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Le chemineau de la montagne
Jacques Dieterlen
Flammarion, octobre 1938
Réédité en 1996 chez Arthaud
Voici un livre à lire avant de partir en raid. Ou alors à lire quand on ne peut pas partir en raid…
Du 1er février au 1er mai 1933 Léon Zwingelstein entreprend le plus fantastique raid à ski de randonnée jamais réalisé à cette époque : Grenoble Nice, puis Nice, Modane, Chamonix, Zermat, St-Moritz, Davos, Guarda et retour à Chamonix par l’Oberalpass. Soit 2 000 km de ski, 23 cols franchis, 50 glaciers traversés, pour une dénivelée positive de 58 500 m…
Et cela en solitaire et en autonomie complète, avec seulement une petite tente, une paire de ski, quelques liaisons par les transports en commun et une bonne dose de volonté. Un véritable exploit pour l’époque qui aurait pu resté connu d’un seul cercle de proches, si Jacques Dieterlen n’avait eu la bonne idée de raconter cette aventure extraordinaire dans « Le chemineau de la montagne », un véritable ouvrage biographique écrit à partir de la correspondance de Léon Zwingelstein, de quelques témoignages d’amis et de son maigre carnet de route.
Ce livre est aussi l’histoire d’une « gueule cassée », et qui n’a pas trouvé sa place dans la société de l’entre deux-guerre . Un marginal le grand Swing ? Une jeunesse passée dans les tranchées, des études tardives à Grenoble et la découverte de la montagne à l’occasion de sorties avec son groupe d’amis étudiants-alpinistes. Jusque là, rien de très exceptionnel. Les études terminées, ses compagnons trouvent une place dans la société, un travail, une famille. Lui semble perdu dans sa petite chambre à Grenoble, son camp de base. Seul il erre d’un emploi à l’autre, d’une déception à l’autre, à la recherche d’un idéal, la montagn. Le grand Swing se définit comme un « montagnard ». Dés qu’il le peut, il prend le chemin de l’Oisans, avec sa coquille d’escargot : son grand sac à dos, sa petite tente, son piolet, ou ses skis selon la saison. La montagne. C’est là qu’il trouve sa sérénité, son bonheur et sa raison de vivre.
Le moyen d’atteindre son épanouissement ? Passer le plus de temps en montagne. Pour y arriver il imagine la traversée de l’arc alpin en hiver, à son rythme, seul et en autonomie. Pour cela, il confectionne lui-même son matériel de montagne : il bricole sa tente (1,350 kg, un exploit pour l’époque !), se fabrique un duvet, coud un passe-montagne et surtout étudie scientifiquement son alimentation quotidienne inventant bien avant les « lyophilisés » de vraies rations de sportifs, pour arriver à un sac à dos de 20 kg. Dans ce travail de préparation Léon Swinglestein pose les bases éthiques et techniques des raids à ski et en altitude. Aujourd’hui encore, on peut aussi lire « le chemineau de la montagne » comme un ouvrage technique et pédagogique. C’est une vraie leçon de nomadisme et de montagne que donne cet amateur solitaire et éclairé.
« Son raid n'est pas une prouesse sportive. Il a horreur du mot sport pour parler du ski ; car il pense que c'est ravaler au niveau de la boxe ou du football ce qui est un moyen de parcourir la montagne et doit rester une chose noble, comme est la montagne elle-même, lorsqu'elle se revêt de sa splendeur souveraine » écrit Jacques Diterlen. Cet écrivain de montagne passé presque inaperçu livre ici un des grands récits d’aventure et de montagne, mais aussi un portrait sensible sur un « original » qui 70 ans avant « la grande traversée des Alpes » de Patrick Bérhault avait ouvert la voie d’une autre approche de la montagne, plus intimiste et personnelle. Comme Bérhault, le grand Swing est mort en montagne. Tombé au pic de l’Olan le 13 juillet 1934, à 37 ans.
Plus d'infos et un dossier sur bivouak
2 décembre 2009. Première sortie de la saison du côté d'Isola 2000. Cette année pas de classique pour débuter, mais de
l'aventure, côté Italien. Le vent qui a soufflé en tempête a dégarni les sommets. La Lombarde, la cima d’Orgials ou le monte de l’Aver ne sont pas encore skiables. La neige est pourtant bien
tombée en ce début d’hiver sur le Mercantour.
Au col de la Lombarde, nous décidons de tirer à gauche pour rejoindre les crêtes de la Lausetta en direction de la Moravacciera Est (2378 m).
A main gauche, la vue est plongeante sur la route d’Isola située 800 mètres plus bas. A main droite, les pentes nord du vallon italien d’Orgials font envie. De la poudre bien lègère, abondante et froide. Après une collation venteuse au sommet, nous décidons d’attaquer sans plus attendre.
Les premiers virages se font sur de la neige cartonnée, puis très vite, place à la poudre. Il y en a entre 50 et 70
centimètres, sans sous-couche. En skiant léger, ça passe sans toucher. Quelques beaux virages plus tard nous retrouvons le torrent à 2000 mètres d’altitude.
