Réchauffement climatique : les sports de haute montagne en danger

Publié le 24 Juillet 2015

Réchauffement climatique : les sports de haute montagne en danger

La hausse des températures a des conséquences sur les pratiques des sports de haute-montagne. Et l'alerte n'est pas pour dans 20 ans. Elle est pour maintenant.

On a pu le voir cet été 2015 avec le maintient, pendant plusieurs jours en juillet, de températures élevées. Même les hautes altitudes ont été réchauffées.

Voilà un relevé du journal de bord du refuge du Promontoire :

Mardi 7 juillet :

A 7h,

il fait 10°, pour la cinquième nuit consécutive ! La neige résiste encore, un peu, mais imaginez à quelle vitesse elle se rétracte...

Lundi 6 juillet :

A 7h,

il fait 9°. Hier nous avons largement dépassé les températures les plus chaudes que nous ayons relevé depuis 7 ans : 20,6° à 3100m....

Même le massif du Mont-Rose n'a pas été épargné par les fortes chaleurs (tout est relatif à ces altitudes) :

Dans le massif du Mont-Blanc l'isotherme zéro degré est remonté à 4 700 mètres début juillet.

Le refuge du Goûter fermé

Ces fortes températures ont eu pour effet de déstabiliser la montagne. L'exemple du couloir du Goûter est à ce point saisissant. Cet été de très (trop) nombreuses chutes de pierres y ont été recensées. Un alpiniste y a trouvé la mort. Des accidents dans la montée du Goûter, il y en a, mais cette année, ce dernier a eu de lourdes et inhabituelles conséquences.

Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex a pris un arrêté municipal le 17 juillet 2015.

Ce dernier précise notamment :

"Comme conséquence du long épisode de canicule que nous connaissons depuis plusieurs semaines, d’importantes chutes de pierres se produisent dans le couloir du Goûter. Le phénomène s’intensifie de jour en jour.

Face à ces conditions climatiques exceptionnelles, le préfet de la Haute-Savoie, Georges-François Leclerc, et le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, recommandent aux alpinistes candidats à l’ascension du sommet du mont Blanc par la voie normale de Saint-Gervais, dite « du Goûter », de différer leur ascension.

Les compagnies des guides de Saint-Gervais et de Chamonix ont décidé de leur côté de reporter lesascensions du Mont-Blanc prévues dans l'attente de l'amélioration des conditions de l'aiguille du Goûter. Cette décision de sagesse doit être saluée. Les alpinistes individuels sont invités à faire de même.

Les gendarmes présents à Tête Rousse, à 3.200 mètres d'altitude, dans le cadre du dispositif de régulation de la fréquentation de l'accès au Mont-Blanc par la voie normale qui sera renforcé, auront la mission d'informer les alpinistes de cette situation et de les dissuader".

Les itinéraires sur glaciers menacés ?

Ces fortes températures en altitude, qui perdurent depuis le début juillet font remonter l'isotherme zéro degré au dessus de 4 000 mètres. De tels phénomènes trop récurrents peuvent déstabiliser des glaciers froids, augmenter le phénomène de fonte et, au final, compromettre certains itinéraires glacières de haute montagne.

Dans les Alpes du Sud, des inquiétudes concernent l'ascension du Dôme des Ecrins. Voilà ce que l'on peut lire sur le compte Facebook de Vallouimages Info :

" Dôme de Neige des Écrins - On peut craindre pour le Dôme des Écrins si les crevasses qui apparaissent venaient à atteindre le socle. Avec l’isotherme 0°C à des altitudes supérieures à 4500 m depuis plusieurs semaines, le risque est grand que de l’eau percole dans la masse de neige et glace et atteigne le socle. La glace froide deviendrait alors tempérée et la friction qui la « colle » au socle pourrait cesser favorisant le glissement de la glace. Déjà la rimaye est remontée au-dessus de la Brèche Lory, ce qui indique une remontée en altitude de la limite entre glace froide et glace tempérée, et on voit le rocher. Bref, la situation pourrait devenir « à risque ».

La langue terminale du Glacier Blanc

La langue terminale du Glacier Blanc

Les voies en altitude dangereuses ?

Après l'effondrement du pilier Bonatti aux Drus en 2005, d'autres faces rocheuses d'altitude peuvent-elles être déstabilisées par la fonte du permafrost ?

Une alerte a été communiquée via facebook, le 20 juillet 2015 par Michel Piola au Peigne.

Son texte :

" Nous sommes engagés avec Aurélien dans la "Directe française" en face nord-est du Peigne. Par deux fois, nous entendons un bref mais gros "crrrac" et... toute la montagne se met à vibrer (pas seulement une petite écaille, tout: la vire, la paroi, nos palpitants...). La cause n'est pas une chute de pierre (aucun autre bruit entendu).

Les spécialistes du permafrost nous confirment que ces signes étaient de ceux qui avaient précédé l'effondrement des Drus en 2005. Méfiance donc pour cette fin de saison pour tout ce qui est structure rocheuse en zone permafrost, en particulier le versant nord du Peigne !"

Même si la montagne a toujours bougé, ces phénomènes risquent de devenir de plus en plus fréquents.

La fin du tourisme glacière ?

Pas la peine de faire de longs discours pour comprendre le phénomène de fonte des glaciers et leur accélération. Direction la Mer de Glace à Chamonix. Pour aller marcher sur la glace, chaque année ou presque, il faut ajouter de nouvelles échelles.

Et que dire du panorama qui fait de moins en mer "Mer de Glace" et de plus en plus torrent de rochers et cailloux...

Quant à la grotte de la Mer de Glace, elle font et son avenir est compromis.

Rédigé par Aventuralpines

Publié dans #Infos montagne

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