cap d'Antibes (parfois de la Corse), à la plaine du Pô, en passant par le Viso, le Mont-Blanc et la chaîne du Mont-Rose. En un regard, on peut voir quasiment l'ensemble de la chaîne alpine.

Descente par l'arête Est

Descente par l'arête Est

Il va falloir redescendre.

Notre voie, via l'arête Est est restée en partie à l'ombre. Côté Français, c'est l'été, mais en Italie, l'hiver est là avec quelques centimètres de neige et du grésil sur des rochers gelés. Dans ces conditions, il faut progresser avec beaucoup de précaution pour ne pas s'en coller une dans des passages peu difficiles en temps normal. Les doigts se refroidissent encore et les prises glissent... Heureusement on peut poser des sangles sur des béquets et un ou deux coinceurs.

Nous retrouvons le balcon du Gélas et sa chaleur.

La course est terminée, mais pas la journée. Il reste encore trois heures de descente, dans de la caillasse, jusqu'au refuge.

Le Gélas se mérite ! J'y reviendrai en ski pour boucler la boucle des 40 sommets.

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