Il faut maintenant remonter 350 mètres plus haut, vers le col. Pas un souffle de vente. Pas un bruit. On prend son temps. C'est de dépaysement total dans ce fond de vallon.
On emprunte de temps à autre l’ancienne route avant de passer le col avec les derniers rayons du soleil. La descente sur la station se fait par la piste tout juste damée. Isola ouvre ce samedi. Fin la tranquillité.
J’ai enfin la réponse à une question existentielle que je me posais depuis un moment en consultant la carte IGN de la haute Vésubie : peut-on monter en VTT au Mont Pepoiri (2674 mètres) ?
Oui, on peut, mais il faut être un peu "maso" pour oser y hisser les 13 kg et des poussières de mon fidèle Trek. En
résumé, la pente est dure et la montée est longue ! Ça monte, ça monte sévère même. Quand on roule, on est tout le temps à la limite de l’adhérence et de son physique. Quand ça ne roule pas,
il faut pousser. Fort et trés souvent Et quand on peut plus pousser, il faut porter, beaucoup et sur des sentiers instables : environ sur 500 mètres de dénivelé, sur les 1 200 ... A ce
régime là, le Pepoiri n’a pas dû en voir beaucoup de VTT. Une raison de plus pour y aller. Et le panorama y est à couper le souffle. Alors ?
Départ du Col Saint-Martin, à la Colmiane, par un frais matin de septembre. Direction la route qui mène à la via ferrata,
que l’on quitte au 3eme lacet pour prendre la petite piste balisée « VTT ». A la croix de Blachères, prendre à gauche en direction du Baou de la Frema. La montée commence fort. On
pousse et on se demande ce que l’on fait là. Le sol se dérobe sous les pieds : un pas en avant, deux en arrière. Heureusement quelques mètres plus loin, la piste permet de pédaler. C’est
alors un ravissement de sortir de la forêt de mélèzes pour roulerdans les alpages, avec comme panorama la chaîne du Mercantour. Mais pas le temps de rêvasser : il faut appuyer sec sur les
pédales et se concentrer sur sa roue avant, son équilibre et éviter que la roue motrice ne commence à patiner. Compliqué et fatigant !
Au dessus du Baou, première grosse difficulté : la piste s’arrête à la cabane de berger. A partir de là, il ne faut
plus espérer trop pédaler. Déjà que… Bon, on est à 2200 mètres , il en reste encore 474 à gravir… Qu'est ce qu'on fait ? On continue ! Le premier gros portage se fait sous la tête du Brec. A
son sommet (2566 m), la course est presque gagnée. Le sommet est en vue et surtout on peut pédaler, sur une piste trialisante, puis roulante, jusqu’au collet marqué 2544 m. L'ambiance, elle est à
la hauteur des efforts fournis. C'est même le principal intérêt de cette rando VTT. Quel panorama et quelle sensation de rouler en plein ciel.
Le court répis passé, place au second gros et long portage, jusqu’au sommet. Les randonneurs croisés sous le sommet n’en croient pas leurs yeux… " Y'à un gars qui mponte avec son vélo sur le dos !". " çà pèse combien ce truc ?" me demande-ton. Réponse : " un âne mort !". Je leur explique que je suis sorti de la piste cyclable et que je la cherche... Le sentier, enfin ce qu'il en reste se perd entre les éboulis et il grimpe. A pieds c'est délicat, alors avec un VTT sur le dos. Enfin voilà le sommet, 3 heures après le départ. Il fait oublier la fatigue.
Le VTT se repose un peu et profite du paysage (de la mer au Pelvoux dans les Ecrins), avant d’attaquer une descente
d’anthologie : un plongeon de 1400 m jusqu’à la route de la Colmiane… Le casque est bien serré, les genouillières et coudières enfilées (les rochers qui assiègent le sentier de
chaque côté n’autorisent pas vraiment d’erreur de pilotage…). On s’élance en direction du Col du Barn, qui fait office de frontière avec le parc, avec sous les pieds 300 mètres de vide et les
lacs tout en bas. C'est beau, et c'est un privilège rare que de dévaler un tel single sur un VTT, à cette altitude, à cet endroit et avec ce paysage.
Petite déception. Après le collet marqué 2575 m sur la carte, il faudra gagner le col en portant le vélo. Frustrant à la descente, mais le sentier n’est pas accueillant pour un deux roues. C’est au col du Barn que le sentier devient plus intéressant, tout en restant très exigeant. Des cailloux de partout, un passage étroit, la pente sur la gauche… Au lacs long, puis rond, le single se fait ludique.
Petite remontée pour aller au col de Vellos et c’est la grosse et ultime descente vers la route. Elle emprunte la descente balisée par la station de la Colmiane. Du caillouteux et du technique aussi. Du rapide. De la prairie et du sous-bois. Il y en a pour tous les goûts !
Fin de la descente : heureusement, le freion à disque arrière est en train de lâcher. Tout en bas, une petite fontaine offre un rafraichissement bienvenu, avant de remonter par la route à la station.

Jean et Pierre Vernet, 60 ans de pyrénéisme
Editions du Pin à Crochets
2006
Les frères Ravier, vous connaissez ? Dans les Alpes du Sud, les alpinistes ont surtout entendu parler de la fratrie Vernet. Jean et Georges. Avant guerre, ces niçois ont assidument fréquenté le Mercantour et les Ecrins, laissant leur nom à quelques belles voies.
Mais les Ravier ? Il faut être pyrénéiste pour connaître ! Ou alors lire « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme ». La couverture de cet ouvrage est troublante. Tissu rouge pleine toile, grand format carré… Au premier coup d’œil, on pencherait pour un ouvrage de la maison Guerin, de Chamonix. Il n’en est rien. L’éditeur de cet ouvrage, écrit par Jean-François Labourie et Rainier Munsch, se trouve à Pau, au pied des Pyrénées. Il s’agit de la petite maison d’édition du Pin à Crochets qui propose « des ouvrages singuliers en osmose étroite avec les Pyrénées. La création y prend une grande part, tant dans le contenu que dans la forme ». Elle propose ici un très beau livre de montagne, à la hauteur de la saga montagnarde des Ravier. Il a été édité en 2006.
Jean et Pierre Ravier ? Vrais jumeaux nés en 1933 à Paris, ils sont à l’origine du renouveau du Pyrénéisme de l’après guerre. Ils ont formé une cordée extraordinaire. Dans l’encyclopédie de la Montagne, où ils figurent comme pyrénéistes français, il est écrit : « le secret de la cordée parfaite formée par ces jumeaux à la ressemblance étonnante réside peut-être, justement, dans cette unité gémellaire, qui leur donne une force psychologique et une confiance dont bien peu de cordées peuvent se prévaloir ». Autodidactes à l’apprentissage fulgurant – les auteurs parlent d’un « apprentissage météorique » - entre le 8 mai 1953 et le 14 août 1973, ils ont réalisé plus de 200 premières dans le massif, du Dièdre Nord-est de la Grande Aiguille d’Ansabère, au Pilier de l’Embarradère de l’Ossau, à la face Sud du Tozal del Mallo, en Aragon. Et après 1973, ils ont continué à fréquenter les sommets secrets du massif, pour le plaisir et souvent en famille, ou avec des amis.
Même s’ils arrivent en montagne 20 ans plus tard, les frères Ravier ressemblent aux frères Vernet. Ils font leurs classes sur de grandes voies célèbres, découvrant l’alpinisme sans encadrement. Mordus, bien que résidant à Bordeaux, ils prennent leur voiture le week-end pour descendre dans les Pyrénées, là où les Vernet font de même, mais montent à Aillefroide, ou La Bérarde. Ils dorment dans des cabanes, bivouaquent et après leur course reprennent la route de leur maison. Le lendemain, les Ravier pointent au travail, dans leur commerce de pièces détachées pour voiture.
Plus que leur carnet de courses, c’est le dénuement de moyens employés par les frères Ravier qui marque. Difficile de comprendre aujourd’hui leur attitude, à une époque,où chaque année les équipementiers sortent la dernière « Gore Tex », la polaire qui va bien, le coinceur qui se bloque mieux que le modèle de l’année passée… Les jumeaux grimpent une corde à la taille, sans piton, ni beaucoup d’équipement. Ils n’acceptent de s’équiper de baudriers que tard et ne cèdent en rien à la mode. Sur les photos, même celles prises dans les années 70 et 80, on les voit grimper avec de vieilles chemises à carreaux et des sacs bien élimés. Ce dénuement ne les empêche pas de réaliser quelques courses intrépides, ni de prendre un grand plaisir dans leurs ascensions. Autre marque de fabrique : ils ne s’entraînent pas, ne cherchent pas l’exploit, ou le chrono. Jean et Pierre fréquentent la montagne en hédonistes, pour le plaisir de se retrouver en altitude, de défricher une belle voie. Loin des exploits alpins d’un Desmaison, ils ne recherchent pas la célébrité, mais veulent plutôt s’inscrire dans l’histoire du pyrénéisme. Avant leur ascension, ils se documentent. Pendant, ils photographient. Après, ils reviennent par écrit sur leur aventure. C’est en grande partie de ces archives personnelles que « Jean et Pierre Ravier, 60 ans de pyrénéisme » est tiré.
Un livre qui permet de côtoyer l’intimité des Ravier et de mieux comprendre « leur œuvre ». La première partie revient sur leur jeunesse, la découverte de la montagne en 1946, et les premières courses. Il aborde aussi leur vie professionnelle, familiale et leur philosophie de l’escalade. La seconde partie est un peu moins vivante. Les auteurs reviennent, par ordre chronologique, sur les grandes ascensions des frères. La dernière partie de cet ouvrage laisse la parole aux frères Ravier et reprend des articles de Jean et Pierre, écrits dans la revue « Altitude » ou « Pyrénées », ou alors des récits de course. L’ensemble est richement illustré de photographies, le plus souvent prises par les frères Ravier.
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